Dans la guerre médiatique, le Maroc peut compter sur ses amis arabes

Des activistes qui défendent farouchement les positions du royaume

Emad Fawaz, Rowaida Mroue, Abdelshafi Shefous, pour ne citer que ceux-là. De nombreux journalistes, activistes et blogueurs arabes s’investissent à défendre le Maroc et à promouvoir son image. Installés au Maroc, ces influenceurs affichent un patriotisme impressionnant à l’égard de leur pays d’accueil dont ils sont devenus des ambassadeurs dans le monde arabe.

“Marocains plus que les Marocains euxmêmes”, “Des opportunistes qui prennent la défense du Maroc par pragmatisme”, ou tout simplement des “observateurs impartiaux qui ne font que réagir et commenter l’actualité d’un oeil objectif”. Depuis des années, de nombreux journalistes, blogueurs et activistes de différentes nationalités arabes n’hésitent pas à prendre position de manière claire en faveur du Royaume sur plusieurs questions, aussi bien sur les réseaux sociaux, où ils comptent des centaines de milliers d’abonnés, que sur les plus grandes chaines de télévision arabes et mondiales.

Marocanité du Sahara, tensions avec l’Algérie voisine, ou encore la défense de l’image du Royaume et de son patrimoine culturel ... Tous font partie des thèmes de prédilection de ces partisans du Maroc, qui n’hésitent pas parfois à adopter un langage patriotique qui en surprend plus d’un.

Patriotisme et engouement
Emad Fawaz, journaliste égyptien installé au Maroc depuis octobre 2014, est certainement la star montante de ces “influenceurs” pro-Maroc. Pourtant, ce correspondant du journal qatari Al Watan n’a entamé son “activisme” qu’il y à peine deux ans. Depuis, il totalise environs 780.000 abonnés sur le réseau social Facebook, où il est particulièrement actif, ainsi que 12.800 autres sur Instagram. À cela s’ajoute sa chaine YouTube qui porte son nom, et ses 164.000 abonnés et 30 millions de vues, qui constitue une part importante de sa “force de frappe” médiatique.

Le phénomène Emad Fawaz s’est déclenché début 2021, lorsque des milliers d’internautes marocains ont fait connaissance pour la première fois de ce quadragénaire à la corpulence mince, barbe poivre et sel, s’exprimant avec un dialecte égyptien parsemé de quelques mots marocains. Le journaliste touche alors à tout: il réagit aux victoires diplomatiques du Maroc dans le dossier du Sahara, se mêle aux interminables bagarres virtuelles sur les origines du couscous et du caftan et autres éléments de l’héritage culturel de la région, et commente la situation interne en Algérie. Son timing est par ailleurs parfait pour générer un maximum d’interactions, puisque ses premières sorties interviennent quelque temps après deux événements majeurs: l’opération d’El Guerguerate et la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.

Ambassadeurs arabes du Maroc
Emad Fawaz réalise alors une ascension fulgurante et cumule des millions de vues sur ses différentes plateformes. Cellesci deviennent au fil du temps un espace privilégié de débat pour des milliers d’internautes arabes. Aujourd’hui, le correspondant d’Al Watan qatari et membre du Syndicat des journalistes égyptiens endosse le rôle d’“ambassadeur” du Royaume et de ses causes auprès de la communauté arabe dans le monde virtuel. Une position qu’il assume sans le moindre complexe malgré les vagues d’attaques et de réactions virulentes qu’il subit chaque jour en provenance des frontières est. Sur sa page Facebook, Emad Fawaz affiche clairement sa devise : “Hautement objectif, mais nullement neutre”.

Loin des débats purement politiques, plusieurs blogueurs arabes contribuent à la promotion de l’image du Maroc et du développement qu’il connait sur les plans de l’économie et des infrastructures. Abdelshafi Shefous, vlogueur égyptien vivant au Maroc depuis plusieurs années, où il possède une parfumerie, est l’homme derrière la chaine YouTube “Shefous In Morocco”, qui cumule près de 97.000 abonnés et 23,6 millions de vue. Sa plateforme met en avant les atouts touristiques et économiques de sa terre d’accueil, tout en rapprochant ses spectateurs arabes, mais aussi du monde entier, de la société marocaine en racontant son quotidien et ses expériences, à travers un prisme de positivité. Malgré la quasi-absence de la dimension politique de ses vidéos, le vlogueur égyptien se retrouve souvent confronté à la rivalité Maroc-Algérie dans les réactions des internautes à son contenu.

Activisme pragmatique
Bien avant lui, d’autres blogueurs et figures médiatiques arabes avaient choisi le camp du Maroc avec autant de conviction et d’engouement. La journaliste et activiste des droits de l’Homme libanaise, Rowaida Mroue, qui vit au Maroc depuis 2013, a été sans doute précurseur dans ce sens. Très prisée par les plateaux des chaines satellitaires arabes, la jeune femme, alors dans la vingtaine, surprend des millions de téléspectateurs. Derrière son look féminin et bien soigné, se cache une oratrice habile et une grande défenseure du Maroc lors des débats télévisés. Même dans le Royaume, on s’interroge sur le secret derrière le patriotisme et l’attachement Rowaida Mroue au Royaume, certains allant même au point de l’accuser d’être “manipulée” pour remplir ce rôle.

“J’ai découvert la question du Sahara marocain vers entre 2008 et 2009 lorsque j’avais assisté, en tant qu’étudiante en master à l’Université américaine de Beirut, à une conférence à l’Université Al Akhawayn d’Ifrane sur le sujet”, nous explique Rowaida Mroue. L’époque était marquée alors par les efforts de Rabat pour promouvoir le Plan d’autonomie, annoncé un peu plus d’un an auparavant.

Convaincue par la justesse de la position du Maroc, la militante libanaise se lance dans les efforts de la “diplomatie parallèle”. Elle visite alors les provinces sahariennes, publie plusieurs articles en tant que journaliste mais aussi comme chercheuse dans la question de situation des droits de l’Homme dans les zones de conflit. En parallèle, elle poursuit ses clashs télévisés sur les chaines arabes, avec les adversaires de l’intégrité territoriale du Royaume. Un activisme qui va baisser petit à petit à partir de la fin des années 2010, alors que la journaliste libanaise préfère se dévouer à sa vie au Maroc, qu’elle a choisi par amour pour s’installer définitivement et fonder une famille.