Hilal Tarkou Lahlimi: "Je suis confiant dans la justice espagnole."

Installé à Tarragona, dans la région de Catalogne, Hilal Tarkou Lahlimi préside l’association des avocats marocains en Espagne et le Forum des avocats marocains installés à l’étranger.

Vous venez de déposer une requête auprès de l’Audience nationale espagnole pour convoquer Brahim Ghali, chef du Polisario, au sujet des accusations de crimes contre l’humanité. Au nom de qui agissez-vous?
D’abord, je ne suis mandaté par aucune victime ou association de victimes des crimes commis par Brahim Ghali. L’affaire remonte à l’année 2016. Une organisation internationale des droits de l’Homme m’avait alors chargé de déposer plainte contre le dénommé Ghali, qui comptait venir en Espagne pour des activités de son mouvement séparatiste. En même temps, une plainte était déposée au nom de certaines victimes par un avocat installé à Séville.

Ce dernier m’a fourni des documents accablants attestant de crimes contre l’humanité: génocide, meurtres, rapts, viols… Et j’en passe. Le code pénal espagnol leur a consacré plusieurs articles, dont les 139, 140, 570… J’avais saisi le procureur général de l’Audience nationale, j’avais écrit au ministère des Affaires étrangères espagnol et à six autres institutions ou administrations concernées. J’ai déposé la requête auprès l’Audience nationale, la plus haute juridiction espagnole et plus précisément la chambre N°5. Cette dernière a vite rendu son jugement. C’était le 19 novembre 2016.

Que dit ce jugement?
L’arrêt de la chambre d’enquête N°5 accepte notre requête et ordonne de remettre au concerné la convocation pour se présenter devant le tribunal, et à l’assister d’un interprète si besoin. Ceci pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Malheureusement, la venue de Brahim Ghali a été annulée cette année-là. Ce n’était donc que partie remise étant donné que les crimes commis par le chef des séparatistes ne sont pas prescriptibles.

C’est pour cela que vous avez saisi la justice espagnole, ce jeudi 15 avril 2021…
Effectivement, jeudi 15 avril, j’ai reçu de la part d’un ami des scans d’articles des journaux 20 Minutes et Jeune Afrique qui parlaient de la présence sur le sol espagnol de M. Ghali. Me basant sur le jugement de 2016, j’ai alors alerté la justice espagnole. C’est ainsi que la machine s’est remise en marche. J’ai envoyé le même jour une correspondance à la Police judiciaire espagnole pour lui signifier que le malade Mohamed Benbatouche, hospitalisé à Saragosse, est entré sur le territoire national espagnol avec un faux passeport et que son vrai nom est Brahim Ghali. Lequel Brahim Ghali doit être entendu par la justice espagnole…

La ministre espagnole des affaires étrangères a déclaré que son pays a autorisé Brahim Ghali à entrer en Espagne pour des raisons humanitaires…
Oui, mais alors pourquoi sous une fausse identité? Il s’agit là d’une forme d’obstruction au travail de la justice. Ensuite, les raisons humanitaires, j’en conviens comme tout humain, mais cela ne donne aucune immunité à M. Ghali et ne lui permet pas d’échapper aux procédures judiciaires une fois les médecins jugent qu’il est en mesure, sur le plan de la santé, de répondre aux questions des juges.

Quelle issue pensez-vous que cette affaire va avoir?
Je suis confiant dans la justice espagnole. Une justice qui est allée jusqu’à lancer des procédures judiciaires contre le Roi Juan Carlos, une justice qui a condamné une princesse et des ministres et des puissants. Je ne crois pas que les juges espagnols ne vont rien faire dans le dossier de Brahim Ghali. Autrement, ce sera une première, une insulte à la justice espagnole et à son histoire.