Un grand militant de la liberté d’expression s'en va

DÉCÈS DU JOURNALISTE KHALID JAMAÏ, 77 ANS

Journaliste talentueux, voix critique, au verbe facile et percutant, feu Khalid Jamaï était une grande plume et une école du journalisme.

Le monde du journalisme marocain vient de perdre l’une de ses figures les plus emblématiques. Une figure aimée, respectée et estimée. Il s’agit de Khalid Jamaï, ancien rédacteur en chef du journal L’Opinion, décédé, mardi 1er juin 2021, des suites d’une longue maladie. Il a été inhumé, après la prière Al Asr, au cimetière Al Ghofrane, à Casablanca.

Outre sa famille, ses proches et ses amis, de nombreuses personnalités politiques ont assisté à ses émouvantes funérailles. Notamment le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, qui regrette la perte d’un grand homme et d’un immense journaliste qui a toujours défendu librement ses principes et ses positions.

Ancien militant du Parti de l’Istiqlal, Khalid Jamaï a dirigé pendant plusieurs années la rédaction du journal L’Opinion, organe francophone du parti. Né à Fès en 1944, le défunt était également écrivain et analyste politique, reconnu par ses pairs pour son style d’écriture distingué et ses positions politiques. Feu Jamaï, qui a travaillé pour plusieurs supports médiatiques, est l’auteur de nombreuses publications. En 2003, il sort un livre «1973: présumés coupables», où il raconte son arrestation par la police en 1973 et la torture à laquelle il a été soumis pendant six mois.

Positions politiques
Un ouvrage poignant qui met en avant une période politique difficile, marquée par ce que les défenseurs des droits humains appellent communément, «années de plomb». En 1993, il publie sa célèbre lettre ouverte adressée à l’ancien ministre de l’intérieur, Driss Basri, intitulée «Chkoun Nta» (Qui êtes-vous?). Une lettre dans laquelle Khalid Jamaï répond à Driss Basri après que ce dernier l’ait convoqué dans son bureau suite à la publication par L’Opinion d’un article où M. Jamaï affirme que les élections au Maroc sont truquées depuis vingt ans.

Journaliste talentueux, voix critique, au verbe facile et percutant, M. Jamaï était réputé pour être une plume incisive, un chroniqueur hors norme, qui n’avait pas peur des mots. Une réputation qu’il a conservée toute sa vie durant. Khalid Jamaï avait également collaboré avec le défunt Le Journal, qui avait été fondé par son fils, Aboubakr Jamaï, en novembre 1997.

Sur les réseaux sociaux, ses confrères, ainsi que beaucoup de Marocains, lui rendent un dernier hommage en mémoire à son action militante, où il n’hésitait jamais à dénoncer l’injustice et l’atteinte à la liberté d’expression.