Le gouvernement prépare le lancement d'un emprunt national

Une opération à haut risque

Après les sorties à l’international et le tirage de 3,275 milliards de dollars de la Banque mondiale et du FMI, le Maroc s’apprête à lancer un grand emprunt national en puisant dans les épargnes des particuliers qui ne sont pas détectées par les radars bancaires. Un choix forcé?

Les hausses inquiétantes de la dette publique et des déficits budgétaires sont les deux principaux facteurs qui ont amené les agences de notation internationales Standard & Poor’s (avril 2021) et Fitch (octobre 2020), à dégrader la note du Maroc. Et pourtant, cela n’a pas empêché le gouvernement en septembre 2020 de lever 1 milliard d’euros sur le marché international pour rembourser une tombée de dette et de revenir sur le marché début décembre de la même année en levant un montant record de 3 milliards de dollars.

Mieux, ou pire, il se prépare à lancer un grand emprunt national dans les semaines à venir. L’endettement public a battu tous les records depuis le début de la pandémie. Moins d’un mois de l’annonce de l’état d’urgence, du 6 au 8 avril 2020, il y a eu le projet de loi autorisant le déplafonnement des emprunts en devises, le tirage de 275 millions de dollars du prêt de la Banque mondiale réservé préalablement aux catastrophes puis le tirage sur la Ligne de Précaution et de liquidité (LPL) pour un montant équivalent à près de 3 milliards de dollars, soit le montant total de la ligne.

Financement de l’économie
La dégradation de la note du Maroc par les agences américaines a-t-elle poussé le gouvernement à opter pour un emprunt national plutôt qu’à un emprunt à l’international ou sur le marché des bons du Trésor? Tout laisse à croire que cette option est un choix forcé. Visant à mobiliser l’épargne des particuliers pour financer l’effort étatique dans la guerre contre la crise du Covid-19, le méga emprunt national qui se prépare suscite des craintes parmi les banquiers et les financiers.

L’objectif de cet emprunt national est de mobiliser l’argent qui se trouve dans les coffres-forts, dans le circuit informel. Ce cash qui circule dans l’économie est estimé à 340 milliards de dirhams. Comment alors l’Etat va-t-il intéresser cette population? La carotte fiscale est simple: défiscaliser les intérêts perçus par les particuliers, comme cela a été décidé dans la loi des finances 2021. La crainte des banquiers de la place est que cette défiscalisation ne pousse les établissements financiers à augmenter leurs taux de rémunération des comptes à dépôt pour empêcher leurs détenteurs de les vider. Qui dit hausse des taux de rémunération de ces comptes dit hausse des taux des crédits.

Cela ira donc aux antipodes de la politique monétaire menée par Bank Al Maghrib, qui tire les taux vers le bas pour permettre un meilleur financement de l’économie en temps de crise. En tout état de cause, le gouvernement n’a pas l’embarras du choix. Ce qui inquiète le plus, c’est que, jusque-là, ces emprunts n’ont pas servi à relancer l’investissement et l’économie.

Ceci se passe au moment où le FMI a affirmé, le 7 avril 2021, que face à des caisses de l’Etat qui se vident, il faut augmenter les impôts des plus riches et des entreprises qui ont fait de substantiels bénéfices pendant la pandémie afin de continuer à soutenir les plus vulnérables. Sauf qu’au Maroc, les plus riches ont toujours été épargnés. Aucun gouvernement n’a pu les taxer.