Quand la hausse des taux d'intérêt menace le système financier


LES TAUX D’INTÉRÊT, EN REMONTANT BRUTALEMENT, FONT EXPLOSER LE COÛT DE LA DETTE, PRIVÉE COMME PUBLIQUE.

Bien que les responsables politiques américains et européens s’efforcent de rassurer quant au risque de contagion des faillites des deux banques américaines Silicon Valley Bank (SVB) et Signature Bank, à l’ensemble du secteur bancaire, il n’en reste pas moins que la politique de resserrement monétaire face à la persistance de l’inflation, notamment à travers le relèvement des taux, participe au ralentissement de l’économie et à l’affaiblissement des banques. Or, jusqu’à une époque récente, même les grandes banques, ne se sont pas alarmées de l’impact de la hausse des taux sur le système financier actuel, bâti sur une dette colossale, celle des ménages, des entreprises et des Etats. Elle représentait 120 % du produit intérieur brut mondial en 1981. Elle atteint désormais les 250 %.

Par ailleurs, ni les efforts et les milliards déployés dans l’urgence pendant le week-end dernier aux Etats-Unis ni les déclarations des responsables politiques des deux côtés de l’Atlantique n’ont suffi à apaiser les marchés boursiers mondiaux, en début de semaine, comme si les investisseurs prenaient soudainement conscience des menaces susceptibles de déclencher une nouvelle crise financière majeure.

En effet, tous les marchés boursiers ont connu une baisse. En clôture, la Bourse de Paris a perdu 2,9 % , celle de Francfort 3,04 % et celle de Londres 2,58 %. Les valeurs bancaires européennes, qui avaient déjà souffert, vendredi 10 mars, ont amplifié leur chute. Ainsi, BNP Paribas a cédé 6,8 %, Société générale 6,2 %, Crédit Suisse 9,6 % et Commerzbank 9,9 %. En deux séances, l’indice de référence des banques européennes cotées a abandonné 10,2 %. La journée s’est mieux terminée à Wall Street, avec un repli limité à 0,2 % pour l’indice S&P 500.

Cependant, le compartiment bancaire a encore perdu près de 11 % et la baisse du cours de First Republic Bank, jugée à son tour vulnérable, a atteint jusqu’à 79 % en séance. Fuyant le risque en Bourse, beaucoup d’investisseurs se sont réfugiés, alors, sur les marchés des emprunts d’Etat, considérés comme plus sûrs. Difficile, face à ces mouvements brutaux, de ne pas évoquer le souvenir de la grande crise financière de 2008, déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Même si l’ampleur du choc actuel est sans commune mesure et si la surveillance du secteur s’est, depuis, considérablement durcie : les banques, aux Etats-Unis et plus encore en Europe, doivent respecter des niveaux de solvabilité (leur capacité à faire face à leurs engagements financiers à court, moyen et long terme) et de liquidité (la capacité à répondre à des besoins immédiats) élevés, afin justement d’éviter une réplique du séisme d’alors.

Pourtant, c’est bien la même peur qui a fait son retour avec l’affaire SVB : celle du risque systémique, une crise généralisée qui viendrait priver Etats, entreprises et ménages des moyens de se financer. Rappelons que le risque systémique, c’est le risque de voir le système bancaire paralysé : personne ne prête plus à personne, l’argent ne circule plus. C’est ce qui s’est passé en 2008-2009.

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