Hamid Chabat en sursis


FRONDE GÉNÉRALISÉE AU PARTI DE L’ISTIQLAL


Le Parti de l’Istiqlal a toujours fonctionné  comme une machine définitivement  rodée, où il n’y a pas  de place pour une quelconque  rupture interne. À l’évidence, ce n’est  plus le cas. Le dernier exemple confirmatif  de ce nouvel état de fait s’est déroulé la  semaine dernière.

Pour la deuxième fois, le mercredi 22 mars  2017, le tribunal administratif de Rabat a  cassé la décision de Hamid Chabat, secrétaire  général de l’Istiqlal, de suspendre  pour 9 mois Karim Ghallab et Yasmina  Baddou de toute activité au sein du parti.  Chabat encaisse le revers, mais n’en  démord pas. Le lendemain jeudi 23 mars,  il renouvelle sa sanction de suspension  et aggrave son cas aux yeux d’autres  responsables du parti qui jugent son attitude  excessive et se solidarisent avec les  suspendus. Ils seront pour le moment 14  sur les 26 membres du Comité exécutif à  signer, vendredi 24 mars 2017, une pétition  rendue publique le samedi 25 mars.  Un concentré de dénonciation à l’encontre  de Chabat dont ils demandent pratiquement  la destitution.

Processus de déligitimation
Lundi 27 mars, reprise des activités du  même collectif. Les conciliabules vont  bon train, à cadence soutenue, au point  d’aboutir le 28 mars à la convocation  d’une réunion conjointe entre les deux  groupes istiqlaliens de deux chambres du  parlement. Une autre étape du processus  de déligitimation de Hamid Chabat. Ils  sont 38 députés sur 46 et 21 conseillers  sur un total de 25 à réclamer à l’unisson  le départ de Chabat. Ils comptent parmi  eux, les chefs des groupes parlementaires  istiqlaliens dans les deux chambres,  Noureddine Modiane et Abdeslam Lebbar.  Entre temps les 14 pétitionnaires étaient  devenus 16. On y trouve des personnes de  poids dans les instances délibératives de  l’Istiqlal, tels Noureddine Modiane, Mohamed  El Ansari, Abdessamad Kayyouh,  Hamdi Ould Rchid, Abdeslam Lebbar….  Quant à Taoufik Hjira, il n’est pas signataire,  mais il n’en pense pas moins. Le  successeur de Chabat est d’ores et déjà  pressenti, Nezar Baraka. Seule difficulté,  il n’est pas membre du Comité exécutif.  Pas de problème, cette condition sera  amendée.

Un climat délétère
L’un des quatorze, Rahal Mekkaoui, a  fait une déclaration à Maroc Hebdo où  il annonce que le groupe a appelé à une  session extraordinaire du Conseil national  pour l’élection des 150 membres du  comité préparatoire du prochain congrès  du parti, initialement prévu pour mai 2017;  mais rien n’est moins sûr. Un indice parmi  d’autres renseigne sur le climat délétère  au sein du Parti de l’Istiqlal. Les pétitionnaires  devaient se retrouver, lundi 27  mars, pour une réunion au siège du parti,  à Rabat. Ils en ont été empêchés sur instruction  de Chabat. Ils se sont retrouvés  au domicile de Hamdi Ould Rchid.

C’est dire que les prochaines assises  istiqlaliennes ne s’annoncent pas sous  les meilleurs auspices. La fronde gronde et s’étale sur la place publique. Du jamais  vu dans l’histoire du plus ancien parti du  Maroc.  Jusqu’ici, c’est la discrétion en toute circonstance  qui prévalait. S’il y avait du  linge sale à laver, on le faisait entre soi. La  secousse qui a ébranlé la maison istiqlalienne  a un nom, Hamid Chabat. Depuis  son élection comme secrétaire général du  parti, en septembre 2012, l’Istiqlal n’est  plus l’Istiqlal, diraient les anciens qui ont  accompagné le parti depuis près de huit  décennies. C’est justement cette image  d’un Istiqlal de papa que Chabat veut  démonter. Finira-t-il par y parvenir même  au prix du démembrement de l’instrument  partisan? En somme, la tête de Chabat ou  l’implosion du parti.

Un fait est à relever; il tient tout autant à la  personnalité de Chabat qu’à une atmosphère  interne malsaine qu’il a lui-même  suscitée. La plupart de ceux qui mènent  une campagne frontale contre lui comptaient  parmi ses principaux soutiens dans  sa longue marche vers la prise du pouvoir  au PI. Pour comprendre ce paradoxe, il  suffit de dérouler le film de ses bavures  et de ses extravagances langagières. Il y a eu des vertes et des pas mûres sous le  regard dubitatif et médusé des istiqlaliens  et du public.

Comme chacun sait, l’Istiqlal est, par  essence, un parti de gouvernement.  Depuis l’indépendance, il n’a cessé de  l’être, hormis quelques rares intermittences.  Une vocation que Chabat voulait  bien maintenir, mais à sa manière et sous  sa cape de secrétaire général. Peut être  aspirait-il à couronner son odyssée politique  par une ultime consécration comme  chef de gouvernement! Il semble agir  dans ce sens lorsqu’il décrète, le 9 juillet  2013, la sortie du gouvernement des six  ministres istiqlaliens.

Ils ont obtempéré, à l’exception de Mohamed  El Ouafa. En plus d’être légèrement  cavalière, la démarche s’avérera politiquement  contre-productive. L’Istiqlal  avait scié la branche porteuse sur laquelle  il était monté grâce à son alliance avec les  islamistes. Une question n’a pas tardé à  hanter les esprits et à braquer les regards  sur Dar Marassa, siège du parti: Y a-t-il  une vie pour l’Istiqlal en dehors d’un amarrage  continu au pouvoir exécutif? Pas  vraiment. Cela ne lui a pas réussi aux dernières  législatives d’octobre 2016; même  s’il s’est classé troisième. Encore moins  quand il quitte un gouvernement dirigé  par un allié qui répond, pratiquement, du  même fondamentalisme référentiel.

Survivre à Chabat
De façon plus globale, dans le temps, on  peut même dire que l’Istiqlal a fini par se  structurer autour du poids de sa présence  dans les gouvernements successifs ainsi  que la nature des départements ministériels  dont il avait la charge.
C’est à croire que Chabat n’a pas assimilé  la sociologie politique du pays. Au mieux,  il aurait compris tardivement, peut-être  même à ses dépens. Après avoir boudé  l’Exécutif à mi-chemin d’une législature,  l’Istiqlal ne pouvait supporter cinq années  de plus hors-gouvernement; donc d’une  totale jachère politique.

Jusqu’au dernier jour des cinq mois de  blocage, le PI avait espoir d’être embarqué  par Abdelilah Benkirane dans la barque  d’un gouvernement en gestation laborieuse.  Benkirane a réellement milité dans  cette perspective, au point d’en faire une  condition sine qua non pour la réalisation  de son montage gouvernemental majoritaire.  Il le payera de son poste de futur  chef du gouvernement. Son remplaçant  au pied levé, Saâd Eddine El Othmani a,  lui, obtenu une pâle présence de l’USFP au  gouvernement, en échange d’un lâchage  en règle de l’Istiqlal. Ce déclassement du  PI ne peut être que préjudiciable.

Le prochain congrès est condamné à  innover pour se donner une nouvelle  existence politique entre un sevrage non  désiré de pouvoir et une posture d’opposition  qu’il voulait éviter par un rattrapage  tardif. Pour y parvenir, il faudra d’abord  survivre à Hamid Chabat

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