PORTRAIT

Portrait: Hamid Semlali, le précurseur du cinéma d’animation au Maroc

Considéré comme le « précurseur » du cinéma d’animation au Maroc, Hamid Semlali a vécu de près les difficiles premiers pas de ce secteur dans le Royaume. De Kenitra à Prague en passant par Bagdad, portrait d’un homme au parcours très particulier.


“Cet hommage, j’aurais dû y avoir droit il y a bien longtemps mais comme on dit mieux vaut tard que jamais”. C’est sur un ton ou se mêlent curieusement joie et amertume que Hamid Semlali entame notre échange, en ce bel après-midi printanier dans les locaux de l’Institut français de Meknès.

La veille, celui qu’on a présenté comme étant le « précurseur » du cinéma d’animation au Maroc - rien que ça!- a reçu un hommage vibrant lors de la cérémonie d’ouverture du 22è Festival international de cinéma d’animation de Meknès. Une initiative qui arrive à point nommé pour récompenser, ne serait-ce que sur un plan symbolique, la très particulière carrière d’un homme qui a consacré son énergie, son argent et plusieurs années de son existence pour sa passion du cinéma d’animation, à une époque où cet art était quasi-inexistant dans le Royaume. Natif de Kenitra en 1950, Hamid Semlali découvre l’univers de l’art dès son enfance et commence par réaliser des portraits de sa famille et de ses amis, sans pour autant penser à en faire son métier.

Car son objectif initial, c’était de devenir enseignant de philosophie. Une ambition intellectuelle qui trouve probablement origine dans le milieu familial très engagé à gauche dans lequel le jeune Hamid Semlali a grandi. Sa mère n’étant autre que la célèbre « Mi Fatima », cette dame âgée qui a ému des milliers de Marocains lors de ses témoignages à la télé sur la détention de son autre fils, l’avocat et ancien prisonnier politique Hassan Semlali, dans le cadre des travaux de l’Instance équité et réconciliation au début des années 2000.

Affecté par son implication directe dans la mouvance étudiante, Hamid Semlali ne réussit pas à obtenir son bac. « Non, je n’étais pas un mauvais élève », nous répond- il tout en éclatant de rire. Il décide alors de partir à Bagdad, capitale de l’Irak où il décroche enfin le sésame puis intègre l’école des beaux-arts en 1974. « Je suivais des cours du soir, le matin sous 50 degrés c’était insupportable. Mais c’était une étape importante et spéciale dans mon parcours ».

Retour au Maroc
De retour au Maroc, Hassan Semlali renoue avec son ambition d’enseigner la philosophie et s’inscrit à la Faculté des Lettres. Mais le destin en a décidé autrement : le temps qu’il obtienne sa licence, les autorités marocaines ont déjà interdit l’enseignement de cette matière pour des raisons politiques liées à la montée en puissance des courants d’opposition de gauche et d’extrême gauche. Un mal pour un bien, puisque Hamdi Semlali décide de se consacrer au dessin et devient alors professeur d’arts plastiques.


En parallèle aux cours qu’il donne, Hassan Semlali fait ses premiers pas dans le cinéma d’animation dès le début des années 1980. Il signe alors son premier film intitulé « Didi la poule » en 1984 où il raconte avec humour l’histoire d’un enfant rêvant de devenir une poule. Ce film est d’ailleurs sélectionné la même année au Festival national de film de Casablanca dans la catégorie courts métrages. « Avec Didi, j’ai compris que c’est ce que je voulais faire en vrai. Je ne voulais pas arrêter de faire des films », raconte-t-il avec beaucoup de nostalgie.

Porté par ce dynamisme, Hamid Semlali enchaîne avec quatre autres film d’animation dont Bobo le sauveur en 1988 et Bobo et le fromage en 1990 à une époque où le cinéma d’animation marocain n’existait pas encore à proprement parler, ce qui lui vaut d’être remarqué et sélectionné par l’UNICEF pour profiter d’une bourse de formation au très prestigieux studio Kratki Film à Prague. « C’est la Mecque du cinéma d’animation de l’Europe de l’Est. Ils ont commencé même bien avant l’Américain Walt Disney », nous dit-il avec fierté. C’est donc à la capitale de la Tchécoslovaquie que le jeune Hamid Semlali, totalement dévoué à l’art après avoir quitté l’enseignement en 1985, développe davantage son talent et son savoir-faire, réussissant ainsi à porter son oeuvre à un niveau supérieur.

Après avoir créé l’atelier Al Ain pour la production de films et de publicités, Hamdi Semlali continue d’étoffer sa filmographie qui comptera, au terme de sa carrière, une dizaine de films. Une carrière prometteuse et riche qui prendra fin avec son ultime oeuvre intitulée L’Oiseau de l’Atlas (2000), qui restera probablement celle qui l’a marqué le plus sur un plan personnel « Ce film a toutes les caractéristiques d’un production commerciale de calibre mondial qui n’a rien à envier à ce qui se fait par Disney », insiste-t-il sur un ton déçu.

Livres de jeunesse
En parallèle à son parcours cinématographique, Hamid Semlali s’est imposé également comme une grande figure des livres de jeunesse au Maroc. Il a ainsi illustré les oeuvres de plusieurs auteurs célèbres comme Ahmed Abdessalam Bekkali, Larbi Benjelloun ou encore Moulay Ali Skalli. « Toutefois, ce que les gens ne savent pas, c’est que j’écrivais aussi pour les enfants. D’ailleurs je suis le seul à avoir écrit et illustré en même temps des livres de jeunesses au Maroc », nous raconte-t-il. Ainsi, il compte à son actif pas moins d’une soixantaine de livres.

Mais aujourd’hui, tout cela semble appartenir à un passé très lointain que Hamid Semlali trouve difficile à revisiter. Pour lui, le paysage artistique marocain aurait probablement dû montrer plus de gratitude envers lui et reconnaître davantage ses efforts en faveur de la genèse du cinéma d’animation national. « J’ai arrêté il y a un quart de siècle déjà car je ne pouvais plus continuer avec les modestes moyens à ma disposition », regrette-t-il. Mais cela ne l’empêche pas de se montrer optimiste pour l’avenir du secteur dans le Royaume.

« Ces jeunes que je vois là au festival de Meknès, ils ont tous les moyens techniques à leur disposition mais il y a une chose qui compte plus que tout, c’est la volonté. Si volonté il y a, le Maroc peut devenir à son tour la Mecque du cinéma d’animation en Afrique », conclut-il.

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