Le gouvernement perd le nord

De l'improvisation comme mode de gouvernance

Il y a de quoi avoir peur plus que la hausse exponentielle des cas de contamination au Covid-19 : ce sont les décisions irréfléchies et irresponsables du gouvernement. Certaines frôlent même l'absurde. C'est le cas de le dire au sujet de la reprise des études en septembre, de l'automédicalisation des malades du covid-19 chez eux et de la poursuite de la politique répressive en légiférant des lois qui traduisent la politique du "bâton sans la carotte".

Au sujet de la reprise des études, comment le gouvernement décide ainsi au moment du pic jamais atteint alors qu'il avait décidé de les suspendre quand les cas se comptaient seulement par dizaines. Il parait que le lobbying du secteur privé a encore réussi son coup.

Quant à la décision d'envoyer les malades chez eux pour y suivre le traitement, c'est la folie même. C'est comme si l'on cherche à faire circuler le virus le plus rapidement possible. Sachant qu'ils sont issus, dans la majorité écrasante des cas, de foyers industriels et professionnels en général, ne serait-il pas judicieux et raisonnable de les confiner à l'intérieur des usines le temps qu'il faut pour leur guérison, sous surveillance, au lieu de les laisser libres de leurs actes sachant qu'ils sont des vecteurs de contamination à grande échelle?

"Allah ghaleb", diraient certains. Mais où sont donc passés les équipements et matériels achetés avec le budget de 2 milliards de dirhams, qu'a-t-on fait de l'hôpital de campagne de Casablanca, qu'est-il advenu des services aménagés dans divers hôpitaux... N'a-t-on pas le droit de savoir avant de détourner l'attention du véritable centre de débat, pour évoquer aujourd'hui une saturation des services de réanimation ? En quoi sont-elles utiles les cliniques privées si elles ne servent pas de relais et de renfort à l'offre publique en ces temps de crise générale ?

Le troisième point mérite que l'on s'y attarde sans que l'on le dissocie de ce qui précède. Il existe une politique volontariste de répression qui se poursuit par la légifération de décrets lois visant à sanctionner ceux qui ne respectent pas les consignes de confinement comme le port du masque.

Sur ce dernier point justement, le non-port du masque est une réaction normale à l'environnement d'incertitude et de doute qu'a créé et entretient le gouvernement à travers ses décisions impromptues, non mûries et aux conséquences socio-économiques lourdes. Nous sommes bien en 2020. Faire soumettre un peuple par la sanction et uniquement la répression est risqué. Même en Allemagne dont le peuple suscite l'admiration par sa discipline, et où la couverture sociale et le niveau de vie sont incomparables ailleurs, le monde entier a été pris de court par l'insurrection populaire.

Au Maroc, ce qui s'est passé au marché des moutons de Hay Hassani à Casablanca aurait dû interpeller intellectuels et sociologues. Ces derniers étant bien "confinés", ce fait-divers très significatif et chargé de symboles a été livré à la vindicte populaire pour cacher des responsabilités gouvernementales et sécuritaires et faire oublier qu'il existe des départements chargés de ces questions sociales qui n'ont d'autre raison d'être que de virer, à la fin de chaque mois, les salaires et indemnités de ministres et hauts-cadres.

Le gouvernement n'explique rien. Aucune décision n'est argumentée. Un style de gouvernance paternaliste et directif où le gouvernement traite avec un peuple mineur ou des subordonnés. Le porte-parole du gouvernement ne fait que relayer les décisions prises et annoncées parfois prématurément par médias publics interposés. Sans un mot de plus. Les Marocains, comme des militaires, doivent s'exécuter. Pas besoin de comprendre.

Ce mode de gouvernance est dangereux pour le pays. Il est même plus effrayant que les chiffres non analysés qu'on nous balance au quotidien comme pour rajouter à la psychose générale. A force de l'alimenter sans argumenter et expliquer, cette psychose finira par encourager l'insoumission.

Si ce sont des calculs pré-électoralistes qui président à cette manière de gouverner, cela risque d'engendrer une perte de confiance non seulement dans un parti au pouvoir mais plutôt dans la politique, pire, dans le processus de transition démocratique en cours.

Ce processus doit être préservé et ne pas être compromis par le fait de chercher à magnifier ou cautionner un parti et dénigrer ou discréditer un autre. C'est une crédibilité historique qui ne pardonne pas les failles de jugement. Tolérer une gestion imprégnée d'hésitation et de volte-face serait périlleux. Le pays n'est pas un laboratoire où l'on improvise des décisions qui créent des lésions sociétales indélébiles.


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