Le gouvernement Sanchez craint une fuite du trafic maritime vers le Maroc

Tanger-Med, la bête noire des espagnols

Le responsable des ports espagnols alerte de la perte de 60% du trafic maritime de ses ports au profit de Tanger-Med, à cause du retard accusé dans la mise en place d’un nouveau système européen de contrôle et de taxation des émissions CO2.

Tanger-Med fait trembler l’Espagne. Le président de la société étatique chargée de la gestion de ports espagnols, Puertos del Estado, Alvaro Rodriguez Dapena, a déclaré, mercredi 12 janvier 2021, la nécessité de mettre en place des mesures urgentes en coordination avec des pays de l’Union européenne pour empêcher une fuite du trafic des ports espagnols, en particulier d’Algésiras, vers Tanger-Med, avant la mise en place d’un système communautaire de contrôle et de taxation des émissions de CO2 du transport maritime.

S’adressant au journal spécialisé Diario del Puerto lors d’un événement organisé par ce média, Rodriguez Dapena a révélé que son département travaille déjà sur un front commun entre les trois ports les plus touchés du pays (Algésiras, Valence et Barcelone) et avec d’autres pays de l’UE pour faire face aux conséquences négatives possibles du système.

Système de contrôle
Il s’est ainsi prononcé avant la mise à jour de deux instruments réglementaires avec lesquels les institutions communautaires de l’Union entendent réduire l’empreinte carbone du transport maritime qui comporte de graves risques pour les ports d’Espagne. Dans un rapport préparé à la demande de l’Autorité portuaire de la Baie d’Algésiras, ce retard dans la mise en place de ce système de contrôle et de taxation écologique dans les ports espagnols risque de faire perdre 60% des opérations de transbordement de conteneurs du Port d’Algésiras en faveur de Tanger-Med.

«Nous devons empêcher les fuites de trafic vers les ports qui n’ont pas ces obligations environnementales», explique le président de Puertos Del Estado, faisant allusion à Tanger-Med. Ce fait, à son tour, entraînerait une perte de chiffre d’affaires allant jusqu’à 300 millions d’euros par an, mettant en péril quelque 1.600 emplois directs ou un impact régional indirect plus large allant jusqu’à 4.200 emplois à Algésiras.

Rodriguez Dapena a déclaré qu’il partageait l’inquiétude des ports espagnols quant à la possibilité de générer des «paradis environnementaux » dans les ports voisins en dehors de l’Union européenne. Le chef du système portuaire espagnol a souligné que des travaux sont en cours avec les trois autorités portuaires les plus touchées (Algésiras, Valence et Barcelone, en raison de leur volume commercial avec l’Asie) pour trouver des formules pour concilier les transformations environnementales et technologiques requises par le plan.

Ce plan n’est en vérité qu’un prétexte pour contrer l’attractivité du port marocain Tanger-Med, qui gagne de plus en plus la confiance des armateurs et des opérateurs maritimes de par le monde.