Hans Jörg Huber, un symbole du travail associatif

Décès du fondateur de l'association Atlas Kinder

Le Maroc a perdu Hans Jörg Huber, l’acteur associatif Suisse qui a voué sa vie et la moitié de sa fortune aux orphelins au Maroc, laissant un patrimoine de militantisme que l’Histoire lui reconnaîtra.

“Monsieur Huber prônait la bienveillance, le partage, mais surtout l’entraide. Sa force, sa générosité, son amour pour les enfants, et surtout la belle cause qu’il portait fièrement, il la laisse entre nos mains à tous.” C’est ainsi que l’association Atlas Kinder (Dar Bouidar), a annoncé sur sa page officielle,le 3 septembre 2022, le décès de Hans Jörg Huber, le fondateur de l’association, laissant un patrimoine de militantisme que l’Histoire lui reconnaîtra.

Réunissant plus de 200 enfants orphelins, qui ont été abandonnés en raison de la pression sociale, de la honte, de la maladie… et leur offrant une maison pour les accueillir, un enseignement de qualité mais surtout de l’amour et de l’affection, Huber est devenu l’une des figures de travail associatif les plus connues au Maroc. Chaines nationales et internationales ont souvent consacré différents reportages au travail extraordinaire que ce suisse faisait. Sa mort a d’ailleurs suscité un large sentiment d’émoi sur les réseaux sociaux.

Ayant ouvert les yeux dans une famille aisée à Zurich, entouré d’amour et d’attention, Huber a fait une carrière professionnelle dans le monde des assurances, avant qu’il décide que sa mission serait d’aider les petits enfants. Une décision prise, à l’âge de 23 ans, lorsqu’il a visité un centre de l’ONG Pestalozzi accueillant des enfants tibétains, dont beaucoup d’orphelins, victimes de la guerre, au milieu des années 60. Affecté par la misère, l’injustice et la souffrance qu’endurent ces innocents enfants, Huber décide de se lancer dans le travail humanitaire et se donne pour mission d’accompagner les enfants abandonnés.

Ce n’est qu’en 2013 qu’il passe à l’action et qu’il choisit Marrakech pour la création de l’association «Atlas Kinder – Les enfants de l’Atlas » – et la construction de «Dar Bouidar», un village pour l’enfance abandonnée implanté sur 12 ha au pied de l’Atlas, dans les environs de Tahanaout et à une trentaine de kilomètres de Marrakech. Offrir une maison à des enfants abandonnés est l’objectif premier du village, «Seul, l’homme est trop faible pour changer les droits de ces enfants et de leurs mamans stigmatisées, qui sont des victimes, qui n’ont souvent aucune autre solution que d’abandonner leur enfant illégitime. Tous ensemble, nous arriverons à regrouper nos forces et à dégager des synergies qui changeront la donne!», disait-il souvent, selon le site web de l’association. C’est ainsi qu’il s’appuyait sur les énergies collectives, le mécénat et les dons privés –nationaux et internationaux, en plus de ses fonds personnels, afin d’aider à améliorer la vie de ces enfants.

Un combat continu
Ainsi, en moins de 10 ans, le village a réussi à passer de 30 à 200 enfants. Des enfants qui bénéficient d’un accueil qui leur permet non seulement de trouver refuge contre une vie avec des conditions précaires mais surtout de s’épanouir grâce à un hébergement avec une quinzaine de maisons animées par des mères d’accueil, une pouponnière pour le premier âge, un cadre d’éducation préscolaire et primaire ouvert à l’apprentissage des langues, un suivi médical, un champ d’éveil et de loisirs intégrant une ferme potagère et un centre d’équitation dirigé par un maître de sports équestres, une mosquée et de nombreuses activités culturelles, artistiques et éducatives.

Si Hans Jörg Huber a été inhumé au cimetière européen de Marrakech dans la journée du 4 septembre, la fondation continuera d’accueillir et d’aider les enfants en besoin. Ses 3 enfants vont porter son rêve de «toujours voir le village rempli de rires d’enfants, de joie, et de bonheur» et de lutter pour les droits de l’enfant et de leur dignité. Huber n’espérait pas seulement que ce travail se continue au Maroc mais partout dans le monde, d’où le nom de l’association «Atlas Kinder»: «L’Atlas représente le globe terrestre, le nom est synonyme d’internationalité. Je veux créer un phare, un projet pilote à imiter. Je veux offrir une vision et une éducation aux enfants du monde qui n’ont aucune chance», annonçait-il.