LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES ESPAGNOLES ET LE MAROC: L'HEURE DU RAPPROCHEMENT

LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES ESPAGNOLES ET LE MAROC

Le Maroc ne doit absolument pas se reposer sur ses lauriers et aura à oeuvrer davantage pour rapprocher les intérêts communs, jusqu’à éventuellement les faire converger.

Du temps où il logeait à la Moncloa, siège de la présidence du gouvernement d’Espagne, l’ancien secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Felipe Gonzalez, avait coutume de répéter que la capitale qui comptait le plus pour la diplomatie de son pays était Rabat. Si la réciproque n’a pas toujours été vraie, elle semble l’être quelque peu devenue depuis la décision prise en mars 2022 par le gouvernement Pedro Sanchez de commencer à considérer l’initiative pour la négociation d’un statut d’autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend autour du Sahara marocain, ce qui était revenu à reconnaître de fait la souveraineté du Maroc sur la région.

À cet égard, jamais élections générales tenues outre-Gibraltar n’ont sans doute été autant suivies dans le Royaume; Maroc Hebdo y avait, à titre de rappel, consacré la couverture de son numéro du 2 juin 2023. Et au même titre, la formation du nouvel Exécutif espagnol, qui doit normalement suivre ces élections -sauf si un deuxième scrutin en vient à devoir être convoqué, ce qui n’est pour l’heure pas tout-à-fait exclu-, devrait également bénéficier de la même attention.

Arrivé deuxième, malgré ses deux sièges de plus, au congrès des députés, le PSOE de M. Sanchez parviendra-t-il tout de même à se maintenir à un pouvoir qu’il assume sans discontinuer depuis juin 2018? Ou est-ce plutôt son principal adversaire, à savoir le Parti populaire (PP) présidé depuis avril 2022 par M. Alberto Nunez Feijoo, arrivé premier, qui, un peu plus de cinq ans plus tard, est en passe de retrouver la majorité? Du fait qu’aucune des deux formations n’a réussi à atteindre, y compris en incluant leurs alliés respectifs, la majorité requise de 176 sièges -le PP en a eu, au total, 136, et le PSOE 122-, l’une et l’autre issue sont toutes deux susceptibles de se matérialiser. Mais cela change-t-il vraiment quelque chose pour la partie marocaine? Il y a quelques semaines, nous avions détaillé pourquoi nous croyions que la nouvelle position de l’Espagne à l’égard de l’intégrité territoriale du Maroc nous semblait être celle de l’État espagnol, et non d’un simple gouvernement destiné de toute façon à ne pas s’éterniser aux commandes.

Ce que nous avions expliqué, c’est que les sujets de convergence entre nos deux pays étaient tels (investissements économiques; coopération sécuritaire, notamment sur le plan de la lutte contre la migration irrégulière et le terrorisme) que ce n’était aucunement dans l’intérêt de notre voisine du Nord de faire machine arrière, sous peine de se retrouver encore dans le scénario qui avait fait suite à l’hospitalisation, à partir d’avril 2021, du secrétaire général du mouvement séparatiste du Front Polisario, Brahim Ghali, sur le sol espagnol, et ce avec l’assentiment expresse de M. Sanchez. A l’époque, le Maroc en était arrivé à rappeler son ambassadrice à Madrid, Karima Benyaïch -en mai 2021-, et il fallut le remplacement, en juillet 2021, de la ministre des Affaires étrangères espagnole, Arancha Gonzalez Laya, par son actuel successeur, José Manuel Albares, puis le revirement clair et sans ambages sur la question du Sahara marocain pour en arriver à l’“étape inédite” actuelle, telle que l’avait décrite le roi Mohammed VI et M. Sanchez dans la déclaration commune dont ils s’étaient fendus en avril 2022 à l’issue des entretiens qu’ils avaient alors eu au palais royal de Rabat. Mais ceci n’empêche que la vigilance doit rester de mise, y compris si c’est le “sanchisme” qui finit par l’emporter.

Car autant M. Sanchez a viré sa cuti de façon favorable au Maroc, qui dit qu’il ne pourrait pas faire l’inverse si les calculs du moment le lui commandent (s’il finit notamment par céder au lobbying de ses potentiels acolytes de Sumar, favorables au Polisario comme l’est généralement l’extrême gauche espagnole)? De même, M. Nunez Feijoo semble depuis un certain temps entretenir l’ambiguïté et a laissé le soin à son numéro 2, Esteban Gonzalez Pons, de déclarer le 15 juillet 2023 au quotidien catalan “La Vanguardia” que le PP escomptait revenir à une soi-disant “politique conforme à la résolution du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU), consensuelle au parlement espagnol”, et s’il est évident que la surenchère est de mise, celle-ci peut, pareillement, amener à l’adoption de mesures éminemment antimarocaines à un niveau gouvernemental.

En conséquence de quoi, le Maroc ne doit absolument pas se reposer sur ses lauriers et aura à oeuvrer encore davantage pour rapprocher les intérêts communs, jusqu’à éventuellement les faire converger, et ce indépendamment de l’identité du futur président du gouvernement. Et, voisinage et liens historiques y obligent aussi, cela commence par faire, de notre point de vue, de Madrid ce que Rabat était, jadis, pour M. Gonzalez...

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