LA GUERRE DES LANGUES N’AURA PAS LIEU

La darija reste un patrimoine culturel commun à tous les Maghrébins. «Un patrimoine qu’il faut préserver et standardiser», nous disent les organisateurs du tout récent colloque organisé par le Centre de promotion de la darija. Colloque qui a réuni linguistes, anthropologues, créateurs, éditeurs… du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et même de Libye, pour discuter de questions cruciales telles que le statut et le rôle de la darija dans le domaine de création ou le rôle des langues maternelles à l’école. Une telle manifestation ne peut éviter de susciter la polémique de la part de ceux qui n’ont cessé de dénoncer les promoteurs de la darija qu’ils soupçonnent d’arrière-pensées politiques et idéologiques: vouloir en découdre avec l’arabe pour favoriser le français.

Les organisateurs du colloque maghrébin sur la darija ne sont pas du même avis. Ils s’en défendent en invoquant le fait que la darija (derja ou darja) cette langue du zajal, du melhoun et surtout d’internet, est non seulement «la langue maternelle est fondamentale dans l’apprentissage», mais que «l’enseignement de la darija est déjà largement présent dans les écoles, y compris à l’université», sans oublier le fait que les élèves et les enseignants communiquent en darija. C’est dans cet esprit que certains intervenants au colloque maghrébin n’ont pas manqué de souligner que cette langue carrefour entre l’amazigh et l’arabe «reste le véhicule du quotidien, des pensées, des joies et des malheurs de millions de personnes. Elle est coincée entre l’arabe oriental et les langues des sciences». Et comme elle est la langue du peuple, «elle est refoulée par une grande partie qui s’identifient à l’élite». Refoulée, la darija est considérée comme une entrave à l’apprentissage des langues scolaires. Pourtant, nous disent certains intervenants, «que serait l’apprentissage sans cette langue?».

L’usage de la darija fait, ainsi, partie d’une réalité linguistique plurielle au Maroc. Une réalité pas toujours reconnue. Comme l’amazigh, la darija sont les deux langues maternelles qui ont longtemps coexisté avec la variété arabe standard et ce, dans le cadre d’une distribution des fonctions et des tâches qui faisait des premières des langues véhiculaires confinées dans l’oralité et limitée aux cadres non formels, du moins jusqu’en 2011. Date de la promulgation d’une nouvelle constitution, qui, dans son préambule, a pratiquement tranché le débat linguistique et identitaire au Maroc en ces termes: «…Le Royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen.» (Préambule. Constitution de 2011).

Ainsi, qu’on soit arabophone, amazighophone, qu’on parle la darija ou qu’on s’exprime en français, en anglais, en espagnol ou en d’autres langues étrangères, nous sommes tous marocains et restons marocains. Nous le sommes par cette histoire commune qui s’est constituée par des apports si différents. De ce fait il ne peut y avoir d’opposition des langues au Maroc et encore moins de guerre des langues


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