Le gouvernement va devoir se serrer la ceinture

Les dépenses des ministères et des établissements publics ne connaissent pas la crise

Qui peut rappeler aux membres du gouvernement et aux responsables des établissements et offices publics que les temps ont bien changé et qu’il est désormais impératif de se passer des avantages coûteux et des dépenses inutiles, du moins en apparence.

On Même par les temps qui courent, où les finances publiques tarissent sous l’effet de la compensation et des répercussions fâcheuses de la guerre en Ukraine mais aussi du rétrécissement des recettes de l’État, le gouvernement de M. Akhannouch rechigne encore à épouser une politique d’austérité qui consiste principalement à comprimer ses propres dépenses. De la primature aux départements ministériels, des établissements aux entreprises publiques, les responsables de la gestion de la chose publique continuent de mener leur train de vie fastueux sans se soucier des dépenses engagées, profitant de surcroît des avantages en nature qui leur sont encore accordés. On dirait que nous ne sommes pas au Maroc, mais plutôt au Qatar. Dans ce pays du Golfe, au moins, l’on peut tout se permettre. Un territoire qui recèle d’importantes richesses naturelles qui rapportent des centaines de milliards de dollars pour une population de près de 3 millions d’âmes, dont 80% sont des étrangers.

Sauf qu’au Maroc, le pays peine à se redresser, subissant crise après crise. Déjà même avant l’avènement de l’épidémie du Covid-19, le gouvernement El Othmani avait pris une décision qui renseignait sur les difficultés financières du pays. Il avait décidé, en novembre 2019, de vendre cinq centre universitaires hospitaliers (CHU) à la Caisse marocaine de retraite (CMR) pour 4,6 milliards de dirhams assortie d’un contrat de bail sur une longue durée. Cela voulait dire que la CMR louera les mêmes hôpitaux à l’État.

La situation ne s’est pas améliorée. Elle s’est même exacerbée depuis l’apparition du nouveau coronavirus. L’économie nationale a été mise à mal. De 2020 à ce jour, le gouvernement El Othmani puis l’actuel gouvernement Akhannouch ont fait d’une exception la règle. Ce qui a été considéré comme une anomalie dans la gestion des finances publiques dans la loi de finances 2021 a été reproduit dans le Budget de l’État 2022. En effet, l’équilibre entre les recettes ordinaires du budget général et les dépenses ordinaires donne un résultat négatif de 15,45 milliards de dirhams. En des termes plus simples, les différentes recettes fiscales et non fiscales ne suffisent même pas pour financer les dépenses ordinaires.

En dépit de cela, le gouvernement ne veut surtout pas se serrer la ceinture. Pour lui, il n’a jamais été question de s’engager dans une politique d’austérité. Quelques jours seulement après son investiture, le gouvernement avait placé ses empreintes sur le Budget général de l’État pour l’année 2022. Ce qui en ressort est détonnant. Le montant total des charges atteint 519,2 milliards de DH en 2022, contre 476 MMDH en 2021. Soit une hausse de 9,1%. Et dire que nous sommes en crise!

Comme le disait si bien Jacques Brel: «Faut pas jouer les riches quand on n’a pas le sou». Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a adressé une circulaire aux présidents des conseils des collectivités territoriales, dans laquelle il leur rappelle qu’ils doivent limiter leurs dépenses à celles revêtant un caractère d’urgence ou obligatoire. Mais qui peut rappeler aux membres du gouvernement et aux responsables des établissements et offices publics que les temps ont bien changé et qu’il est désormais impératif de se passer des avantages coûteux et des dépenses inutiles, du moins en apparence.

Au moment où une large frange de la population peine à joindre les deux bouts, peut-on encore accepter une pension retraite de 70.000 dirhams par mois pour un ancien Chef de gouvernement, ou encore une indemnité de représentation de 18.000 DH, une indemnité logement de 15.000 DH et une indemnité ameublement de 5.000 DH, une prime d’installation de 20.000 DH, un personnel de maison, un chef cuisinier, une aide cuisinière, deux chauffeurs et un jardinier… au profit d’un ministre? N’en déplaise aux ministres, aux responsables et aux hauts-cadres, renouer avec la croissance et l’équilibre budgétaire ne se fera pas sans sacrifices.

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