Nouvelle campagne d’assainissement, 28 ans après

LE GRAND NETTOYAGE ?

Est-ce le grand nettoyage ou de simples effets d’annonce ? En tout état de cause, le constat est alarmant. La corruption est enracinée dans tous les rouages de l’Etat, des établissements publics et de l’Administration. L’hémicycle n’est pas du reste.


Le Maroc écrit une nouvelle page de son histoire. Une campagne d’assainissement de la sphère politique est mise en branle depuis quelque temps. L’Etat a activé des poursuites judiciaires à l’encontre de parlementaires ripoux, d’élus locaux corrompus et de fonctionnaires indélicats. Certains sont derrière les barreaux, d’autres mis en examen. Les uns épinglés par le rapport de la Cour des comptes, les autres par l’inspection du ministère de l’Intérieur ou encore par les descentes de la redoutable BNPJ.

Est-ce le grand nettoyage ou des effets d’annonce ? En tout état de cause, le constat est alarmant. La corruption est enracinée dans tous les rouages de l’Etat, des établissements publics et de l’Administration. L’hémicycle n’est pas du reste. Depuis les élections législatives du 8 septembre 2021, près d’une trentaine de députés ont été arrêtés ou mis en examen, impliqués dans des affaires de corruption ou de drogue. Croyant qu’ils étaient « immunisés », nos élus entretiennent leurs propres intérêts, profitant d’un système de corruption et de rente.

L’affaire la plus marquante est celle du tandem Naciri-Bioui, respectivement président du conseil préfectoral de Casablanca et président de la région de l’Oriental. Les ramifications du réseau de trafic de drogue et d’êtres humains dans lequel ils sont embourbés peuvent bien inspirer un grand réalisateur hollywoodien pour confectionner un thriller de haute facture.

La dernière campagne d’assainissement a eu lieu il y a vingt-huit ans, sous le règle de Hassan II. A peine sorti du programme d’ajustement structurel (1983-1993), un rapport de la Banque mondiale enfonce le clou et atteste que l’économie marocaine reste gangrenée par la corruption et la contrebande. Conduite par le superministre Driss Basri, l’opération devait cibler des hommes d’affaires accusés de contrebande et de corruption, a dérapé : arrestations arbitraires, interrogatoires musclés, règlements de compte… Au total, près de 1285 personnes ont été arrêtés, entre hommes d’affaires, des cols blancs du monde feutré de la finance ou du fisc et de grands patrons. L’opération a semé la terreur dans les milieux d’affaires et a failli provoquer à l’économie nationale une véritable crise cardiaque.

Contrairement aux années 1996, l’actuel campagne d’assainissement, qui s’écarte d’une chasse aux sorcières et s’apparente à un effet d’annonce, respecte, ne serait-ce que dans l’apparence, la loi. Des convocations, une instruction, des poursuites en état de liberté ou de détention provisoire.

Le hic, c’est que tout donne l’impression qu’il s’agit d’une opération ponctuelle. Encore quelques semaines ou mois de suspense et de tapage médiatique, et tout se fera oublier par une actualité brûlante d’un mariage ou d’un divorce d’une actrice ou chanteuse célèbre. Car comment expliquer que le gros des procès se concentre entre Casablanca et Fès ? Dans d’autres villes et régions du Royaume, les représentants de la société civile dénonce sans cesse les irrégularités d’élus locaux ou de gouverneurs.

La Cour des comptes produit plusieurs rapports qui accablent nombre de responsables mais qui aboutissent rarement en poursuites judiciaires. C’est ce laxisme, cette tolérance de corruption sous toutes ses formes et cette impunité qui sévit sous nos cieux qui nous fait dire que l’assainissement en cours n’est ni plus ni moins qu’une campagne comme une autre.

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