Hassan Benkhlafa: "Les films qui traitent le handicap dans le cinéma marocain sont rares"

Entretien avec Hassan Benkhlafa, directeur général du festival Handifilm

L’association Handifilm a organisé, du 17 au 19 juin à Rabat, la 14e édition du Festival Handifilm sous le thème «Les troubles d’apprentissage à travers le zoom des jeunes cinéastes».

Quels étaient les principaux objectifs de l’édition 2021 du Festival? Comme les éditions précédentes, la présente édition avait pour but de diffuser une culture accueillante des diversités auprès du grand public, d’une part, et de mettre en exergue les capacités créatives des jeunes, et notamment dans le domaine du 7ème Art. Cette édition est venue dans le contexte morose de la pandémie, qui a impacté négativement tous les secteurs d’activité. Et le secteur de la culture et de l’art n’a pas été épargné. Cette 14ème édition était prévue au départ pour fin mars 2020, mais elle a connu plusieurs reports au gré de l’évolution épidémique de ce fléau.

Et finalement, on a pu l’organiser en juin 2021 sous forme hybride alliant numérique et présentiel dans l’objectif de trouver un équilibre subtil entre la nécessité d’un rapprochement socio culturel et la contrainte du respect de la distanciation physique. 31 films représentant huit pays ont participé à cette édition, dans les catégories «Compétition internationale officielle court-métrage», «Compétition internationale du court-métrage spécial junior» et «Panorama». 16 films de sept pays, dont le Maroc, étaient en lice dans la catégorie du court-métrage, tandis que 14 films (10 du Maroc, 2 de France, et 2 d’Italie) participaient à la compétition court-métrage spécial junior.

Comment accompagnez-vous les jeunes pour produire des films qui promeuvent un regard positif sur le handicap?
Malgré son importance, le festival n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, le travail le plus important se fait en amont de l’évènement. Ce dernier n’est qu’une vitrine, qui sert, d’une part, à mettre en valeur les productions cinématographiques des jeunes, et, d’autre part, de véhiculer, à travers ces productions, un regard positif sur les personnes en situation de handicap et leurs énormes possibilités de participation dans le cadre d’un développement inclusif.

Nous organisons également des Focus groupes de réflexion sur le handicap et les enjeux de la participation des personnes en situation de handicap (PSH), des formations théoriques sur l’écriture de scénario, un atelier d’écriture de scénario, ainsi que des formations théoriques et pratiques sur les étapes de production cinématographique.

Quelles est votre perception sur le traitement du handicap dans le cinéma marocain?
Les films qui traitent le handicap dans le cinéma marocain sont rares sur le plan quantitatif. Le handicap et souvent abordé d’une manière dérisoire pour faire rire ou pour susciter la pitié, et donc ne contribue pas à la promotion d’un regard positif sur le handicap et à la promotion de l’inclusion des personnes en situation de Handicap. Il existe toute de même des exceptions qui confirment cette règle. Je peux citer, à titre d’exemple, le film «6 mois et 1 jour», de Abdeslam Kelai, qui cristallise d’une manière très artistique les possibilités d’inclusion de l’acteur principal du film qui est porteur du spectre de l’autisme. Rôle joué d’une façon magistrale par le comédien Amine Ennaji.

Pour que le cinéma puisse contribuer à la promotion d’un regard positif sur le handicap et les personnes en situation du handicap et pour qu’il puisse combattre leurs discriminations, il faut qu’il soit lui-même inclusif. Handifilm appelle donc les autorités à lancer un chantier de cinéma inclusif, un cinéma accessible à tous pour permettre cette catégorie d’accéder aux salles de cinéma et permettre aux personnes ayant des déficiences visuelles et auditives d’avoir accès aux contenus filmiques.