Hauman Yaakoubi: "Les Frères musulmans de France se cachent derrière le nouveau CNI"

Entretien avec Hauman Yaakoubi, président de l’Union des mosquées de la région Île-de-France

Projet désiré par le président Emmanuel Macron, le Conseil national des imams vient de voir le jour en France. Mais la méthode de sa création et les courants qui l’appuient sont pointés du doigt pour des raisons aussi idéologiques que de procédure. Hauman Yaakoubi répond à nos questions à ce sujet.

Beaucoup de parties accusent le nouveau Conseil national des imams (CNI) d’être proche de certains courant «rigoristes». Comment expliquez-vous cela?
Cette question souligne le paradoxe du recteur de la Mosquée de Paris, qui est le meneur dans cette affaire. Il a dit haut et fort à qui veut l’entendre dans un communiqué adressé à l’AFP fin 2020 qu’il a décidé de ne plus participer aux réunions de mise en place du CNI par le Conseil français du culte musulman (CFCM) et de couper tout contact avec ses composantes islamistes.

Sa girouette a tourné depuis puisqu’il s’est associé à l’ex. UOIF (l’Union des organisations islamiques de France) aujourd’hui «Musulmans de France», proches des Frères Musulmans. Ils ont changé de nom pour se refaire une virginité, mais leur mode opératoire, leurs objectifs et leurs dirigeants sont les mêmes. Dans l’urgence, le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a renoué et renforcé les liens avec les «fréros» et s’accommode de leur idéologie rigoriste et de leur conservatisme.

D’ailleurs, pour faire du remplissage lors de la mise en place de son CNI, outre les 150 imams algériens détachés en France, il a fait participer tous les étudiants que l’ex. UOIF forme à son Institut de formation des imams de Château Chinon.

Personne n’est dupe sur la qualité et l’orientation extrémiste que reçoivent ces étudiants appelés à prêcher la modération dans les mosquées France. La forêt des islamistes UOIF veut se cacher derrière l’arbre Chems-Eddine Hafiz, qui se dit républicain pour cacher leur image de Frères musulmans rigoristes quitte à la coller aux Turcs avec lesquels ils partagent pourtant l’idéologie et la référence «qaradawie».

Le président du CFCM déplore un «court-circuitage» avec la création du CNI. Quels sont, à votre avis, les scénarios légaux et politiques qui pourraient suivre dans ce bras-de-fer?
En effet, le président du CFCM, Mohamed Moussaoui, a non seulement déploré un court-circuitage mais il l’a fermement condamné, à l’instar de la majorité écrasante des dirigeants des mosquées et tous les acteurs actifs dans le domaine cultuel. Les suites à donner à cette affaire, selon M. Moussaoui, commencent par la création du CNI par le CFCM le 12 décembre 2021, conformément au voeu du président Macron, qui lui en a confié la lourde charge. Ensuite, le président du CFCM se réserve le droit à tous les recours que la loi lui permet.

L’État français aurait-il démissionné de son devoir en laissant le terrain à la création du CNI? Ou les autorités auraient- elles fait le choix d’un certain courant pour porter ce projet tant attendu?
Non, l’État français n’a pas démissionné, il laisse tout simplement faire en s’abstenant d’intervenir directement comme la laïcité le lui impose. L’État a appelé de tous ses veux à la création du CNI, par la voix du président de la République, qui en a chargé le CFCM et son président. Contrairement à l’approche du recteur de la Mosquée de Paris, qui procède par désignation et nomination arbitraires, le président du CFCM entend rendre la parole à la base, aux mosquées, qui doivent élire leur CNI de façon démocratique.

C’est ça, le projet attendu par l’État. Le fait que le ministre de l’Intérieur ait félicité le président désigné du CNI mis en place dimanche dernier, ne vaut pas reconnaissance, c’est un usage de courtoisie. Pour l’instant, ni le ministre de l’Intérieur, ni aucune voix politique influente ne se sont prononcés. Les autorités françaises ne sont pas dupes. Elles connaissent la constitution de ce CNI et l’illustre inconnu qui a été nommé par la Mosquée de Paris à sa tête.

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