L'hilarante circulaire de M. El Othmani

Les ministres interdits de passer les vacances à l’étranger

Quand un Chef du gouvernement ordonne à son équipe de passer les vacances au Maroc plutôt qu’à l’étranger par les temps qui courent, n’a-t-on pas encore une fois l’impression que ceux qui nous gouvernent viennent d’ailleurs?

Le Chef du gouvernement retourne à la scène après une disparition éphémère pour rappeler à ses ministres, ministres délégués et hauts-commissaires l’importance du tourisme comme levier et locomotive du développement global du Royaume, étant au coeur du nouveau modèle de développement socio-économique du pays. Et d’apprendre toujours à ses ministres que le secteur est, du fait de la pandémie du Covid- 19, en arrêt quasi total, impactant sérieusement l’emploi dans le secteur et les assises financières des entreprises y évoluant.

Cette introduction étant déclinée, El Othmani demande aux membres du gouvernement, aux responsables des services centraux et externes, des établissements publics et des collectivités territoriales de passer leurs vacances annuelles au Maroc. Quand un Chef du gouvernement porte d’abord à la connaissance de son équipe et de ceux qui gèrent l’administration publique que le secteur du tourisme est en berne et qu’il va falloir encourager le tourisme interne, n’a-t-on pas l’impression que c’est un gouvernement d’ailleurs qui vient juste d’apprendre ce qui se passe au Royaume alors que la pandémie enterre petit à petit les petites entreprises de ce secteur-là et d’autres secteurs?

Quand un Chef du gouvernement ordonne à son équipe de passer les vacances au Maroc plutôt qu’à l’étranger par les temps qui courent où l’écrasante majorité des Marocains peine à joindre les deux bouts et à subvenir à ses besoins les plus élémentaires et au moment où ce même gouvernement avait prolongé au 10 août 2020 l’état d’urgence sanitaire interdisant aux Marocains résidant au Maroc de quitter les frontières, n’a-t-on pas encore une fois l’impression que ceux qui nous gouvernent viennent d’ailleurs?

Quand des rumeurs circulent encore, insistantes et lancinantes, sur l’interdiction de l’Aïd du fait qu’une large frange des Marocains, criblée de dettes, n’arrive pas à s’acheter un mouton du sacrifice, et que le Chef du gouvernement affiche publiquement ce qui peut être considéré comme un luxe en ces temps de crise financière alors qu’il prône l’austérité budgétaire et la mise en veilleuse des nouveaux postes d’emplois dans la fonction publique, l’on se demande s’il n’aurait pas mieux fait d’en parler à ses ministres à la fin d’un conseil du gouvernement: «Avant de quitter, je vous prie de passer les vacances au Maroc. Ce n’est pas la peine d’aller à l’étranger. De toute façon, c’est nous qui avons interdit le voyage à l’étranger ou bien vous l’avez oublié?». Ne dit-on pas que la discrétion est une vertu silencieuse?

Enfin, admettons que l’erreur est humaine. Mais cette dernière est incompréhensible: En s’adressant à ses ministres et aux hauts responsables, M. El Othmani a mis dans l’objet de sa circulaire «… Encourager le tourisme interne». Comme si les quelques dizaines ou centaines de ministres, ministres délégués, hauts-commissaires et présidents de collectivités locales qui allaient revigorer le tourisme dont le plan de relance se fait toujours attendre et au moment où aucun effort n’est déployé sur le plan de la tarification pour encourager quelques familles qui arrivent à peine à sortir la tête hors de l’eau à franchir le pas.


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