Hakim Benchemmas: "Avec ses idées rétrogrades, le PJD freine l’évolution du pays"

Interview de Hakim Benchemmas, secrétaire général du PAM et président de la chambre des conseillers

Serein, Hakim  Benchemmas dit vouloir  faire du PAM une véritable  force d’opposition. Quant  aux problèmes internes, il  les reconnait et considère  qu’ils sont couteux pour  le parti. La solution, se  conformer au règelement  interne.

Depuis votre élection à la tête du PAM, la situation interne du parti ne s’est pas améliorée, loin de là…
Je voudrais rappeler que, le lendemain de ma candidature au Secrétariat général, dans des circonstances exceptionnelles, j’ai adressé une «déclaration d’intention» à tous les militants du parti, à ses sympathisants et à l’opinion publique. J’y soulignais que j’étais pleinement conscient du poids de la responsabilité qui est celle du secrétaire général. J’étais, et je suis toujours, conscient des attentes des membres du parti.

La tâche est d’autant plus difficile au vu de la diversité politique et culturelle des composantes du PAM. Mon objectif a, depuis toujours, été de travailler avec tout le monde pour mettre sur les rails un parti fort, structuré et à même de répondre aux attentes des Marocains. Après mon élection, fin mai 2018, nous avons élaboré une feuille de route (2018- 2020), contenant les mêmes objectifs, avec, notamment, le renforcement de la ligne d’opposition politique du parti. Pour nous à la direction du parti, il s’agissait d’une plate-forme objective pour lancer la dynamique souhaitée qui, espérait- on, permettrait la résurgence politique du parti et constituer un saut qualitatif au niveau du renouvellement de notre discours et des pratiques politiques qui vont avec.

Malheureusement, nos attentes ont été perturbées, ce qui a contribué à l’épuisement de nos énergies collectives qui auraient dû être investies dans la réhabilitation des rôles politiques du parti, non seulement au niveau de ses organes organisationnels et parallèles, mais également au niveau de ses initiatives sur le terrain.

Certains avancent que l’ancien secrétaire général, Ilias El Omary, ne vous a pas facilité la tâche…
Chacun peut avancer ce qu’il veut, quant à moi, je n’accuse personne. Mon défi est de mener à terme ma mission de consolider le parti. Et je crois, avec toute l’impartialité et l’objectivité possibles, que le processus de construction démocratique au sein du parti nécessite du temps pour consolider les règles de la démocratie et du mérite, il nous faut un effort collectif pour instaurer la confiance entre toutes les composantes du parti. Certes, cela me désole que certains d’entre nous qui défendent la démocratie, jusqu’au jour où ils perdent par les urnes. Là ils refusent de se soumettre aux règles démocratiques.

Notre parti vit dans une situation compliquée, mais qui reste, à mon avis, naturelle et peut-être positive, compte tenu de la situation dont nous avons héritée. J’appelle nos militants à lutter fermement contre les conspirations visant leur parti, à ne pas tenir compte des faux problèmes, et à apporter, chacun à son niveau, sa contribution pour asseoir des bases solides permettant au parti d’avancer dans la réalisation de ses objectifs.

Mais Abdellatif Ouahbi s’en est pris directement à vous, mardi 26 février 2019, en vous accusant, par voie de presse, de prétendre détenir seul la vérité..
Je ne sais pas comment pratiquer la politique sans respecter le règlement interne du parti et sans un niveau raisonnable d’éthique politique. En tant que Secrétaire général, je ne répondrai à aucun militant ni à aucun responsable du PAM sur les supports médiatiques. Nous avons nos propres organes et canaux institutionnels, qui doivent à eux seuls servir de cadre à nos discussions.

Avec tout le respect que je porte à Me Ouahbi, qui a présidé le groupe parlementaire du parti, je crois, contrairement à ce qu’il prétend, que, depuis mon élection au poste de Secrétaire général, je veille à créer des passerelles de communication et de consultation avec tous les dirigeants membres du parti et je passe de nombreuses heures de discussion avec eux afin de trouver des solutions et des propositions concrètes pour tous les problèmes en suspens.

