L’autre grand sinistré de la pandémie

LE CINÉMA PLONGÉ DANS UNE PROFONDE CRISE


Noureddine Lakhmari

Le cinéma au Maroc est traversé par une profonde crise. Outre la fermeture prolongée des salles de cinéma, la crise du Covid-19 a provoqué un coup d’arrêt brutal aux tournages de films et aux productions cinématographiques.

Le cinéaste marocain Noureddine Lakhmari, révélé au grand public par son mémorable long-métrage Casa Negra, sorti en 2009, est catégorique: «Le cinéma mondial en général et le cinéma marocain en particulier traversent une crise sans précédent». Une crise liée sans aucun doute à la pandémie du Covid-19, qui a mis un coup d’arrêt brutal aux tournages de films et aux productions cinématographiques.

Au Maroc, la crise est encore plus profonde. Elle tient, selon ce grand cinéaste installé en Norvège, à l’environnement cinématographique qui se dégrade dans le Royaume avec la fermeture prolongée des salles de cinéma. Il salue néanmoins le rôle de sauveteur joué par le Centre cinématographique marocain, dirigé par Sarim Fassi Fihri. Pendant la crise pandémique, le CCM a apporté un soutien financier important aux producteurs de films. C’est ainsi qu’une enveloppe de 6,5 millions de dirhams a été accordée par le CCM en faveur de 11 projets marocains.

Une belle initiative à mettre à l’actif de cette institution, qui continue, malgré la crise sanitaire et son impact sur les finances publiques, à parrainer les réalisateurs marocains dont l’activité est freinée par le contexte difficile actuel. Autre grand sinistré de la pandémie: les salles de cinéma, qui observent une fermeture totale et prolongée depuis le 16 mars 2020. Déjà fragilisées par le manque d’engouement des Marocains qui se jettent sur les films piratés achetés dans les marchés informels, les salles de cinéma ont pour la plupart d’entre elles fermé leurs portes bien avant la crise sanitaire, asphyxiées par la faiblesse des recettes et l’explosion des charges.

Une bouffée d’oxygène
«La crise du Covid-19 n’est que la goutte qui a fait déborder le vase», commente Noureddine Lakhmari. Ainsi, le moins que l’on puisse dire est que le cinéma au Maroc est plus que jamais plongé dans une profonde crise. Hormis quelques multiplex modernes comme le Megarama, présent dans plusieurs villes du Royaume et quelques salles historiques comme le cinéma Lynx à Casablanca et le cinéma Colisée à Marrakech, le Maroc manque cruellement de salles de projection.

Si des mesures ont été prises au niveau du Comité de veille économique pour soutenir un peu leurs exploitants, ces aides demeurent néanmoins insuffisantes par rapport à l’énorme perte financière provoquée par la fermeture prolongée. Ce soutien public était distribué sous forme de prises en charge des loyers et des charges fixes pendant seulement quatre mois, de mars à fin juin 2020. Mais, au-delà de cette période, plus rien.

Le gouvernement semble abandonner un secteur vital pour le développement culturel. Jusqu’à cette annonce du ministre de la culture, de la jeunesse et des sports, Othman El Ferdaouss, qui a révélé avoir consacré une enveloppe de 10 millions de dirhams pour soutenir les salles de cinéma. Un montant certes peu conséquent mais considéré à juste titre comme une bouffée d’oxygène pour les exploitants de ces salles laissées à l’abandon à cause d’une gestion catastrophique du secteur.