"On ne peut pas demander au gouvernement d'arrêter l'hypocrisie si on la pratique au sein du PAM"

Entretien avec Mohamed Boudrar, député PAM

Au sein du parti de l’opposition, le PAM, il est une opposition forte à l’actuelle Secrétaire général. Mohamed Boudrar, ancien chef du groupe parlementaire du PAM, poursuit le chef de son parti en justice. Dans cet entretien, il s’explique.

Que se passe-t-il réellement au sein du PAM ces derniers temps?
Ce qui se passe aujourd’hui au PAM est inédit. Ce qui est médiatisé dans la presse et les médias sociaux comme déclarations et communiqués d’anciens dirigeants et de militants n’est que l’arbre qui cache une forêt de problèmes internes, résultante de la mauvaise gestion de l’après-4e Congrès par le Secrétaire général, qui n’était pas à la hauteur du moment historique dans lequel vit le Maroc en général, et la PAM en particulier.

Notre différend avec le Secrétaire général n’est pas personnel et n’est pas une lutte pour les postes de responsabilité, mais il est plutôt lié aux contradictions de ses discours avant et pendant le Congrès, et aux décisions organisationnelles et politiques qu’il prend aujourd’hui.

Comment les décisions sont-elles prises au sein du PAM car le gros de ces décisions n’a pas trouvé un écho favorable même auprès des plus proches du Secrétaire Général? Nous ne pouvons pas demander au gouvernement d’arrêter son hypocrisie, les mensonges et la fraude si nous pratiquons la même chose au sein de notre parti.

Abdellatif Ouahbi est devenu un spécialiste de la création d’ennemis et de discordes à l’intérieur du parti, au point que l’on commence à douter s’il n’est pas venu pour disloquer ce parti. L’actuel secrétaire général fait partie d’une génération de populistes qui n’ont pas leur place dans les partis nationaux. Que dire alors quand il s’agit du deuxième parti du pays.

On a l’impression que vous vous attaquez à la personne de M. Ouahbi plutôt qu’au Secrétaire général du PAM…
Non, aboslument pas. L’ouverture sur les différents partenaires politiques est une chose, et ce que fait la direction actuelle en est une autre, c’est une manifestation claire de quelqu’un qui est déboussolé. C’est la pire chose qui puisse arriver à une formation politique.

Comment?
Ce que fait M. Ouahbi, en tant que représentant d’un certain courant du parti, en flirtant avec le PJD, est une sorte de pensée chaotique et une confusion dans son alignement politique. Non seulement il ne s’est pas contenté de mener une bataille par procuration contre ceux qui s’opposent au PJD, profitant même des institutions du parti et de ses deux équipes au Parlement, mais il a aussi cautionné des déclarations anormales de certains faucons du PJD qui se sont déchaînés contre les symboles et fondateurs du PAM. Le communiqué signé par certains dirigeants et militants du parti, en plus de l’ébullition dans divers médias sociaux, reflète l’ampleur du rejet de ce qui se passe.

Quel est le but d’ester en justice M. Ouahbi?
Le but des procès en justice contre le Secrétaire général n’est pas de les gagner en premier lieu mais plutôt de contribuer à consolider une culture du respect de la loi au sein des partis politiques en général. La falsification et l’utilisation de la signature des députés, le document du règlement interne de l’équipe parlementaire, et la prise de décisions au nom d’un bureau politique qui n’existe pas, est une question éthique et politique avant d’être judiciaire.

La justice se saisit aujourd’hui d’affaires qui ne sont pas des surenchères politiques ou des représailles, mais qui reflètent plutôt une différence de vues entre ceux qui veulent un Secrétaire général qui respecte la loi, les règlements du parti et les décisions du Conseil national et ceux qui cherchent un Secrétaire général dictateur, aux pouvoirs illimités.


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