J’ai souligné, à plusieurs reprises, que le parti n’est pas une caserne militaire où il n’y a qu’un seul avis. Chaque membre a le droit de donner son point de vue et de critiquer les dirigeants du parti, à condition que les critiques soient constructives et non des attaques personnelles.

Oui mais les instances du parti sont presque gelées…
Il est vrai que la session d’octobre 2018 du Conseil national n’a pas eu lieu en raison des problèmes d’organisation qui ont suivi l’élection du Bureau politique, mais les réunions de cette dernière instance se tiennent régulièrement et sont sanctionnées par des communiqués.

Samedi 5 janvier 2019 nous avons tenu une réunion conjointe du Bureau politique, du Bureau fédéral et du secrétariat du Conseil national. Cette réunion s’inscrivait dans le cadre de la recherche collective de solutions pratiques pour apaiser les tensions internes, qui durent depuis des mois. À cet égard, nous sommes tous conscients de la nécessité de réhabiliter le parti pour qu’il joue pleinement son rôle, loin des petits calculs et des clivages vainqueurs/vaincus. Dans cet esprit, nous nous mobilisons pour le succès des prochains rendez-vous avec le Conseil national du mois d’avril et le lancement des préparatifs du prochain congrès, qui doit se tenir dans un climat apaisé.

Le discours du PAM est devenu presque inaudible et c’est le RNI, pourtant membre de la majorité, qui joue les premiers rôles de l’opposition.
Nous sommes bien conscients de la nature des contraintes organisationnelles et politiques que le parti a subies et des tensions qui ont marqué son parcours. Nous travaillons d’arrache-pied pour faire face aux difficultés afin de reprendre l’initiative politique sur le terrain.

Parmi les questions importantes que nous avons posées figure celle de notre discours politique, qui doit porter sur une approche pragmatique et une offre politique cohérente et convaincante afin de répondre aux différentes questions soulevées au sein de la société. Malheureusement, après l’adoption de la Constitution de 2011, nous nous attendions à un champ politique revigoré avec un discours constructif qui nourrit l’espoir chez les Marocains, chose qui n’a pas eu lieu...

Pourquoi?
Les deux élections législatives après la constitution de 2011 ont donné vainqueur le PJD, un parti qui nourrit des visées hégémonistes. Il dirige le gouvernement actuel et a dirigé le précédent avec une interprétation non démocratique du contenu et des orientations de la Constitution. Avec ses idées rétrogrades, le PJD freine l’évolution du pays. Il recourt à l’adoption de textes législatifs systématiques, au nom de la majorité numérique, faisant fi de l’esprit même de profondément la Constitution et ses objectifs. Dans le même temps, nous avons vécu des épisodes de déclin politique avec des dirigeants ayant élargi le périmètre du discours populiste et trompeur du parti qui conduit le gouvernement, au point de remettre en question les institutions de l’État et la crédibilité du choix démocratique prescrit par la Constitution.

La volonté de la majorité de marginaliser l’opposition est en réalité visible sur les plans politique et institutionnel et nous recherchons des moyens de coordonner nos efforts pour renforcer les performances de notre opposition tant sur la scène politique qu’au sein de l’institution parlementaire. Cela dit, je ne pense pas qu’un autre acteur politique occupe maintenant la place du PAM. Chaque acteur politique joue son rôle en vertu de sa position. Que ce soit dans la majorité ou dans l’opposition.

Certains cadres du PAM vous accusent de jouer le jeu du RNI…
C’est faux. Le RNI est dans le gouvernement. Le PAM est dans l’opposition. Comment peut-on formuler de tels propos? Celui qui véhicule de telles assertions nuit non seulement au parti, mais aussi à l’action et à l’engagement politiques en général. Je ne peux pas pratiquer la politique à partir de deux positions différentes, ou avec des discours différents.

Vous avez raison quand vous dites que certains d’entre nous consacrent une grande partie de leur énergie à nous saper le moral. Franchement, je dois vous dire qu’il y a quelqu’un qui mène une guerre par procuration contre le Rassemblement national des indépendants, chose que nous rejetons. Nous traitons avec ce parti, de notre position dans l’opposition, ni plus ni moins.

