Hassan Benaddi quitte le PAM, mais pas la politique

PAM contre PAM

Le PAM est un bateau ivre qui ne sait pas où mettre le cap, estime Hassan Benaddi. Pour lui, il n’y a que deux solutions: l’assainissement ou un nouveau congrès. Du spectacle en perspective.

Homme politique et dirigeant syndical de l’UMT, Hassan Benaddi a la militance plutôt discrète. Ce qui ne l’a pas empêché de marquer son passage par des empreintes personnelles où l’on retrouve la personne dans son entièreté véridique derrière le personnage du moment. C’est cet homme-là qui vient d’officialiser, en ce début mars 2020, sa décision «de mettre fin à toute implication dans des activités partisanes». Le champ politique national, dont on connaît le déchirement et les conflits d’intérêts, n’avait vraiment pas besoin de cela. Il faut juste rappeler que M. Benaddi a été membre fondateur du Parti authenticité et modernité (PAM), qui a tenu son quatrième congrès du 7 au 9 février 2020 à El Jadida, avec l’élection de Abdellatif Wahbi au poste de secrétaire général. Des assises où l’absence du premier secrétaire général du parti a été relevée par les médias. M. Benaddi aurait donc choisi ce moment-là pour annoncer son retrait. Pourquoi pas, sachant que l’homme est rompu à ce genre de situation limite depuis qu’il a quitté le PLS (Parti de la libération et du socialisme) dans la turbulence des années 1970.

"Divorce à l’amiable"
Objectivement, le choix de cette date par Hassan Benaddi ne relève pas d’une coïncidence de calendrier. Il ne tient surtout pas à ce que sa sortie médiatique, du 2 mars, soit «interprétée comme un signe d’animosité à l’égard de la nouvelle équipe dirigeante du PAM». Il préfère parler d’un «divorce à l’amiable». Cette recherche d’événements comparables résume le caractère d’un professeur de philosophie qui ne craint pas d’aller allègrement à la rhétorique.

Puis, changement de décor, M. Benaddi donne sa véritable appréciation sur le déroulé du congrès et du choix des futurs dirigeants du PAM. Il n’a pas de mots assez durs pour désigner les nouveaux dirigeants du PAM, qu’il n’hésite pas à qualifier de «pirates» et de «comploteurs». Dans cet élan de rejets ciblés, Hassan Benaddi réserve une place particulière pour le «groupe de l’avenir», ces opposants à Hakim Benchemmach, secrétaire général du parti avant le dernier congrès. Le PAM n’en est pas à sa première crise; il en a vu d’autres depuis sa création un 7 août 2008. Il lui fallait justifier sa présence sur l’échiquier; ainsi que ses orientations politiques et son programme socio-économique; le tout avec une pensée particulière pour des jeunes du bas de l’échelle qui ne sont ni étudiants ni employés, ni en formation.

Comment la première génération des militants et des responsables d’un PAM naissant jusqu’au jour d’aujourd’hui ont-ils pu, d’après Hassan Benaddi, «mettre la main sur le parti»? Un parcours que l’interviewé déplore. Il estime que certaines parties n’attendaient que plus de libertés d’expression en interne, entre autres ouvertures, pour s’emparer du parti. Une opération suffisamment indigne pour être comparée au «deal du siècle». C’est, penset- il, la situation actuelle du parti, comparable à celle d’un bateau ivre. «Ils ont détourné le navire en prenant en otage ses passages». Pour avoir l’assentiment des anciens cadres déçus, Hassan Benaddi ne voit que deux solutions pour remettre le PAM sur les rails: l’assainissement ou un prochain congrès. Un jugement sans appel. Hassan Benaddi rassure ses amis qu’il «ne cessera pas de s’intéresser à la vie publique». Du spectacle en perspective.


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