Grève des officines réussie à 100%, jeudi 13 avril 2023

Vive ma pharmacie


Confrontés à une crise économique et organisationnelle sans précédent, les pharmaciens montent au créneau et appellent le gouvernement à assumer ses responsabilités. La grève, organisée jeudi 13 avril 2023, n’est qu’un avertissement de la part d’une profession totalement décomposée.

Les pharmaciens crient ouvertement leur ras-le-bol. Ce jeudi 13 avril 2023, toutes les pharmacies du Maroc ont fermé boutique conformément à une décision de grève annoncée, il y a quelques jours, par les centrales syndicales. Une grève qui intervient une semaine seulement après une réunion organisée avec le ministre de la santé, Khalid Ait Taleb, à Rabat, jeudi 6 avril 2023. Alors qu’elle devait permettre de débloquer la situation et assurer aux pharmaciens une sortie de crise, la réunion avec le ministre a été un véritable fiasco. « Le ministre n’a pas discuté avec nous les vrais problèmes que connait la profession. C’était plus pour lui une rencontre de courtoisie qui n’a abouti à rien », estime le président de la confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc, Mohamed Lahbabi. Reconduit pour un second mandat à la tête de la confédération en mai 2022, ce pharmacien est un fervent défenseur de la profession qui milite, sur le terrain comme devant les administrations concernées, pour sauver ce secteur médical fortement stratégique pour la société marocaine.

Dossier revendicatif
Il dit avoir remis au ministre un mémorandum revendicatif composé de 26 revendications pour affronter les difficultés économiques et organisationnelles que connait la profession. Le dossier revendicatif porte notamment sur la demande d’un accompagnement fiscal de la part du gouvernement vu les difficultés financières rencontrées par les officines . Ainsi, la profession revendique des avantages fiscaux, en l’occurrence l’exonération des médicaments du paiement des droits de timbre. Les syndicats appellent également à une baisse de la TVA et sa suppression pour certains médicaments. En outre, les syndicats déplorent le non-respect du prix public de vente (PPV) par l’octroi par certaines officines de remises sur les médicaments. La profession exige par ailleurs le droit exclusif aux pharmaciens de vendre les dispositifs médicaux, les médicaments vétérinaires ainsi que les compléments alimentaires. Parmi les autres revendications figurent également la lutte contre la contrebande et la vente des médicaments sur Internet qui est strictement interdite au Maroc.

Déni et l’indifférence
L’article 30 de la loi 17-04 portant code du médicament et de la pharmacie instaure l’obligation de la vente des médicaments en pharmacie. Ces revendications, qui ne datent pas d’aujourd’hui mais depuis de nombreuses années, sont régulièrement adressées au ministère de tutelle qui continue à se terrer dans le déni et l’indifférence. Confrontés à une crise sans précédent, les pharmaciens dénoncent, depuis quelques années déjà, un modèle économique dépassé et très peu rentable. La confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc recense plus de 3500 pharmaciens en difficultés financières qui risquent de mettre la clé sous le paillasson si le gouvernement maintient sa politique de marginalisation du secteur. Or les institutions officielles continuent à vilipender la profession. Selon un récent rapport de la cour des comptes, les pharmaciens marocains réalisent des marges bénéficiaires confortables d’environ 57%. Et elles semblent largement supérieures à celles réalisées dans d’autres pays.


Vive polémique
Au lendemain de la publication de ce rapport, une vive polémique s’est installée. Outrés voire choqués, les syndicats des pharmaciens ont vivement réagi pour dire que les chiffres avancés par la cour des comptes ne reflètent pas la réalité économique des pharmaciens. Pour Mohamed Lahbabi, les marges des pharmaciens s’estiment concrètement à 33,9% brut qui, après réduction des frais et autres charges inhérentes au business, tombent à 8% net. Un pourcentage bien-deçà du niveau avancé par la cour des comptes.

Mais, au-delà des chiffres, la profession vit d’énormes problèmes organisationnels provoqués par la non-réélection des membres de l’ordre national des pharmaciens dont le mandat est arrivé à échéance en 2019. Ce vide représentatif, qui dure depuis voilà quatre ans, continue de susciter de profondes crispations dans la profession. Mais une décision parlementaire vient d’approfondir encore cette crise de représentation. La commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants a rejeté, lundi 10 avril 2023, à l’unanimité le projet de décret-loi n°2.23.195 édictant des dispositions relatives à l’organisation des élections des Conseils régionaux des pharmaciens du Nord et du Sud.

Sept parlementaires de la majorité et quatre de l’opposition ont voté à l’unanimité contre ce projet de décret, lors d’une réunion tenue par ladite Commission en présence du ministre de la Santé et de la Protection sociale, Khalid Ait Taleb. Approuvé par le conseil de gouvernement lors de sa réunion du 16 mars 2023 et rejeté par la Commission des secteurs sociaux, ce texte s’inscrit dans le cadre de l’élaboration du projet de loi n°98.18 relatif à l’Ordre National des Pharmaciens qui a abordé dans ses dispositions le cas de non-organisation des élections de cette instance à la date prévue.

Dans l’attente de l’adoption dudit projet par le parlement, ce projet vise à édicter des dispositions particulières relatives à l’organisation des élections des conseils régionaux des pharmaciens du Nord et du Sud, et ce, suite à la non-organisation de ces élections après la fin du mandat des membres des deux conseils, fixé à 4 ans. En attendant la sortie de ces projets de loi, la profession des pharmaciens continue d’agoniser alors que le gouvernement semble perpétuer sa politique de marginalisation.

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