Hausse vertigineuse des prix à la consommation et érosion du pouvoir d'achat

Une bulle sociale prête à éclater

Au Maroc, l’inflation sous-jacente (adoptée par Bank Al Maghrib et calculée par le HCP) ne renseigne en rien sur l’inflation réelle des prix à la consommation. L’érosion du pouvoir d’achat d’une large frange de la population crée une tension sociale inédite.

Les prix de l’huile de table, du pain à base de blé dur, de la semoule, du café, du riz, du thé… flambent ces dernières semaines. Certaines hausses atteignent 50, voire 100%. La tendance n’est pas prête à infléchir. Qui dit hausse des matières premières, dit hausse des prix des produits finaux, dans tous les secteurs.

Avec une augmentation de l’ordre de 2,2%, la hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC), publié par le Haut-commissariat au plan (HCP), en juillet 2021, a déjà donné un avant-goût de la flambée de certains produits alimentaires. L’impact est visible sur le budget de la ménagère. L’érosion du pouvoir d’achat crée une tension sociale inédite qui s’apparente à une bulle prête à éclater à tout moment.

Beaucoup d’opérateurs économiques et industriels ont fait récemment des sorties médiatiques pour faire admettre cette hausse générale vertigineuse. Ils l’ont imputée à l’augmentation des cours internationaux et du fret maritime. Ce qui n’est pas faux. En effet, pour ne citer que le cas du blé dur, les principaux exportateurs mondiaux subissent des pertes de production énormes et une forte demande sur une offre insuffisante. Pour ce qui est des frais du fret maritime, l’augmentation atteint 400 à 500% sur une année et demie, depuis l’avènement de la pandémie du Covid-19.

Sauf que ce n’est que l’arbre qui cache la forêt! Certains opérateurs ne veulent rien lâcher sur leurs marges bénéficiaires tandis que d’autres trichent sur le poids des produits pour maintenir les prix tels qu’ils sont. Des pratiques qui sont dénoncées par la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC) et la Fédération nationale des associations du consommateur (FNAC).

Triche sur le poids des produits
Les économistes le savent, dans tout pays qui adopte l’indicateur de l’inflation sousjacente, un indicateur qui ne prend pas en compte les produits volatils (produits alimentaires, hydrocarbures…), la subvention des produits de première nécessité compense la hausse des prix. De cette façon, le gouvernement préserve le pouvoir d’achat de la majorité écrasante de la population.

Or, au Maroc, l’inflation sous-jacente (adoptée par Bank Al Maghrib et calculée par le HCP) ne renseigne en rien sur l’inflation réelle des prix à la consommation. Elle induit donc en erreur. L’on avance toujours que l’inflation est maîtrisée. Alors qu’en réalité, sur le terrain, les citoyens subissent une hausse systématique des prix. L’intervention du gouvernement consiste à contrôler les prix. Il n’en est rien. En dehors de cas médiatisés pour faire taire les «mauvaises langues» de temps à autre! Ceci se passe au moment même où les dirigeants prônent une économie de marché et la liberté des prix.

Au final, près de 6 millions de familles vivant de l’informel et une soi-disant classe moyenne écrasée sous le poids de la dette souffrent le martyre. Un malaise qui grandit et menace la stabilité sociale du pays si aucune mesure n’est prise pour juguler la hausse des prix et restituer, au moins, la compensation des produits de grande consommation.