Un grand patriote s'en va

Décès de Mohamed El Ouafa, 72 ans

L’ancien ministre de l’Education nationale laisse le souvenir d’un patriote ayant passé sa vie à servir son pays et ses intérêts suprêmes.

Ce sont des funérailles fort émouvantes auxquelles a eu droit l’ancien ministre de l’Education nationale, Mohamed El Ouafa, au cimetière du quartier de Hay Ryad à Rabat, quelques heures après son décès, le 27 décembre 2020, à l’hôpital universitaire international Cheikh-Zaid de la capitale, où il avait été hospitalisé quelque deux semaines plus tôt après avoir contracté la Covid-19.

Entre l’ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, ou encore le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal (PI) et par ailleurs beau-neveu du défunt, Nizar Baraka, plusieurs personnalités politiques de premier rang sont venues rendre un dernier hommage à celui dont le roi Mohammed VI a salué dans un message de condoléances adressé notamment aux membres de sa famille et à ses proches son “dévouement et [la] loyauté dont il a fait preuve au service des intérêts suprêmes de la nation dans les différentes hautes fonctions et responsabilités qu’il a occupées avec compétence, outre son patriotisme sincère, sa fidélité indéfectible au glorieux trône alaouite et son fort attachement aux constantes de la nation et à ses valeurs sacrées”.

C’est que l’homme, universitaire, aura marqué son temps, ayant en plus de ses fonctions gouvernementales également été ambassadeur du Royaume en Inde (2000-2004), en Iran (2006-2009) et au Brésil (2009- 2011), et aurait sans doute bien mérité de présider aux destinées du PI, n’était Hamid Chabat qui l’empêchera de succéder à Abbas El Fassi au poste de secrétaire général en 2012. Entre M. El Ouafa et Chabat, cela n’a d’ailleurs jamais vraiment été le grand amour, comme l’illustrera le refus du défunt de quitter le gouvernement Benkirane en mai 2013 après que le dernier cité en a décidé.

Marrakchi pur jus
Ce qui lui vaudra une expulsion pure et simple de son parti de toujours, dont il a longtemps siégé au comité exécutif et avec lequel il était, au surplus, organiquement lié par le biais de sa femme Aouatif, qui n’est autre que la fille de Allal El Fassi, le fondateur du PI et son secrétaire général dans les années 1960 et au début des années 1970.

À la fin, il aura surtout vu juste, car cette sortie de l’Exécutif précipitera la dégringolade de la formation de la balance aux législatives suivantes, en octobre 2016, où ce n’est que difficilement qu’elle parvient à arracher la troisième place, bien loin toutefois du Parti de la justice et du développement (PJD) et du Parti authenticité et modernité (PAM).

Marrakchi pur jus, ayant vu le jour dans la cité ocre en 1948, M. El Ouafa avait notamment ce sens de l’humour qui, au temps des réseaux sociaux, en avait fait une véritable star et surtout une figure appréciée, doublé d’une franchise à toute épreuve, quitte à mettre le doigt même là où cela fait le plus mal.

Ses collaborateurs, eux, retiendront aussi son amour du travail bien fait et sa maîtrise des dossiers, dont il fera notamment étalage quand il aura à gérer la difficile réforme de la Caisse de compensation à la tête du département des Affaires générales et de la Gouvernance, dans le gouvernement Benkirane II.