Le gouvernement face à la crise sociale

LES EFFETS DU COVID-19

Si les syndicats mesurent la nature et la portée de la crise actuelle et la nécessité de «sauver» l’entreprise, ils appellent à la prise en compte de la condition sociale des travailleurs.

C’était prévisible; c’était à redouter: comment faire face à la crise sociale liée à l’impact de la crise sanitaire de la pandémie Covid-19? Il y a eu, voici trois mois -et avec beaucoup de réactivité- des mesures d’urgence prises par le gouvernement sur instructions royales; la première d’entre elles a été, rappelons-le, la création du Fonds spécial de 10 milliards de dirhams -il a atteint plus de 34 milliards de dirhams aujourd’hui avec la souscription de solidarité qui l’a suivi. D’autres dispositifs mis sur pied ont visé à préserver l’emploi et à soutenir les activités économiques dans de nombreux secteurs, sauf pour ce qui est du tourisme, du transport et des segments particuliers.

Mais, de plus en plus, lors des semaines qui ont marqué la période d’état d’urgence et de confinement déclarée le 20 mars 2020, de multiples interrogations ont traduit précisément des préoccupations majeures sur le le Maroc «d’après». Il y a eu des plans de relance qui, pour l’heure, restent cependant bien limités -où sont ceux du tourisme? Du transport? des PME et des TPME même si des dispositifs ont été adoptés soit par des banques soit encore par la CCG?

Avec le déconfinement en date du jeudi 25 juin, exception faite de quelques villes, le moment est venu avec cette «normalité» de faire l’état des lieux. C’est ce à quoi s’emploient, en premier, les chefs d’entreprise. Comment maintenir l’emploi? Ne faut-il pas se résoudre à des plans sociaux? Du côté de la CGEM, ce problème n’est pas minoré ni nié. Les fédérations régionales ont ainsi alerté cette organisation professionnelle sur cette contrainte qui s’impose à leurs membres.

Deux approches en débat
Les secteurs les plus exposés sont évidemment le tourisme, mais aussi l’immobilier, l’agro-industrie d’exportation, le commerce et les services. C’est du lourd, la barque sociale est bien chargée... Si une solution ponctuelle a été trouvée avec les aides mensuelles de l’Etat aux travailleurs déclarés à la CNSS et aux autres jusqu’à la fin juin -respectivement 2.000 dirhams et entre 800 et 1.200 dirhams), ces mêmes catégories vont se trouver dans un «trou» à compter du 1er juillet. Comment arriveront-elles à faire face ensuite à leurs charges et à leurs dépenses contraintes? Au niveau des décideurs publics et même au-delà de ce premier cercle qu’est le Comité de veille économique (CVE), coiffé par le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Benchaâboun, il semble bien que deux approches soient encore en débat. Pour la première, où l’on range, semble-t-il, le ministère de l’Intérieur et d’autres, l’argument de principe est de prendre en compte la précarité et la situation sociale des travailleurs pénalisés par la crise. Ils y ajoutent un élément de paix sociale et, partant, d’ordre public, référence étant faite aux tensions potentielles à craindre à terme. Pour certains, dit-on, le paramètre électoraliste n’est pas à écarter, le Chef du gouvernement PJD, Saâd Eddine El Othmani, ne voulant pas être celui qui a instauré l’austérité. Un an avant les élections locales et législatives de 2021, de telles mesures plomberaient fortement le bilan de cet Exécutif.

Mais, d’un autre côté, des voix prônent des mesures drastiques et incontournables pour sauver l’économie nationale. Elles estiment qu’il n’y a pas d’autre option que l’ajustement structurel imposé aujourd’hui par la crise sanitaire et sociale sur l’appareil productif; que les entreprises n’ont de choix que de survivre en décidant des plans sociaux de dégraissage des effectifs; que la relance des activités ne serait que lourdement compromise dans une perspective de redressement et de reprise.

Les intérêts des travailleurs
Mais de quels plans sociaux, parle-t-on? S’agira-t-il de licenciements économiques prévus par les dispositions de l’article 66 du code du travail? C’est une procédure lourde, complexe et peu prévisible dans les décisions des juridictions. Y aura-t-il alors autre chose, avec des aménagements de type travail à temps partiel? Malgré une éventuelle décision judiciaire de validation du licenciement économique, il restera encore l’agrément de l’autorité administrative territoriale compétente, le gouverneur de la préfecture ou de la province.

En tout état de cause, les organisations syndicales comptent se mobiliser pour la défense des intérêts matériels et moraux des travailleurs. Le secrétaire général de l’UMT, Miloudi Moukhark, a ainsi déclaré que s’il devait y avoir des plans sociaux, il faut qu’ils soient négociés dans les entreprises en concertation avec les délégués syndicaux.

S’il mesure la nature et la portée de la crise actuelle et la nécessité de «sauver» l’entreprise, il appelle à la prise en compte de la condition sociale des travailleurs. Des pistes sont avancées pour tenter d’atténuer le choc social des licenciements économiques. Celles de divers aménagements de flexibilité et de souplesse: travail à mi-temps, roulement entre les équipes, départ volontaire en pré-retraite,... Que décidera finalement le gouvernement? L’on sera davantage fixé avec la loi de finances rectificative annoncée pour les prochaines semaines. Elle traduira les choix faits, leur impact et leur dimension. Elle témoignera aussi des termes de l’équation en instance: quelle politique sociale? Et, en même temps, quelle relance économique?.


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