Une marée de haine et de rejet s'abat sur les musulmans de France

TERRORISME ET EXPLOSION DE L’ISLAMOPHOBIE

Pourquoi donc l’urgence d’un large débat pour serrer l’étau sur l’islam de France et pour réfléchir sur comment faire pour que la pratique de l’islam soit compatible avec les normes de la république laïque?

L’attentat terroriste qui a coûté la vie, vendredi 16 octobre 2020 en région parisienne, à un professeur de collège, décapité par un Russe tchétchène de 18 ans, pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mohammed, a frappé d’effroi la France et soulevé une vague d’indignation au sein de la classe politique française, tous bords confondus. Il n’y a pas, en vérité, des mots assez forts pour exprimer aujourd’hui la tristesse et la colère des Français. Le massacre perpétré contre le professeur de collège est une horreur qui frappe les enseignants. Quand on tue les enseignants c’est pour faire peur à toute une profession, c’est pour faire taire les piliers de l’éducation et du Savoir. Sauf que l’indignation a été accompagnée d’une marée de haine qui s’est abattue sur l’islam et les musulmans de France.

Des pierres jetées sur des mosquée, des écrits racistes et anti-musulmans dans des salles de prière, des messages haineux amplifiés par les réactions incendiaires des médias et de certains politiciens français, placent les musulmans de France aujourd’hui sous une surveillance et un rejet systématiques, comme s’ils doivent prouver leur innocence, alors que ce qui est arrivé en France est un acte islamiste isolé qui n’implique en rien la communauté musulmane de France, unanime à souligner que le terrorisme islamiste vient, non pas des mosquées, mais d’Internet et des lieux de prière clandestins, de cet islam des caves qui enseigne la tuerie et la violence.

Sentiments de méfiance
La marée de l’islamophobie est si immense que même les médias et l’élite française modérés, s’accordent aujourd’hui, au-delà de la position de l’extrême-droite, à tenir les musulmans comme source de tous les maux. Pour nombre d’entre eux, les musulmans refusent sciemment de s’intégrer dans la société d’accueil et cherchent à imposer leur mode de vie et leur religion. De toutes les religions, c’est lui qui incarne le plus d’images négatives et sa pratique (port du niqab, prière dans la rue, sacrifice du mouton…) suscite des sentiments de méfiance chez l’écrasante majorité des Français. Qu’à cela ne tienne, cette même élite, au lieu de transmettre un message d’acceptation de l’autre, a tendance aujourd’hui à stigmatiser le multiculturalisme et à prétendre que seuls sont bienvenus en France ceux qui acceptent de se fondre volontairement dans la communauté française.

De nombreuses voix se sont élevées dimanche lors des manifestations contre “le terrorisme islamiste”, pour appeler à un débat national sur “l’islam en France”, qui s’interrogera sur les questions de l’islam et de la laïcité et évoquera des sujets comme la nature des lieux de culte islamiques en France, la formation des imams, le contenu de leur prêches ou encore leur langue d’expression… La dimension sociétale de l’islam revêtira certainement une importance mineure dans ce débat, quoique la vie des musulmans de France se détériore et nécessite un énorme travail de pédagogie réciproque pour renforcer le dialogue et rassurer cette communauté musulmane qui ne se reconnaît plus dans le regard des autres. Pourquoi donc l’urgence d’un large débat pour serrer l’étau sur l’islam de France et pour réfléchir sur comment faire pour que la pratique de l’islam soit compatible avec les normes de la république laïque?

par Ahmed Elmidaoui-Paris


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