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"VOTRE GOUVERNEMENT DOIT DÉMISSIONNER"

AU PARLEMENT, LE CONSEILLER ABDESLAM LEBBAR À SAÂD EDDINE EL OTHMANI

Une séance houleuse au Parlement. Les conseillers ont dénoncé l’échec de l’Exécutif, le taxant d’incapable de communiquer et de faire montre de transparence au sujet des raisons du retard de la campagne de vaccination, mais surtout de faire pression sur les laboratoires avec lesquels un contrat a été conclu.

“Votre gouvernement est un gouvernement faible sur les plans de la gouvernance et de la stratégie et vous devez avoir le courage de démissionner. Vous avez donné un rendez- vous au peuple et vous n’avez pas tenu votre promesse. Vous vous cachez derrière le Roi. Le Roi est vénéré et respecté. Vous êtes un gouvernement sur lequel on ne peut pas compter. Il y en a qui vont refuser de se faire vacciner à cause de vous”.

En ces termes retentissants et sans langue de bois, le président du groupe istiqlalien à la Chambre des conseillers, Abdeslam Lebbar, s’est adressé, sans ménagement, au Chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, mardi 19 janvier 2021. Un grand brouhaha a marqué l’ouverture de la séance mensuelle de discussion de politique générale à la Chambre des conseillers dédiée à la campagne de vaccination.

Les élus ont perdu peu ou prou leur sang froid quand M. El Othmani a évacué la responsabilité du retard pris dans la livraison au Maroc des vaccins des laboratoires fabricants, le chinois Sinopharm et le britannico-suédois AstraZeneca. Mais surtout quand il fustigé les conseillers qui reprochaient à son gouvernement d’être derrière le retard de la campagne de vaccination.

Manque de visibilité
Les élus ne sont pas laissé intimider et ont dénoncé l’échec de l’Exécutif. Les choses ont mal tourné et les conseillers syndicalistes de l’UMT et de la CDT ont dû quitter l’hémicycle. Pour cause, ils ont sollicité un temps de parole plus long. La réaction de Abdeslam Lebbar a résumé l’attentisme anxiogène des Marocains. «Vous avez dit qu’il y a de la surenchère sur le marché international et une course effrénée vers l’acquisition des vaccins.

Où en sommesnous par rapport à cette course? Vous avez signé un accord avec Sinopharm et avancé que la campagne allait commencer mi-décembre au moment où l’OMS n’a autorisé le vaccin de Sinopharm que le 31 décembre. Vous avez déclaré que le Maroc sera parmi les 10 premiers pays à se vacciner.

l y a 31 pays qui ont déjà commencé la vaccination et le 18 janvier, 7 autres pays vont recevoir le vaccin. J’espère qu’on sera parmi les 100 premiers», a tambouriné sur un ton amer le conseiller istiqlalien.

Il ne s’est pas arrêté à ce stade. Il s’est attaqué à la crédibilité même du gouvernement. «Les Marocains attendent que vous leur donniez une échéance, demain, après-demain, dans un mois, dans un an… les Marocains ont appris à prendre leur mal en patience.

Soyez au moins franc avec eux. Ne sous-estimez l’intelligence des Marocains. Si on ne croit pas le Chef du gouvernement, qui va-t-on croire?», a-t-il renchéri. Le conseiller a enchaîné en se demandant pourquoi l’accord avec Sinopharm a été rompu et pourquoi avoir signé un contrat avec AstraZeneca en sachant qu’il a déjà conclu un marché de 900 millions de doses qu’il va falloir produire et livrer avant toute chose.

«C’est dire qu’il va falloir attendre 18 mois», se désole-t-il. A ces questions, Saâd Eddine El Othmani n’a pas apporté de réponses et s’est contenté son habituel manque de visibilité sans se voir obligé de faire pression sur ces laboratoires au moment où les Marocains s’impatientent de se faire vacciner et de retrouver leur vie normale.