HARO SUR LA CHLOROQUINE

UNE ÉTUDE INTERNATIONALE VIENT JETER LE TROUBLE

Associée à l’azithromycine, la chloroquine pourrait en fait être mortelle pour les malades de Covid-19 selon une nouvelle étude internationale. De quoi faire repenser par le Maroc ses protocoles?

Le 21 mars, le Maroc devenait un des premiers pays à adopter l’association chloroquine-azithromycine dans son protocole de traitement des malades de Covid-19, laquelle association est notamment promue, au niveau international, par l’infectiologue et microbiologiste français Didier Raoult et avait était qualifiée le 19 mars par le président américain, Donald Trump, de “game changer” -qu’on pourrait traduire, de l’anglais, par point tournant. Mais s’il s’était trompé? C’est ce que l’on serait tenté de croire à partir de l’étude publiée ce 22 mai par la revue médicale britannique The Lancet et dont une des principales conclusions est que le risque de mortalité, avec l’association, serait de 22,2%, soit… près de 2,89 fois plus que quand elle n’est pas utilisée! Car pour parvenir à ce résultat, les auteurs de l’étude, au titre desquels on compte notamment la Harvard Medical School de Boston, aux Etats-Unis, ont comparé les données de 5.651 malades du Covid-19 qui ont reçu aussi bien la chloroquine seule qu’associée avec l’azithromycine, à celles de 90.381 malades ayant été traités autrement, y compris 9.231 malades à qui l’on avait offert de l’hydroxychloroquine, une molécule voisine de la chloroquine également utilisée à la base contre le paludisme, là aussi seule -3.016 malades- ou avec l’azithromycine -6.221 malades.

Et seule, justement, l’hydroxychloroquine fait pire: 18% de morts lorsqu’elle n’est pas combinée à l’azithromycine, et 23,8% lorsqu’elle l’est! Pis, la chloroquine et l’hydroxychloroquine pourraient même provoquer des arythmies cardiaques, principalement des fibrillations auriculaires et des tachycardies ventriculaires; ce dont avertissait déjà, le 12 avril, une étude brésilienne (lire “Maroc Hebdo au quotidien” n°15 du 15 avril). Des résultats suffisamment inquiétants pour pousser l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à suspendre à titre “temporaire”, dès le lendemain de l’étude, les essais cliniques avec les deux molécules lancés sous son égide le 18 mars dernier dans le cadre de son initiative “Solidarité”; d’autant que les données de l’étude proviennent de 671 hôpitaux du monde entier et prennent en compte une multitude de facteurs potentiels de confusion (âge, sexe, origine ethnique, etc.).

Le ministère confiant
Mais pour Pr Raoult, l’étude est “foireuse”. En effet, ce dernier a vivement réagi, ce 25 mai, par le biais d’une vidéo publiée sur la chaîne YouTube de l’Institut hospitalo- universitaire en maladies infectieuses de Marseille, ou IHU -Méditerranée Infection, dont il est le directeur, en se basant sur une “analyse très préliminaire” de ses propres équipes publiée dans la foulée. Cette analyse révèle que sur plus de 1.000 patients infectés non sélectionnés de tous âges, seuls 8 sont morts, et tous avaient plus de 70 ans. “Sans négliger le potentiel théorique du big data, il est temps de remettre l’expertise clinique au centre de la recherche médicale pour soigner de vraies personnes,” a fulminé Pr Raoult.

En tout cas au Maroc, la controverse doit être suivie de près, mais tout continue de tendre pour l’heure vers un maintien de la chloroquine-azithromycine. A cet égard, il faut rappeler que l’ambassade de l’Inde avait indiqué, le 16 mai, que le gouvernement indien avait autorisé l’exportation vers le Royaume de 6 millions de comprimés d’hydroxychloroquine, sachant que le pays du Sud de l’Asie est le premier producteur mondial de la molécule; ce qui entend que le ministère de la Santé reste confiant dans son utilisation. Aurait-il toutefois raison de l’être, le cas échéant?


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