Dr. Hassan Afilal: "Nous constatons que le variant Delta touche de nombreux enfants"

Les vaccins sont-ils efficaces pour prémunir les enfants contre le Covid-19, notamment le variant Delta? Qu’en est-il de leurs effets indésirables? Quel devrait-être le rôle des parents? Réponses avec Dr. Hassan Afilal, président de la Société marocaine de pédiatrie (SMP).

Le Maroc a décidé d’élargir la vaccination aux enfants âgés de 12 à 17 ans. Une décision salutaire?
La vaccination est une opportunité, et je suis très heureux que notre pays élargisse la campagne de vaccination aux enfants. Cela permettra aux parents de mieux protéger leurs enfants et de se protéger eux-mêmes, mais également leur entourage, notamment les personnes âgées, vaccinées ou pas. Les vaccins réduisent de neuf fois les risques d’hospitalisation pour les adultes et les enfants. Cette vaccination arrive à point nommé pour freiner la propagation du variant Delta, dont la contagion est six fois plus rapide que le virus originel. Elle permettra aussi de réduire le risque d’apparition d’éventuels clusters dans les écoles après le démarrage des cours. Aux Etats-Unis, des études ont démontré qu’il y a dix fois moins d’hospitalisations d’adolescents depuis le lancement de la vaccination. 9 millions d’enfants y ont été vaccinés.

Certains parents sont sceptiques sur l’efficacité des vaccins. Que leur dites-vous?
Les vaccins Sinopharm et Pfizer sont non seulement efficaces mais ont également une innocuité, autrement dit, ils sont sûrs et n’agressent pas les enfants. Ces vaccins ont été rigoureusement testés dans les laboratoires et ont fait l’objet d’essais cliniques auprès de milliers de personnes qui ont prouvé leur efficacité. Ils sont actuellement utilisés dans plusieurs pays au monde. Sinopharm est d’ailleurs utilisé à partir de trois ans.

S’il n’a pas été homologué pour les voyages dans les pays européens comme la France, c’est parce que le laboratoire chinois qui le fabrique n’a pas encore déposé un dossier d’homologation. Ce sont des produits efficaces et sécurisés qui renforceront leur protection et qui permettront d’avoir une rentrée sereine et de suivre les cours en présentiel, contrairement aux non vaccinés, qui adopteront l’enseignement à distance en cas de cluster. L’enseignement à distance provoque des dégâts sur la santé mentale des enfants. Nous l’avons constaté auprès de nos patients durant la première vague. Certains faisaient des cauchemars, avaient des problèmes de sommeil, étaient agressifs, ou même déprimés. Nous avons eu beaucoup de consultations de pédopsychiatrie dans ce sens. D’où la nécessité d’éviter que l’enfant reste à la maison.

Qu’en est-il des effets indésirables sur les enfants?
Les effets indésirables du vaccin sont faibles chez les enfants. Ils peuvent juste ressentir une fatigue ou une douleur à l’injection. Hormis ceux d’entre eux qui ont une phobie de la piqûre. Nous avons fait un encadrement suffisant pour qu’ils soient en sécurité et nous avons mis en place un dispositif de pharmacovigilance pour les suivre et constater tous leurs effets indésirables pour enrichir les moyens de surveillance. On leur demande de rester 15 mn après l’injection dans les centres de vaccination.

Avez-vous mis en place un dispositif de préparation psychologique pour les rassurer?
Cet aspect est tout à fait important. C’est la raison pour laquelle nous avons expliqué aux parents qu’ils doivent rassurer leurs enfants.

Ne faudrait-il pas aussi vacciner leurs encadrants pour éviter les risques de contamination?
Il faudrait que les encadrants soient vaccinés et qu’on recommande le port du masque à partir de 6 ans. Le respect des mesures barrières comme l’utilisation de gel hydro-alcoolique, la distanciation sociale et l’aération des classes est aussi primordial. Les parents aussi doivent se faire vacciner et respecter ces mesures.

Les enfants sont-ils devenus si vulnérables au variant Delta?
Nous constatons actuellement que le variant Delta touche de nombreux enfants, du fait de son degré de contagiosité, bien que l’atteinte soit plus rare que chez les adultes. On constate parfois des malades symptomatiques, mais aussi des cas graves, certains enfants ont dû être hospitalisés ou admis en réanimation. Certains ont même perdu la vie.

Le Chef du gouvernement a d’ailleurs révélé la présence de 117 enfants dans les services de réanimation et en tant que réanimateur pédiatrique, je constate de plus en plus une augmentation de ces cas. Nous avons actuellement en clinique trois enfants en réanimation. Parfois, des enfants qui ont eu le Covid sans le savoir développent une maladie inflammatoire avec atteinte cardiaque.

Le comité scientifique britannique, qui supervise la vaccination au Royaume- Uni, a publié un avis le 3 septembre dans lequel il déclare que les preuves sur les bénéfices de la vaccination contre le Covid-19 sont faibles chez les personnes âgées de 12 à 15 ans, «qui n’ont pas de problèmes de santé sousjacents qui les exposent à un risque de Covid-19 sévère». Qu’en pensez-vous?
Cette déclaration est peut-être motivée par le faible taux de contamination des enfants au Royaume-Uni. Le comité britannique ne voit pas, pour le moment, l’intérêt de les vacciner immédiatement. Il préfère observer l’évolution de la situation avant de trancher définitivement.