Hassan Rachik: Madih Al Howiyat Al Marina

Plaidoyer pour des identités soft

Un ouvrage, qui décrypte avec clarté le dilemme du «Je, Nous et les Autres» est une Traduction en arabe du livre: Eloge des identités molles.

La traduction en arabe de l’ouvrage «Éloge des identités molles», paru en 2016 en langue française, est la bienvenue. Le professeur d’anthropologie à l’Université Hassan II de Casablanca décrypte, dans son remarquable et très instructif «Madih Al Howiyat Al Marina», la notion, à la fois galvaudée et souvent interprétée dans un sens fermé et excluant, d’identité, dont il analyser la dimension idéologique.

Hassan Rachik n’est pas à sa première recherche sur la notion d’identité collective, puisqu’il lui a consacré de nombreux travaux. «Jusque-là, les identités étudiées étaient plutôt paisibles», rappelle-t-il, mais à partir de 2005, l’exacerbation d’identités religieuses radicales l’amènent à analyser les notions d’identité dure et d’identité molle (au sens calqué de l’anglais soft, comme dans l’expression «sciences dures / sciences molles»). Une analyse critique de deux types d’identités collectives, dures et molles, selon qu’elles bannissent ou favorisent l’autonomie individuelle.

Similitudes et différences
D’emblée, Hassan Rachik place le débat sous le signe de la contrainte qu’exerce le groupe sur l’individu, même s’il nuance: «La portée et l’intensité des similitudes et des différences dépendent du degré d’autonomie et de sujétion (hétéronomie) de l’individu au groupe». S’il précise dès l’avant-propos que ce degré est largement dépendant des contextes politiques, des réseaux de mobilisation, etc., c’est à la dimension idéologique de l’identité qu’il s’intéresse.

«Folles», «meurtrières», «sauvages», les identités collectives, qu’elles soient politiques, religieuses, linguistiques, etc., font en effet l’objet d’instrumentalisation et d’exhibition si violentes que l’individu est menacé d’engloutissement par le groupe.

Tout au long de cet ouvrage riche et très bien documenté, Hassan Rachik va dérouler tout un inventaire des différentes formes d’identité qu’on trouve suite au processus d’idéologisation, en commençant par ce qu’il appelle l’identité univoque («Être musulman et rien que musulman»), qui «exclut la pluralité et la relativité», à l’identité cumulative, qui soulève la question du conflit de loyauté, en passant par l’identité prescrite, l’identité acquise, l’identité totalitaire, l’identité sélective, etc.

Il conclut, enfin, cet inventaire sur un plaidoyer pour des identités multiples, ouvertes, cumulatives, relatives, choisies, permettant une articulation harmonieuse entre le Je et le Nous.