Grave pénurie d'eau au Maroc

La soif s’installe dans le pays

Deux grandes villes, en l’occurrence, Oujda et Marrakech, pourraient connaître en été prochain de grandes perturbations au niveau de l’approvisionnement en eau potable. Les deux agglomérations font face à un déficit hydrique sévère à cause de la faiblesse du volume des barrages.

Suite au retard prolongé des pluies pendant cette année, la situation hydrique dans notre pays ne cesse de s’aggraver. Aux dernières nouvelles communiquées par le ministre de l’équipement et de l’eau, Nizar Baraka, lors de sa participation à une réunion parlementaire, mercredi 2 mars 2022, les retenues des barrages dans le Royaume, ont atteint, à fin février dernier, environ 5,3 milliards de mètres cubes, soit un taux de remplissage de l’ordre de 32,7%, contre 49% à la même période de l’année dernière.

Si ce niveau des réserves en eau est encore susceptible d’alimenter dans des conditions normales certaines grandes villes du pays, il n’en demeure pas moins que des agglomérations urbaines relevant des bassins hydrauliques de la Moulouya, Oum Er-Rbia, Tensifet et Guir-Ziz-Rheris, pourraient connaître de grandes difficultés au niveau de leur approvisionnement en eau.

Face à cette situation, on parle de la mise en oeuvre d’une batterie de mesures d’urgence visant à assurer sans rupture aucune l’alimentation en eau potable au niveau de toutes les zones relevant de ces bassins, et ce, pour un coût de 2,4 milliards de dirhams, dont 1,3 milliard de dirhams pour le bassin de la Moulouya, 202 millions de dirhams pour l’Oum Er-Rbia et 522 millions de dirhams pour le Tensifet.

Concernant l’évolution de la situation dans les bassins hydrauliques, le taux de pluviométrie enregistré à fin février dernier un recul par rapport à la même période de l’année dernière, se situant entre 30 et 50% au niveau des bassins hydrauliques Guir-Ziz-Rheris et Draâ Oued Noun et entre 60 à 70% dans les bassins du Loukous, du Bouregrag et Sakia El Hamra-Oued Eddaheb et entre 71 à 80% au niveau des bassins Sous-Massa, Tensifet, Oum Er-Rbia et le Moulouya.

Le volume total de mobilisation des ressources en eau enregistré dans l’ensemble des barrages dans le Royaume s’est chiffré à 732 millions m3 durant la période allant du 1er septembre 2021 au 28 février dernier, soit un déficit de l’ordre de 90% par rapport à la moyenne annuelle.

Le taux actuel se situe à moins de 33% par rapport aux périodes de sécheresse dans les années 80 et 90. Le Maroc connaît ainsi d’une manière récurrente des périodes de sécheresse aiguë comme cela avait été le cas durant ces années-là où le monde rural et les activités agricoles avaient été durement impactés.

Pour faire face à la situation hydrique difficile à laquelle sont confrontées certaines régions du Maroc, le gouvernement annonce avoir pris une batterie de mesures urgentes pour garantir l’alimentation en eau potable.

Prospection des nappes
On peut citer, pêle-mêle, la mise en place de cellules de veille dans toutes les provinces et préfectures affectées par une pénurie en eau, l’accélération des travaux d’alimentation des centres ruraux et douars grâce à un système hydrique durable inscrit dans le cadre du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, ainsi que le renforcement des opérations de prospection des nappes à travers la réalisation de forages destinés à l’exploitation des eaux souterraines, outre l’économie en eau et la lutte contre les déperditions, notamment dans les réseaux de drainage et de distribution.

Le gouvernement prépare aussi l’organisation de campagnes de sensibilisation d’envergure pour une gestion rationnelle des ressources hydriques, l’alimentation en eau des centres ruraux et douars reculés touchés par le stress hydrique grâce à des tournées de camions citernes et ce, dans le cadre du programme national de réduction des disparités territoriales et sociales, outre le recours en cas de disponibilité aux eaux usées traitées dans l’irrigation des espaces verts en lieu et place de l’eau potable.

Quant à la situation actuelle au niveau de l’alimentation en eau potable dans le monde rural, le programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 prévoit un volet spécial en faveur du renforcement de ce chantier, doté d’une enveloppe budgétaire d’environ 27 milliards de dirhams. Il faut préciser que ce volet vise à généraliser l’accès à l’eau potable en milieu rural à travers des projets structurants et la lutte contre les précarités dans certaines régions, surtout dans les années de disette. Pour ce faire, le gouvernement compte accélérer les travaux d’un nombre important de projets concernant 820 centres ruraux et plus de 18.000 douars.

Pour sa part, le directeur général de l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable, Abderrahim El Hafidi, a, lors de la réunion parlementaire, présenté un exposé à l’appui duquel il a évoqué les principaux indicateurs concernant les réalisations de cet établissement dans le domaine de l’Eau, annonçant la construction de 92 stations de traitement, dont 8 réservées au dessalement de l’eau de mer et onze autres spécialisées dans la déminéralisation des eaux saumâtres, ainsi que le creusement de 1.800 forages et puits.

Pour ce qui est de l’état d’alimentation en eau potable prévu cet été, le responsable assure que les sociétés chargées de la gestion déléguée dans les grandes villes seront approvisionnées d’une manière régulière et durable, à l’exception des villes d’Oujda et de Marrakech, qui pourraient faire face à un certain déficit hydrique sévère à cause de la faiblesse du volume des barrages. Il faut dire que le Maroc est confronté aujourd’hui à un stress hydrique sans précédent, ce qui nécessite la mise en place d’un plan d’urgence pour atténuer les effets dévastateurs de la sécheresse.