SOMMES-NOUS EN TRAIN DE GREVER NOTRE AVENIR?

127 millions de dollars empruntés au Fonds monétaire arabe

Après la Banque mondiale et le FMI, le Maroc se tourne aujourd’hui vers le Fonds monétaire arabe, en attendant d’autres institutions financières dans le proche avenir. Mais quid du niveau d’endettement extérieur?

La course aux devises du Maroc continue. Ce mercredi 20 mai, le Royaume vient officiellement d’emprunter 127 millions de dollars au Fonds monétaire arabe (FMA), une des nombreuses institutions financières avec lesquelles il est en discussion depuis plusieurs semaines pour obtenir des fonds pour faire face à la crise économique actuelle due à la pandémie de Covid-19. L’accord afférent à cet emprunt a d’ailleurs été signé dès le 7 mai par le ministre de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, Mohamed Benchaâboun, et le directeur général et président du conseil d’administration du FMA, Abdulrahman Abdullah Al Hamidy, comme l’institution basée à Abou Dabi, aux Emirats arabes unis, l’a indiqué dans un communiqué qu’elle a fait publier à l’occasion de l’annonce de l’emprunt. Cette dernière a par ailleurs ajouté qu’un deuxième emprunt était également dans le pipe et qu’il viendra, dans le proche avenir, aider le Maroc à “soutenir son programme de réforme du secteur des finances publiques”, sans toutefois en révéler ni le montant ni la date exacts de l’octroi. “Le Fonds suit de près l’évolution de l’économie marocaine et les défis auxquels elle est confrontée, en raison des circonstances actuelles, et oeuvre dans le cadre de sa collaboration avec le gouvernement marocain à offrir les moyens appropriés pour faire face à ces défis,” a souligné le FMA dans son communiqué mentionné plus haut.

Les 127 millions de dollars du FMA viennent ainsi s’ajouter aux 275 millions et 2,97 milliards de dollars respectivement empruntés, les 2 et 7 avril dernier, à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), lequel pourrait par ailleurs signer un deuxième accord avec le Maroc “dans les prochains mois”, comme l’assurait le directeur des notations souveraines de l’agence Fitch Ratings, Mahmoud Harb, dans l’interview qu’il nous avait accordée pour notre édition hebdomadaire du 8 mai (lire n° 1347).

Au cours de son passage du 30 avril à la Chambre des représentants, M. Benchaâboun avait également donné le nom de pays, en citant nommément la France, l’Allemagne et le Japon -peut-être par le biais de leurs agences nationales d’aide au développement?-, en sus de la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES), la Banque islamique de développement (BID) et la Banque européenne d’investissement (BEI), dont, soit dit en passant, la vice-présidente, Emma Navarro, avait fait part le 10 avril à l’agence MAP (Maghreb arabe presse) de la disposition de son institution à “apporter tout l’appui nécessaire” au Royaume.

Aussi, la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) s’est également dite, au cours des dernières semaines, prête à filer un coup de main, elle qui, déjà, avait fait du Maroc le premier pays à bénéficier du Solidarity Package que son conseil d’administration avait approuvé le 13 mars dernier, et ce par le biais de son prêt de 145 millions d’euros accordé le 22 avril à BMCE Bank et qui vise à répondre aux besoins de liquidités des entreprises et à faciliter leurs transactions d’import et d’export. En tout état de cause, M. Benchaâboun est bien décidé à faire sauter la banque, comme l’avait laissé deviner son initiative de repousser le seuil de 31 milliards de dirhams de ses emprunts extérieurs -validé en commission le 7 avril au niveau de la Chambre des représentants- et comme il vient encore de le réitérer à la tribune de la Chambre des conseillers ce 19 mai 2020. Son objectif affiché désormais est de partir à l’abordage du marché obligataire international, en espérant profiter de notations qui restent relativement clémentes des agences spécialisées -si l’on excepte celle de Fitch Ratings, dont la perspective a été rendue négative le 28 avril.

La dernière sortie du Maroc lui avait permis, fin novembre, de lever un milliard de dollars à un taux d’intérêt très avantageux -de seulement 1,5%, avec une maturité de prêt de 12 ans-; mais quid, ceci dit, du niveau d’endettement extérieur? Car si M. Benchaâboun assure que ce dernier ne dépassera pas, en tout et pour tout, 20% du produit intérieur brut (PIB), les chiffres en jeu ainsi que la récession à venir, estimée au bas mot à cinq points voire à sept même selon les propres statistiques du gouvernement, peuvent laisser en douter. Un bilan s’imposera, en tout cas, le moment venu, et ce qui est à espérer est que le Maroc n’est pas, in fine, en train de grever ses finances publiques et d’hypothéquer tout court son avenir...


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