Le gouvernement planche désormais ouvertement sur le déconfinement

Faire redémarrer la machine, et vite

Au vu du risque social qui pèse, le confinement actuel ne pourra longtemps s’éterniser, mais il faudra aussi faire en sorte de ne pas ruiner les efforts faits au cours des dernières semaines pour contenir la pandémie.

Les prédictions divergent, mais elles s’accordent sur un point: le Maroc n’est pas près de voir le bout du tunnel et d’en finir totalement avec la pandémie de Covid-19. Les scénarios les plus optimistes avancent le mois de juillet, et ce sur la base d’un comportement des Marocains qui serait exemplaire. Or, comme nous le titrions en une il y a de cela deux semaines, “un relâchement inquiétant” est, depuis quelque temps, en train de s’observer (voir n° 1344, du 17 au 23 avril 2020).

Questionné à ce propos dans l’interview qu’il nous avait accordée pour notre édition du 24 avril, le porte-parole de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), Boubker Sabik, relativisait, sans pour autant nier ce relâchement. Le pouvait-il à vrai dire, alors qu’au 27 avril, les services de police ont eu à arrêter plus de 76.000 personnes ayant enfreint les dispositions de l’état d’urgence sanitaire? Un chiffre qui a fait jaser jusque sous les lambris du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH), qui a inclus, le 27 avril même, le Maroc dans une liste de quinze pays devant selon lui lâcher du lest vis-à-vis de leurs populations dans leurs mesures décrétées pour lutter contre le Covid-19.

Échéance courte
En tout état de cause, les autorités marocaines ne pourront éternellement continuer à sévir, et si par ailleurs la majorité de la population demeure, il faut le souligner, disciplinée et soucieuse de règles de confinement décidées par le gouvernement, c’est sans doute avec l’idée que la situation actuelle est provisoire et doit prendre fin dans une échéance courte. Mais qu’est-ce qui pourra, demain, prévenir l’apparition de soulèvements si le confinement venait à trop durer? Surtout que le contexte économique s’y prête, dans la mesure où tout ou presque est à l’arrêt depuis que l’état d’urgence sanitaire a été déclaré.

D’ailleurs, beaucoup en viennent à violer l’état d’urgence sanitaire non pour, spécialement, défier l’Etat et son autorité, qui reste globalement respectée, mais simplement pour subvenir aux besoins des leurs. Car les mesures prises depuis le 16 mars par le Comité de veille économique (CVE) pour aider les Marocains à surmonter les effets de la pandémie, quand bien même elles ont été en adéquation avec la conjoncture et valent au Maroc d’être aujourd’hui salué de partout, ne sauraient jamais suffire complètement.

Elan de solidarité
Et d’ailleurs, ce comité peut-il éternellement continuer de passer à la caisse, ici en rétribuant mensuellement les ménages, là en appuyant le fonds de garantie Damane Oxygène? Il ne faut pas se mentir: l’Etat n’en a tout simplement pas les moyens. Car pour faire preuve d’autant d’audace dans ses décisions, le CVE a surtout pu compter sur le trésor de guerre qu’est le Fonds spécial mis en place le 16 mars sur instructions du roi Mohammed VI, lequel fonds a pu dépasser aujourd’hui les 30 milliards de dirhams de cagnotte grâce aux dons des entreprises et des banques mais aussi des particuliers. Mais l’élan de solidarité qui a accompagné le lancement de ce fonds ne saurait bien évidemment être que temporaire, et un jour ou l’autre les recettes fiscales sont appelées à prendre le relais.

Or comment parler de recettes fiscales alors que nous nous trouvons dans une situation économique où rien ne bouge pratiquement et où l’Etat n’a à se mettre sous la dent que des miettes? L’emprunt, peut-être, mais jusqu’à quel degré, sans grever les finances de l’Etat? De fait, le déconfinement apparaît non seulement comme inévitable, mais nécessaire, et celui-ci doit bien entendu capitaliser sur les semaines d’efforts faits par le Maroc et les Marocains; autrement tout ce qui a été réalisé jusqu’ici partirait en fumée.

Traçage des contaminations
Le gouvernement en a d’ailleurs, sans doute, parfaitement conscience, lui qui depuis le 9 avril au moins planche sur la mise en service d’une application de traçage des contaminations au Covid-19 recourant soit à la technologie bluetooth, soit à celle du GPS. De passage ce 30 avril à la chambre des représentants, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a révélé que “le projet est en cours”. Cette dimension sanitaire se double, par ailleurs, de l’enjeu économique: comment faire redécoller la machine et lui permettre, dans les plus brefs délais, de retrouver son rythme de croisière? Ce qui ressort du dernier communiqué du CVE, qui a tenu sa sixième réunion ce 29 avril, est que l’Etat va adopter une approche sectorielle, puisqu’il est connu que certains secteurs comme bien sûr le tourisme, en état de mort clinique depuis le début de l’état d’urgence sanitaire le 20 mars, n’a pas été impacté par les mesures du gouvernement de la même façon par exemple que l’agroalimentaire, qui au contraire, lui, a fait florès. Dans ce sens, des plans de financements seront sans doute mis en route par la voie des banques et s’appuieront, à l’évidence, sur le fonds Damane Oxygène.

Le CVE a par ailleurs annoncé la mise en place d’une commission qui se chargera de traiter avec les entreprises qui ont déclaré plus de 500 employés en arrêt provisoire du travail ou qui ont vu leur chiffre d’affaires baisser, au cours des dernières semaines, entre 20% et 50%, afin de les appuyer. Et le grand changement à attendre, c’est surtout l’adoption d’une loi des finances rectificative, après des semaines où le gouvernement a éludé la question.

Dans l’interview parue dans notre livraison quotidienne du 27 avril, le chef du gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, plaidait encore “une meilleure appréciation des paramètres macro-économiques, afin de la construire sur des hypothèses sérieuses et plausibles”, mais le CVE a ouvert la voie dans son communiqué à une nouvelle mouture, en soulignant toutefois que “l’option finale est tributaire, d’une part, de l’évolution de la conjoncture internationale sur les plans économique et sanitaire, et du plan de déconfinement progressif qui sera déployé à l’échelle nationale d’autre part”.

Quoi qu’il en soit, il est plus qu’urgent que le gouvernement presse le pas, car les jours qui s’écoulent actuellement seront sans doute décisifs non seulement pour le futur proche, mais aussi lointain et pour, in fine, l’avenir du pays dans son ensemble...


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