Les guerres au temps du Covid-19

Les combats font rage au Yémen et en Syrie malgré les trêves

Une situation catastrophique règne en Syrie et au Yemen, où le danger existentiel du Covid-19 n’a pas suffi à tempérer les ardeurs belliqueuses des différents protagonistes.

Depuis le déclenchement du krach sanitaire mondial provoqué par le Covid-19, on n’entend plus parler, ou alors très rarement, des guerres qui font rage un peu partout dans le monde. Notamment au Moyen et Proche-Orient. Ces guerres se sontelles arrêtées ou sont-elles toujours en cours? Pour le Yémen, une toute dernière actualité est tombée. Il s’agit du premier cas au coronavirus confirmé vendredi 10 avril 2020 dans ce pays arabe meurtri par une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué une situation humanitaire catastrophique. Des organisations humanitaires internationales craignent des répercussions potentiellement dévastatrices si l’épidémie se propage dans ce pays pauvre ravagé par cinq ans de guerre entre les rebelles Houthis soutenus par l’Iran et les troupes gouvernementales appuyées par une coalition militaire dirigée par l’Arabie Saoudite.

Urgence absolue
Avant l’annonce de ce premier cas, la coalition menée par les Saoudiens a décrété, un cessez-le-feu unilatéral de deux semaines au Yémen, à partir de jeudi 9 avril 2020, Riyad disant espérer que cette trêve permettrait de lutter contre la maladie Covid-19. Les Etats- Unis ont salué l’initiative et appelé les rebelles à adhérer à la trêve. Mais les Houthis l’ont rejetée, l’un de leurs responsables assurant y voir une «manoeuvre politique et médiatique» et accusant la coalition de mener des dizaines de frappes aériennes quelques heures après l’entrée en vigueur de la trêve.

L’annonce de cette trêve a fait suite à une escalade des combats au Yémen, malgré l’appel de l’ONU à une cessation immédiate des combats pour protéger de la pandémie les civils du pays le plus pauvre du monde arabe. L’envoyé spécial de l’ONU, Martin Griffiths, a lui-même appelé récemment les belligérants à cesser immédiatement toutes les hostilités face à l’urgence absolue du nouveau coronavirus. Le 23 mars, le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde afin de préserver, face à la furie du Covid-19, les civils les plus vulnérables dans les pays en conflit. Pour les Emirats Arabes Unis, principaux alliés de Riyad au sein de la coalition, la crise du Covid-19 éclipse tout: la communauté internationale doit intensifier ses efforts et travailler pour protéger le peuple yéménite. Outre le nouveau coronavirus, le Yémen est menacé par la famine, frappé par des épidémies de dengue et de choléra et souffre d’un système de santé en déliquescence. Le pays vit presque entièrement isolé, sous le blocus aérien imposé par la coalition menée par Riyad, ce qui fragilise sa situation alimentaire.

Affrontements et bombardements
La même situation catastrophique règne en Syrie, où au moins 27 soldats des forces du régime syrien et de ses alliés ont péri, jeudi 9 avril 2020, dans une attaque perpétrée par le groupe jihadiste Etat Islamique dans l’Est de la province de Homs, dans le centre du pays. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme a également fait état de 22 morts parmi les jihadistes dans les affrontements et bombardements, d’abord concentrés aux abords de la ville désertique d’Al-Soukhna, contrôlée par l’armée syrienne, puis à l’intérieur de la ville. Les combats se poursuivent toujours à l’heure actuelle. L’aviation russe, alliée de Damas, est intervenue pour entraver l’avancée des jihadistes et empêcher une conquête de la ville par l’Etat Islamique. Pour de nombreux observateurs, cette attaque est probablement la plus meurtrière menée en Syrie par l’Etat Islamique depuis décembre dernier.

Le groupe jihadiste avait alors visé trois installations pétrolières et gazières dans la province de Homs, tuant 13 combattants pro-régime ainsi que quatre civils travaillant sur les sites. Depuis sa défaite en Syrie en mars 2019, l’Etat Islamique mène régulièrement des attaques meurtrières, notamment dans le vaste désert du pays qui s’étend de la province de Homs jusqu’à celle de Deir Ezzor, à la frontière avec l’Irak. Ces attaques ciblent aussi bien l’armée syrienne et ses alliées que les forces kurdes, longtemps soutenues par Washington dans leur lutte anti-Etat Islamique. En Syrie, le groupe conserve des cellules dormantes dans le désert et revendique assez régulièrement des attentats, en sus des affrontements armés directs. Rappelons que la guerre en Syrie déclenchée en 2011 a fait plus de 500.000 morts et déplacé plusieurs millions de personnes.

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