Le gouvernement espagnol joue la carte de l'apaisement avec le Maroc

Les journalistes de la radio et télévision publiques interdits de participer à une fête organisée à Tindouf

Le gouvernement Pedro Sanchez prend ses distances par rapport à la campagne de propagande menée par l’Algérie et par intermédiaire interposé, le Polisario. La décision d’interdire aux journalistes de la RTVE de participer à cet événement organisé par l’Algérie et le Polisario a été cautionnée par la coalition d’extrême gauche Unidas-Podemos.

Pour une fois, le gouvernement Pedro Sanchez prend ses distances par rapport à la campagne de propagande menée par l’Algérie et par intermédiaire interposé, le Polisario. Organisée annuellement le 12 octobre par les séparatistes et financée par leurs «caporaux » algériens (le voyage a été effectué à bord d’un avion d’Air Algérie), la journée de l’«unité nationale» s’est tenue avec la présence de médias occidentaux et notamment espagnols intéressés. Cette année, les journalistes de la radio et télévision espagnole publique n’y ont pas assisté.

Qu’est-ce qui s’est passé? La direction de la Radio et Télévision Espagnole, un organisme sous la tutelle du gouvernement Pedro Sanchez, a interdit à ses journalistes de couvrir la commémoration de la fête du Polisario, organisée dans les camps de Tindouf. Sur la liste de presse, les noms de trois journalistes de la TVE et d’un journaliste de la RNE étaient inscrits. Bien qu’ils aient déjà confirmé le voyage et accompli les formalités liées à leur présence sur le vol, ils n’ont finalement pas pu faire leur travail dans les camps de réfugiés sahraouis.

Vendredi 8 octobre, à deux jours seulement de la date du voyage, la direction de RTVE a décidé d’opposer son veto à la participation de ses journalistes. Selon un communiqué des représentants des travailleurs, les responsables considéraient le voyage comme un «parti pris», étant organisé par le Front Polisario. La RTVE a publié un communiqué assurant que «ce qui a été rejeté, dans l’esprit établi par son statut de l’information, c’est d’accepter des voyages organisés et financés par des sources intéressées». De plus, ils ont soutenu que le moment était «délicat».

Crise diplomatique
Il semble que le gouvernement Pedro Sanchez cherche par tous les moyens à apaiser la tension avec le Maroc et de faire oublier, autant que possible, l’entrée illégale et secrète en Espagne, sous une fausse identité, le 18 avril 2021, du chef des séparatistes, Brahim Ghali, pour se faire soigner. Une affaire qui a provoqué la crise diplomatique entre les deux pays et sur laquelle la justice espagnole essaie de jeter de la lumière pour déterminer les responsabilités au niveau de l’Exécutif.

L’ancienne ministre des Affaires étrangères espagnole, Arancha Sanchez Laya, a été convoquée par la Cour de Madrid à ce sujet après que son chef de cabinet et un général d’armée aient avoué qu’ils ont reçu ses ordres visant à faciliter l’entrée de Brahim Ghali en fermant les yeux sur le protocole sécuritaire et de contrôle en vigueur.

La décision d’interdire aux journalistes de la RTVE de participer à cet événement organisé par l’Algérie et le Polisario a été cautionnée par la coalition d’extrême gauche Unidas-Podemos. Et pourtant, les responsables de Podemos ont toujours manifesté de la sympathie pour le Polisario.

Ce parti avait contribué à l’organisation de la marche de Madrid du 19 juin destinée à soutenir le Polisario. Ses députés et eurodéputés ont l’habitude de défendre les positions du Polisario à la Chambre des représentants comme au Parlement européen. Un retournement de situation pour le moins inattendu. Mais en politique, dit-on, les intérêts changent.