Seriez-vous prêts à une alliance avec le RNI si jamais une crise éclate au sein de la majorité?
Notre relation avec le parti du Rassemblement national des indépendants est une relation de respect et d’appréciation réciproques. Si le RNI choisit de critiquer certaines décisions du gouvernement, c’est son affaire. En ce qui concerne nos relations futures, il appartient aux organes du parti de décider des éventuelles alliances.

Parfois, on s’attaque à votre action en tant que président de la Chambre des conseillers pour viser le parti…
Je suis à la tête d’une institution législative, la Chambre des conseillers, au sein de laquelle toutes les décisions sont prises au sein du bureau de la chambre. Quand je suis à la Chambre des conseillers, je n’agis pas en tant que secrétaire général du PAM et j’ai horreur de ce mélange des genres qu’on veut me coller. Quant à mon action en tant que secrétaire général du PAM, elle est, elle aussi, régie par ses propres règles.

Mais quelle action avez-vous entreprise en tant que président de la Chambre?
Dès le début, notre objectif principal et notre aspiration étaient de donner une identité particulière à la Chambre des conseillers dans le cadre de la vision claire du système parlementaire de notre pays, en ce sens que la Chambre n’a pas hésité à investir dans la diversité de ses composantes afin de saisir toutes les occasions de lancer un débat public pluraliste et participatif. La chambre des conseillers est appelée à devenir un espace de dialogue public et de débat social pluraliste.

Bien entendu, l’observateur objectif remarquera que la chambre des conseillers est sortie de la stagnation et de l’ombre et est devenu une institution dynamique en interaction avec la dynamique de la société.

A quoi peut servir une rencontre comme celle que vous venez de tenir à Tanger?
La réunion consultative du Réseau des partis démocratiques en Afrique du Nord a été un événement important avec la participation de 17 partis représentant le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie et l’Égypte. Après un débat franc, fructueux et tourné vers l’avenir sur les problèmes les plus importants affectant la situation dans la région, la réunion organisée par le PAM a abouti à l’annonce officielle de la naissance du Réseau de partis démocratiques en Afrique du Nord. En deux jours, l’identité de ce réseau, démocratique, progressiste, sociale et moderne, a été soulignée comme le porteur d’un projet alternatif aux projets réactionnaires, oppressifs et libéraux.

À travers ce réseau, nous cherchons à établir un courant politique fort et démocratique dans les pays nord-africains, capable de relever les défis sans précédent auxquels notre région est confrontée. Il a été annoncé que la prochaine réunion serait, en principe, organisée par le parti Umma de Libye et qu’il serait demandé à l’APM de proposer un programme de travail pour cette réunion en coordination avec la partie organisatrice.

Pourquoi votre initiative pour la création d’un forum parlementaire afro-américain n’a pas encore vu le jour?
Nous avons eu l’honneur de lancer cette initiative. Comme cette initiative doit être parlementaire, nous avons demandé à nos collègues de la Chambre des représentants de s’y engager. Il convient de reconnaître que lorsque nous avons lancé cette initiative et en coordination avec nos collègues de la Chambre des représentants, nous étions fondamentalement convaincus que ce projet ambitieux s’inscrivait dans une dynamique globale dont la finalité est de pouvoir relever les défis qui se posent aux pays des deux continents.

L’Amérique latine, et les peuples du Sud en général, étaient censés suivre l’établissement de nombreux débats et dialogues, tant au niveau des parlements nationaux que des coalitions et des groupes continentaux dans les deux régions, pour en faire un espace de dialogue politique et un mécanisme permettant aux peuples du Sud de faire entendre leur voix.

Aujourd’hui tous les parlements nationaux des deux continents, même si certains n’ont pas encore fait montre d’une position décisive, ont au moins rejoint le projet. La plupart des organisations régionales et continentales que nous avons contactées à ce sujet ont exprimé leur soutien et leur volonté de mettre en place ce forum qualitatif. Je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie pour concrétiser cette initiative cette année 2019


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