UN GOUVERNEMENT QUI IMPROVISE

Restrictions sanitaires

Les décisions du Cabinet El Othmani hâtives et non calculées se succèdent. Sa gestion de la crise est aléatoire

Il y a 13 mois apparut la pandémie du nouveau coronavirus. Il y a 13 mois, jour pour jour (15 mars 2020), le gouvernement El Othmani a décrété l’état d’urgence sanitaire et a imposé des restrictions de déplacement qui durent encore. La peur et la psychose qui ont régné pendant les premières semaines de l’annonce des premiers cas de contamination dans le Royaume ont nettement diminué depuis.

Les Marocains vivent avec le virus désormais. Et le gouvernement a acquis de l’expérience et de l’expertise quant aux décisions à prendre pour faire face à la propagation de ce virus sournois et fatal. En principe, du moins!

Mais le fait est que, après tout ce temps, le gouvernement, mené par le PJD, prend encore à la dernière minute des décisions stratégiques et qui ont un impact patent sur la survie de millions de citoyens marocains. La dernière en date est celle d’imposer un couvre-feu de 20 heures à 6 heures pendant tout le mois de Ramadan.

Intervenant lors d’une séance plénière commune des deux chambres du parlement, lundi 12 avril 2021, consacrée à la présentation des données sur la situation épidémiologique dans le Royaume, le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, a avoué que les mesures sanitaires prises par le gouvernement pour le mois de Ramadan visent à éviter de reproduire le scénario d’Aid Al Adha.

Pour M. El Othmani, l’objectif de ces restrictions drastiques est de protéger les citoyens des risques d’une nouvelle vague et limiter au maximum les effets négatifs en cas de son déclenchement. A quoi sert d’accorder une semaine à des millions de personnes vivant de et dans l’informel si aucune mesure d’accompagnement n’est prise pour les aider à supporter les répercussions de telles restrictions?

D’avril à juin 2020, le Fonds spécial de gestion de la pandémie (une initiative royale) a bénéficié à 5,5 millions de familles vivant dans la précarité et qui sont retrouvées du jour au lendemain sans ressources. Pendant trois mois, ces ménages ont bénéficié d’aides de 800 à 1.200 DH par mois. Puis, plus rien. Aujourd’hui, pour ces mêmes familles, le scénario se reproduit. Sauf que cette fois, point d’aides.

Comment des cafés et des restaurants vont-ils pouvoir compenser un manque à gagner d’un mois d’inactivité si le gouvernement décide le couvre-feu à 20 heures, soit 45 minutes seulement après la rupture du jeûne? Et puis, à s’en référer toujours aux propos de M. El Othmani, cette décision a été aussi dictée par les développements épidémiologiques inquiétants enregistrés dans nombre de pays voisins. Parlons justement de ces pays voisins.

Prenons l’exemple de la Tunisie, qui a instauré un couvre-feu à 19h, dès le vendredi 9 avril 2021. Le Premier ministre tunisien, Hichem Mechichi, a été contraint justement de faire volte-face après que les Tunisiens aient jugé injustes les nouvelles mesures anti-Covid annoncées par le gouvernement. Il a annoncé, le lendemain, que le couvre-feu serait maintenu à 22 heures.

Quant aux Algériens, ils pourront sortir cette année en soirée et accomplir les prières des Tarawih. Le couvre-feu ne concerne que 9 wilayas sur 58. Un couvre-feu toutefois allégé puisqu’il est applicable de 23 heures à 4 heures du matin.

Durant les premiers mois suivant l’apparition de la pandémie du coronavirus, le Maroc était donné en exemple pour sa gestion de cette crise sanitaire. Depuis juin 2020 et le début du déconfinement progressif, le gouvernement fait plutôt face à des critiques. Au début, on lui trouvait toutes les excuses car on estimait qu’il faisait face à une crise sans précédent et qu’il n’arrivait pas à voir le bout du tunnel.

Mais au fil des mois, son manque de visibilité était devenu la règle. Ses décisions hâtives et non calculées se succèdent et l’on dirait que, quel que soit le temps que cette pandémie prendra avant de disparaître, le gouvernement n’apprendra rien et sa gestion de la crise demeurera aléatoire. «Nous n’avons pas de vision», cette formule revenait comme un leitmotiv dans les interventions télévisées du Chef du gouvernement, trahissant ainsi un aveu d’impuissance. Les citoyens et les opérateurs économiques paient aujourd’hui le prix de cette absence de visibilité et de vision.