La hausse des prix des carburants érode le pouvoir d'achat des ménages

Les Marocains n’en peuvent plus

La hausse des prix en général et celle des hydrocarbures en particulier est non seulement vertigineuse mais elle ne s’estompe point. Les intérêts des consommateurs divergent de ceux des distributeurs pétroliers. Le gouvernement, lui, est attendu pour baisser les taxes et amortir ainsi l’impact sur le pouvoir d’achat des citoyens.

Faut-il craindre le pire? Cette question est loin d’être anodine. La confiance des ménages marocains est au plus bas depuis 2008. Rendus publics le 14 avril 2022, les résultats de l’enquête menée par le Haut-Commissariat au plan (HCP), relative à l’Indice de confiance des ménages (ICM), attestent de cette triste réalité. En effet, les données analysées mettent en évidence une flagrante dégradation du moral des Marocains au premier trimestre de 2022. Cela est dû bien entendu à la détérioration de tous les indicateurs qui composent l’ICM, notamment la perception par les ménages du niveau de vie qui se dégrade, du chômage qui prend des allures alarmantes, de l’opportunité à effectuer des achats de biens durables et de leur situation financière qui s’érode au fil des jours.

Que faut-il encore pour se laisser persuader que les temps sont durs pour de larges couches de la population qui ressentent qu’ils sont dans une rive et que ceux qui les gouvernent en sont dans une autre? Fausse impression? En tout cas, le manque de communication, le retard de réactivité et l’absence de solutions renforcent cette perception populaire. En réalité, la hausse générale des prix est non seulement vertigineuse mais elle ne s’estompe point. Pour l’heure, le gouvernement n’a pris aucune mesure pour atténuer cette flambée des prix. Si les prix des produits alimentaires affectent directement et sérieusement les Marocains, le gouvernement n’a rien fait pour lutter contre les spéculateurs, en contrôlant rigoureusement et à large échelle les prix dans les marchés et souks.

Tensions sociales
Quand on cherche à mieux comprendre, l’on se rend à l’évidence que c’est la flambée des prix des hydrocarbures qui a provoqué en grande partie cet effet de cascade sur les prix des matières et produits de première nécessité. Les prix à la pompe impactent directement et indirectement les tarifs des transports en commun mais surtout ceux du transport des marchandises. Au final, ces hausses sont répercutées sur le prix de vente au public. Et c’est le consommateur marocain qui paye les pots cassés.

Les prix des carburants à la pompe atteignent des sommets du fait de fortes tensions géopolitiques impliquant les géants de la production et l’exportation de l’or noir notamment la Russie, l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis.... Des sites sont aussi à l’arrêt dans certains pays comme l’Angola, la Libye... ce qui impacte l’approvisionnement. L’intervention des Etats-Unis, de l’Iran et du Venezuela, qui comptent augmenter leurs productions quotidiennes, a permis de faire baisser le prix du baril à 100 dollars. Mais cette tendance baissière s’est rapidement estompée à cause de la résistance des pays de l’OPEP qui ne veulent pas augmenter la production ou baisser les prix.

Les répercussions sont plus fâcheuses sur des pays importateurs d’hydrocarbures comme le Maroc. Ces tensions géostratégiques créent des tensions sociales et politiques localement. Le gouvernement est appelé à agir. Réduire les impôts et taxes appliqués au carburant est fortement recommandé. Il a la marge. Au Maroc, trois éléments composent le prix du carburant: le prix du pétrole, les taxes et la marge des distributeurs. Au-delà de l’impact subi suite à l’augmentation des cours à l’international, c’est la structure des prix des carburants qui pose problème. Les taxes représentent près de la moitié du prix facturé au consommateur final. Outre les droits de douane, il faut compter un taux de TVA de 10% et une taxe intérieure de consommation qui dépasse 3,4 DH. Pour un 1 litre de carburant vendu en moyenne à 10 dirhams, l’État empoche 5 dirhams d’impôts et taxes.

Une entente maquillée
Concernant la marge de distribution, les propriétaires des stations de service ne profitent ni de la hausse ni de la baisse des prix des carburants. Les prix ne sont pas calculés au niveau des stations de service. Ils sont plutôt fixés par les compagnies pétrolières (Afriquia, Shell, Total…), moyennant une marge fixe entre 40 et 50 centimes.

Aujourd’hui, ni le gouvernement ni les pétroliers ne veulent faire de concessions. En 2018, les principales conclusions du rapport de la mission d’information parlementaire ont révélé que les marges des compagnies pétrolières de distribution ont augmenté à l’occasion de la libération des prix intervenue le 1er décembre 2015. Cette hausse est intervenue pour l’essentiel en 2016 et depuis, elle est moins accentuée. Les pétroliers en avaient profité à outrance et ont engrangé 17 milliards de dirhams de bénéfices supplémentaires. Aussi, on apprenait que l’État a été le principal bénéficiaire de la libération en économisant environ 35 milliards de DH par an. Le même rapport soulignait que les consommateurs et les distributeurs ont des intérêts divergents. Et d’ajouter que l’État est sorti du débat et a décliné toute responsabilité, sans toutefois mettre en place les conditions d’un arbitrage.

Aujourd’hui, la situation est plus inquiétante. La subvention des acteurs du secteur des transports n’a eu aucun effet notable sur les prix ou le pouvoir d’achat des citoyens. C’est dire que le gouvernement doit absolument intervenir pour réglementer les prix. L’article 2 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence confère au Chef du gouvernement le pouvoir de réintroduire les carburants dans la liste des produits à prix réglementés. C’est ce genre de dispositions qui aura un impact palpable sur les consommateurs, professionnels et particuliers.

Le gouvernement devra réduire dans l’urgence les taxes introduites dans le prix final et réglementer la marge des opérateurs. Il faut aussi qu’il puise dans les finances publiques pour compenser relativement les prix à la pompe, ne serait- ce que durant cette conjoncture difficile. Aussi, depuis la libéralisation du marché, les sociétés pétrolières avaient préservé une pratique ancienne: les prix étaient actualisés tous les 1er et 16 de chaque mois. Aujourd’hui, les prix changent chaque jour. Et les prix affichés ne montrent pas une différence réelle entre les prix de vente au public. Une sorte d’entente maquillée qui complique davantage la situation financière des ménages marocains.