Entretien avec Dr. Hanane Laârej : "Les troubles du sommeil peuvent avoir un impact socio-économique considérable"

Entretien avec Dr. Hanane Laârej, professeure assistante en pneumonologie, spécialiste des troubles respiratoires liés au sommeil.

Concrètement, comment se manifestent les troubles respiratoires du sommeil chez l’adulte et l’enfant?
Les troubles respiratoires liés au sommeil peuvent être catégorisés essentiellement en apnées et hypopnées, soit une interruption totale ou partielle du débit respiratoire pendant le sommeil en l’espace de quelques secondes et qui peut se répéter plusieurs fois la nuit.

Ces phénomènes dangereux et qui sont le plus souvent non perceptibles, auront des répercussions directes sur le cerveau, qui n’entre pas dans le sommeil profond dit sommeil réparateur, ce qui entraine une fatigue et somnolence avec des troubles de la vigilance durant la journée, ainsi que sur le système cardiovasculaire pouvant être à l’origine de complications graves comme l’hypertension, les troubles du rythme cardiaque ou encore les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Les principales causes sont l’obésité, et les anomalies des voies aériennes supérieures qui peuvent être étroites et s’encombrer pendant le sommeil.

On a récemment découvert que le syndrome d’apnée-hypopnée du sommeil pouvait également toucher l’enfant, avec des symptômes différents de ceux de l’adulte. Parmi les principales causes, les amygdales hypertrophiées, surtout chez ceux qui font des angines à répétition, les végétations et des anomalies de développement de la mâchoire. Si chez l’adulte le syndrome d’apnées de sommeil se traduit par une somnolence diurne excessive, chez l’enfant ça peut se manifester par de l’hyperactivité et des troubles de la concentration à l’école, conséquences de la détérioration de leur sommeil. Le dépistage précoce permettra donc de mieux traiter l’enfant et d’éviter ainsi cet impact négatif sur son épanouissement et sa scolarisation.

Quelles sont les conséquences de cette pathologie en milieu professionnel?
Des accidents graves de la voie publiques ou bien en milieu professionnel, pourraient se produire suite au manque de vigilance et à la somnolence diurne induits par ces troubles. Ces derniers peuvent également diminuer la productivité de la personne et avoir un impact socio-économique considérable, sans parler des troubles dépressifs, de l’irritabilité et de l’anxiété qui peuvent altérer la qualité de vie des personnes concernées par cette maladie. Il faut aller se faire examiner par un spécialiste dès qu’on constate des ronflements durant le sommeil, de la somnolence diurne excessive, des patients qui ont l’impression de n’avoir pas suffisamment dormi même s’ils ont fait une nuit complète de sommeil.

Est-une façon d’inviter les entreprises à dépister leurs collaborateurs?
Effectivement. Les entreprises doivent organiser des dépistages de masse parce que cela leur permet de veiller à la santé de leurs collaborateurs et de favoriser des gains de productivité, en évitant les absences qui découlent de ces maladies. Ces dépistages nous permettent de recueillir des symptômes qui vont nous permettre d’établir des scores sur la somnolence diurne excessive chez la personne et les éventuels troubles respiratoires du sommeil.

On fera par la suite des enregistrements de polygraphie ou de polysomnographie qui vont détailler de manière très objective si le patient fait des apnées, des hypopnées, avec une baisse de la saturation d’oxygène dans le sang pendant le sommeil mais également d’analyser ces cycles de sommeil pour en évaluer la qualité.

Propos recueillis par Elimane Sembene