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Le groupe OCP remporte le premier round

THE COMPANY MOSAIC MÈNE UNE GUERRE CONTRE LES ENGRAIS PHOSPHATÉS MAROCAINS

Aux Etats-Unis, The Mosaic Company n’a pas obtenu ce qu’elle voulait à la suite de la décision du Département américain du commerce. A cause de ses grandes difficultés financières, elle s’en prend, sans preuves, au groupe OCP dont les engrais phosphatés sont très appréciés sur le marché américain.

Après des mois de brouillard, l'horizon s'éclaircit. L’affaire Mosaic, qui a éclaté en juin 2020 aux Etats-Unis, connait un nouveau rebondissement plutôt en faveur du groupe OCP. Le département américain du commerce a décidé début février 2021 d’imposer des droits compensateurs de 19,97% sur les importations d’engrais phosphatés provenant du Maroc sur le territoire américain. Du coup, il est clair que c’est l’OCP qui est ciblé.

D’emblée, beaucoup se demanderont ce qui a justifié cette décision en ce moment. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’une requête a été déposée plus précisément le 26 juin 2020, par le producteur de phosphate, de potasse et d’engrais américain The Mosaic Company dans laquelle elle accuse le groupe OCP de bénéficier de subventions de l’Etat marocain et de lui livrer, partant, une concurrence déloyale.

Droits compensateurs
La requête a été déposée en même temps auprès du Département américain du Commerce et de la Commission du commerce international des États-Unis (ITC), afin de «demander l’ouverture d’enquêtes pour l’instauration des droits compensateurs, des taxes sur les importations d’engrais phosphatés en provenance du Maroc et de Russie». Le spécialiste mondial des phosphates concentrés s’estime lésé par la concurrence des «volumes importants» en provenance de ces deux pays étant «injustement subventionnés». Une «distorsion de marché» qui lui serait «préjudiciable», concluait l’entreprise américaine.

Mais que vaut réellement la décision du Département américain du Commerce? Pas de panique. D’une part, le taux des droits compensateurs décidé est nettement inférieur aux demandes de Mosaic qui visaient plus de 70% pour rendre non compétitifs les produits marocains sur le marché américain et les écarter ainsi de la course. D’autre part, point important à retenir, 18,42 points de ce taux sont des «mining rights» (droits miniers de licence). Or, il est notoire qu'il n'y a ni licence ni droits miniers dans le cas d'OCP.

Enfin, pour que ces 19,97% soient effectivement appliqués, il faudrait que «la Commission Américaine du Commerce International (ITC) juge si les engrais marocains causent ou risquent de causer des dommages à l'industrie locale américaine», précise le groupe OCP en réaction à la décision du Département de commerce américain. La décision d’ITC est attendue le 11 mars.

«Nous continuons de soutenir l’absence de fondements à l’imposition de droits compensateurs sur les importations marocaines d'engrais et demeurons optimistes quant à la décision de l’ITC qui devrait être rendue au cours des prochaines semaines. Nous poursuivons notre coopération avec l’ensemble des autorités compétentes et demeurons profondément engagés en tant que partenaire privilégié et innovant des agriculteurs américains», a fait savoir l’Office. En attendant la décision d’ITC, tout compte fait, que cherche vraiment The Mosaic Company et pourquoi s’acharne-t-elle sur le groupe OCP qui a vendu, en 2019, 9 millions de tonnes, sur le marché américain.

Mosaic parle de concurrence déloyale? Or, le marché américain ne représente que 10% du volume mondial de l’OCP. Celui-ci ne revendique que 20% du marché des engrais importés aux Etats-Unis. Où est donc cette concurrence tout court ou de surcroît cette concurrence déloyale? Sous un autre angle, les engrais phosphatés du groupe OCP sont d’une grande qualité et n’ont pas d’égal. Par conséquent, toute cessation d’approvisionnement en engrais marocains sur le marché américain pénaliserait grandement le fermier américain.

Allégations infondées
Dans la même lignée, le groupe OCP publie ses résultats et comptes financiers aux normes IFRS. «Il suffit de les consulter pour savoir s’il y a une subvention étatique ou pas», confiait à Maroc Hebdo une source autorisée de l’OCP. Les allégations de Mosaic sont infondées, insensées et non motivées car le groupe OCP paie au Maroc ses taxes et impôts et en plus de cela, il est connu et reconnu comme étant un acteur socialement engagé à travers le développement de pôles urbains (Mazagan, Laâyoune…), l’université Mohammed VI Polytechnique, les écoles de coding, la caravane agricole au Maroc et en Afrique, ses interventions sociales en Asie… «En sus de cela, OCP opère en totale conformité avec les lois et les réglementations relatives aux ventes de ses produits sur le marché américain et ailleurs», poursuit la même source.

Descente aux enfers
Si les allégations sont totalement infondées, qu’est-ce qui se cache derrière la requête de The Mosaic Company? La question est loin d’être anodine ou fortuite. Pourquoi? Une petite recherche sur ses assises financières montre que la compagnie connait, depuis quelques mois déjà, des difficultés financières inextricables qui menacent son équilibre. Cette situation est la résultante de décisions stratégiques qui se sont avérées mal pensées. En effet, The Mosaic Company a fait la mauvaise décision d’investir au Pérou, au Brésil, au Paraguay… Des investissements qui se sont transformés en échecs cuisants, causant par là des pertes abyssales.

Cette descente aux enfers s’est répercutée sur le cours de sa valeur en Bourse qui a chuté ces derniers mois. Ce n’est pas tout, depuis, ses embarras financiers n’en finissent pas et ses pertes se succèdent. Se retrouvant avec des petites marges de manoeuvre, son top management n’a trouvé d’issue à la crise de la compagnie que de s’en prendre au groupe marocain pour l’évincer du marché américain. Il l’a fait dans le dessein que The Mosaic Company domine seule le marché des engrais américains et engrange ainsi plus de profits à même de la sortir de son impasse.

Quand on comprend les ressorts de la compagnie américaine, qui s’est appuyée sur le slogan du protectionnisme prôné par l’ancien président américain Donald Trump, l’étonnement se dissipe. Ceci dit, The Mosaic Company ne peut crier aujourd’hui victoire. Déjà, elle n’a pas obtenu ce qu’elle voulait. Et puis, le 11 mars prochain, seule la Commission Américaine du Commerce International (ITC) tranchera.