GOUVERNER PAR LA RAISON !

Prolongation de l'état d'urgence

Le coût économique, social et psychologique de cette gouvernance par la peur n’est plus à démontrer. Il devient insupportable et l’État se doit de revoir son logiciel.

Alors que les Marocains s’attendaient à un allègement des mesures restrictives, le gouvernement a décidé une prolongation de l’état d’urgence sanitaire au 28 février 2022 lors du Conseil de gouvernement du jeudi 27 janvier 2022. Aucune mention n’est faite des autres mesures, si ce n’est la déclaration du porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, à l’issue du Conseil selon laquelle «le gouvernement est sensible à l’impact de la fermeture des frontières ». Une réponse laconique.

Finalement, tard dans la nuit de ce jeudi 27 janvier, le gouvernement annonce la réouverture des frontières à partir du 7 février 2022. Il faut dire qu’au début de la pandémie, le Maroc a bien géré mais aussi d’une main de fer la crise sanitaire, lui valant les éloges des institutions internationales. Les effets de la crise sur l’économie, notamment à cause du confinement de mars 2020, n’ont pas été sans conséquences sur la croissance économique. Mais à l’époque, le Maroc disposait d’une certaine marge de manoeuvre grâce particulièrement au fonds de lutte contre les effets du Covid-19 et la mobilisation sans faille du secteur privé et des particuliers, sans parler des prêts contractés à tour de bras.

Deux ans après, la crise est toujours là. Mais, cette fois-ci, elle ne serait pas due qu’au Covid- 19. Durcissement des mesures restrictives, couvre-feu, limitation des déplacements interurbains, décisions de dernière minute, fermetures de l’espace aérien et des frontières terrestres… Les annonces de mesures restrictives, de prolongation et d’allègement furtifs font désormais partie du quotidien des Marocains. Deux longues années de sinistrose, de psychose et de vulnérabilité qui s’accentue. Comme pour son prédécesseur, le logiciel du gouvernement actuel s’inscrit dans la continuité, un logiciel où la prévention, parfois excessive, est le mot d’ordre, mettant en otage l’économie du pays.

Le Maroc est aujourd’hui le seul pays au monde qui maintient encore ses frontières fermées. Ceci alors que certains pays comme le Royaume-Uni ont déclaré la fin de la pandémie et ont allégé de manière très sensible les mesures restrictives. Même ceux enregistrant des cas de contamination au Covid-19 beaucoup plus élevés que le Maroc ont préféré lâcher du lest. Nous le disions depuis le début. Il faut savoir vivre avec le virus.

Si au début de la pandémie on pouvait parler de victimes économiques collatérales, aujourd’hui cela devrait être dépassé. La situation épidémique est stable, le nombre de décès n’est pas inquiétant et le taux d’occupation des lits de soins intensifs est rassurant. Même le Comité technique et scientifique, réputé pour sa légendaire prudence, a appelé le gouvernement à rouvrir les frontières dans les plus brefs délais.

Selon lui, cette décision est inefficace et n’a pas empêché le variant Omicron de se propager à grande vitesse au Maroc. Un variant qui n’est pas si grave qu’on nous le martelait. Pour le moment, le gouvernement joue la prudence. Il refuse de se prononcer sur une éventuelle ouverture des frontières le 1er février 2022. Les conditions ne seraient pas encore réunies pour suspendre cette fermeture, à l’en croire.

On serait amené à comprendre les préoccupations de l’Exécutif, mais comment se fait-il que celui-ci impose des décisions d’ordre sanitaire qui ne seraient pas partagées avec le Comité technique et scientifique? Les acquis de la lutte contre la Covid-19 s’estompent de jour en jour et les conséquences de cette gouvernance risquent de faire sombrer l’économie marocaine dans une dépression qui ne dit pas son nom.

Le coût économique, social et psychologique de cette gouvernance n’est plus à démontrer. Il devient insupportable et l’État se doit de revoir son logiciel. Les investisseurs et les hommes d’affaires ont perdu confiance et ne disposent plus de visibilité.

Des millions de Marocains ont sombré dans la précarité à cause de la hausse du coût de la vie et de la pauvreté. La classe moyenne, principale locomotive de la croissance et de la machine économique, est aujourd’hui en panne. Les Marocains n’en peuvent plus. Leur cri d’alarme et leur détresse ne trouvent plus d’échos auprès du gouvernement. Ils sont sortis cette semaine dans la rue et menacent d’organiser d’autres manifestations et des marches hebdomadaires. L’histoire se répète.

Gouvernons par la raison! Apprenons de nos erreurs. Lâchons du lest. Les Marocains ne demandent pas de l’assistanat. Ils veulent travailler. Vivons avec ce virus avant que ceux de la pauvreté, de la précarité et de la vulnérabilité ne nous tuent.