Hausse des prix des fruits et légumes : "La conquête verte du Maroc en Europe", la vraie cause?


Alors que les citoyens Marocains font face à une hausse des prix sans précédent, les légumes et fruits marocains font « une conquête verte » de l’Europe, selon le média espagnol El Pais.

Depuis des mois, les prix des légumes, des fruits et de la viande ne cessent d’augmenter. Le prix de la tomate a lui-même dépassé les 12DH. Une situation alarmante qui met le simple citoyen dans un état d’inquiétude, notamment à cause de l’approche du mois sacré de Ramadan où les prix augmentent encore plus.

Face à cette situation, les différents ministres ont multiplié leurs sorties médiatiques pour dire parfois que la hausse des prix est due à la sécheresse, à la vague de froid ou encore la prolifération des intermédiaires… Ces responsables omettent toutefois de préciser que ces facteurs n’impactent nullement les fruits et légumes destinés à l’export. Au contraire, en 2022 les exportations du secteur agricole marocain ont augmenté de 20% pour atteindre un record de 80 milliards de dirhams l’année dernière.

La conquête verte
«Les exportations de fruits et légumes frais ont atteint un volume de 2,3 millions de tonnes durant l’année 2022, soit une croissance annuelle de 10%. Cette tendance à la croissance a concerné toutes les familles des produits et toutes les destinations. En particulier, les exportations de fruits rouges ont enregistré une croissance de 20%, atteignant un volume de 131 900 tonnes.» annonce un communiqué officiel du ministère de l’Agriculture, publié le 09 janvier 2023. Les exportations en tomates a augmenté de 19%, selon la note de conjoncture de 2023 du ministère des finances, dans la même période où les prix ont commencé à augmenter au Maroc.

Ce flux envers l’Europe alors que le marché local souffre surprise même les pays européens. En effet, le média espagnol ElPais vient de publier, le 13 février 2023, un article intitulé «Le Maroc, à la conquête verte : Multiplication par quatre des ventes de fruits et légumes marocains à l’Espagne au cours de la dernière décennie ». En effet, depuis l’entrée en vigueur du nouvel accord euro-méditerranéen d’association UE-Maroc en 2000 et la création d’une zone de libre-échange entre les deux parties, les importations de fruits et légumes en Espagne en provenance du Maroc ont été multipliées par quatre.

L’article note que le Maroc est le premier fournisseur de tomates fraîches de l’Union européenne (UE), selon les Perspectives agricoles de l’UE 2021-2031. Selon ces perspectives, les importations marocaines de tomates concurrencent fortement les produits espagnols, compte tenu du déclin de la production hivernale espagnole et du passage à des tomates de petit calibre. Par rapport aux tomates marocaines, les tomates espagnoles ont un volume et une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) inférieurs.


Le média note que l’augmentation des ventes marocaines (en Espagne, dans l’ensemble de l’UE et au Royaume-Uni) s’est traduite par une baisse des prix dans le marché européen et a même impacté les ventes de l’Espagne. « Cette situation se reflète surtout dans certains des produits les plus importants, comme les poivrons ou les tomates, où ils sont passés d’exporter plus de 900 000 tonnes à moins de 700 000 tonnes, avec la quasi-perte de certains marchés comme celui de la France » souligne le média.

Interdiction de l’export vers l’Afrique
Depuis 2012, l’export du Maroc envers l’Espagne est passé de 130 700 à 496 000 tonnes de légumes et de 17 400 à 238 000 T de fruits, selon la Fédération des producteurs de fruits et légumes espagnole (Fepex). Les tomates sont passés de 19 000 à une moyenne de 80 000 tonnes. Le média annonce également que l’Espagne reçoit plus de 80 000 tonnes d’haricots verts, qui dépasse aujourd’hui 30Dh au Maroc, 74 000 tonnes de poivre, et plus de 18 000 tonnes d’avocats entre autres.

Au niveau du continent européen, les exportations du Maroc sont passées de 750 000 à 1,25 million de tonnes au total. De ce volume, les légumes sont passés de 550 000 à près de 700 000 tonnes, mettant en avant les tomates qui sont passées de 317 000 à plus de 400 000 tonnes, les poivrons de 62 000 à 114 000 tonnes (avec des années allant jusqu’à 140 000) ou encore les concombres, de 2 000 à 7 000 tonnes. Dans les fruits, les ventes sont passées de 200 000 à 560 000 tonnes.

En plus de l’Europe, les légumes du Maroc s’exportent vers de nouveaux marché, tel que celui russe, le marché africain dont les exportations ont augmenté de 54 fois ou encore celui du pays du khalij dont l’exportation s’est augmenté de 16 fois. Alors que l’Europe n et surtout la France, demeurent le premier importateur de la tomate marocaine (près de 80% selon les données de Trade Map pour 2021), le Maroc a décidé de stopper ses exports de ce fruit envers l’Afrique, quoiqu’elle ne représente que 1,3% des exportations marocaines de tomates.

En effet, l’autorité des exportations de produits agricoles, Morocco Fodex, a interdit aux négociants de fruits et légumes d’exporter les tomates, les oignons et les pommes de terre aux pays d’Afrique de l’Ouest. Cette décision a été prise le jeudi 9 février avec effet immédiat et justifiée par Morocco Foodex en raison de la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire dans le pays, suite à la hausse des prix des tomates. Une annonce qui prouve que la hausse des prix dans le marché marocain revient, en plus de la vague de froid, etc à la hausse du demande face du marché locale des produits qui s’envoient à l’étranger.

Si le commerce du Maroc avec l’Afrique en 2022 a augmenté de 45% pour atteindre un record de 65 milliards de DH, avec un nombre de camions partant du Maroc vers les marchés africains qui a augmenté de 88% pour atteindre 45.000, selon les données officielles, les produits alimentaires agricoles ne représentent que 28% des volumes transportés. Cette décision semble alors peu logique et peut même impacter les relations du Royaume avec ses partenaires africains.

Certes, l’export des fruits et des légumes apporte gros à notre économie nationale. Maos cela ne doit pas être au détriment de la sécurité alimentaire des citoyens ni au détriment de l’environnement de notre pays, vu que l’export de ces aliments est synonyme d’export d’une denrée de plus en plus rare, à savoir l’eau.

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