"Le gouvernement doit considérer le peuple comme majeur"

Nabil Benabdallah, Secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS)

Le Secrétaire général du PPS, parti de l’opposition, estime qu’une communication claire et argumentée et une préparation préalable du peuple aux décisions à prendre permet de les faire accepter facilement et qu’il fallait faire participer les représentants du peuple avant la décision du prolongement de l’état d’urgence sanitaire.

Comment avez-vous appris l’annonce par le gouvernement de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire?
Toute décision doit être jugée à son impact. Et, en l’état, l’on voit un peu la réaction dans divers milieux. Le PPS a attiré l’attention, à travers moult communiqués, sur la nécessité de communiquer au préalable, sur la nécessité de préparer l’opinion publique marocaine, de faire en sorte que des sorties soient prévues par le biais de débats publics sur les chaînes de télévision, les radios, les journaux et divers médias, que toutes les éventualités soient posées devant l’opinion publique, ce qui contribue à la préparer. Car nous avons une opinion publique.

L’un des gros problèmes du gouvernement, c’est qu’il oublie qu’il y a une opinion publique, qu’il y a des gens qui réfléchissent, des gens qui souffrent, des familles qui veulent se retrouver, des gens qui veulent retourner à leur travail, des gens qui ont du mal à continuer… Il y a la dimension sanitaire qui doit être prise en considération, certes, mais il y a aussi la dimension économique, la dimension sociale, la dimension psychologique. Cela devait être géré, à mon sens, de manière à ce qu’une préparation préalable ait lieu et qu’on n’attende pas la dernière minute, à quelques heures de la fin de la phase du confinement à 19h de surcroît, à l’issue d’un conseil de gouvernement, qui se tient à une heure anormale, pour tâtonner.

On commence par une hésitation sur la date, première chose qui marque le texte du décret que tout le monde a consulté: d’abord on annonce le 8 août puis on revient pour dire le 10 juillet. On ne précise pas les détails. On avance beaucoup plus l’état d’urgence sanitaire et on ne se focalise pas sur l’assouplissement. Et il a fallu attendre 23 heures pour avoir une circulaire des départements de l’Intérieur et de la Santé qui donne des précisions. Le gouvernement aurait pu dire, il y a deux semaines, qu’il réfléchit à deux scénarii et que le Maroc serait éventuellement divisé en zones et que, sur cette base, il y aurait des zones plus avancées que d’autres en termes d’assouplissement. Tout cela aurait pu être préparé bien avant. De cette manière, le gouvernement aurait eu plus de facilité à faire accepter la mesure.

Comment réagissez-vous au fait que, le lendemain de l’annonce de la décision, le Chef du gouvernement aille la présenter au Parlement?
Pourquoi on envoie le Chef du gouvernement au Parlement aujourd’hui? Pour quoi faire? Pour dire quoi? Pour dire la même chose? C’est au Parlement qu’il est allé exposer ces nouvelles mesures, pas dans une place publique. Le Parlement, c’est le lieu de la représentation populaire. S’il fallait que le Chef du gouvernement se présente devant le Parlement, il aurait dû se présenter il y a 4 ou 5 jours pour révéler les options sur lesquelles le gouvernement travaille de telle sorte qu’il puisse écouter et avoir un retour des représentants du peuple. Faire en sorte au moins que le Parlement ait l’impression d’avoir participé à cette décision. Maintenant, le discours de M. El Othmani va servir à quoi? Il y aura des réactions par-ci par-là de certains groupes parlementaires mais est-ce qu’elles vont pouvoir changer quelque chose? Les décisions sont déjà prises.

Le gouvernement a parlé d’assouplissement du confinement. Or, globalement, il n’y a pas eu de déconfinement. Trouvez-vous cela normal?
Dans la zone 1, il y a un déconfinement clair. Les gens vont pouvoir circuler sans autorisation. Toutes les activités ont repris… Il y a même possibilité de déplacement entre les régions. Le gouvernement aurait pu dire aux Marocains que, concernant la zone 2, ce sera déconfiné par étapes et qu’il va commencer par certaines mesures d’assouplissement. J’en ai parlé d’ailleurs au Chef du gouvernement. Je lui ai dit qu’il faut expliquer clairement aux Marocains que vous allez procéder par étapes et qu’il y aura 4 phases. A la fin de la première semaine, les préfectures et les provinces qui s’inscrivent dans une perspective positive vont passer à un stade plus avancé, et ainsi de suite à la fin de 2ème, 3ème et 4ème semaines. Dans les préfectures et provinces qui seront dans une situation difficile, les mesures rigoureuses d’avant seront reconduites.

Pourquoi, à votre avis, le gouvernement opte pour cette communication officieuse se basant sur des fuites d’information et des décisions impromptues?
Communiquer clairement part du fait que le gouvernement considère que le peuple est majeur. Si dans la tête des responsables, on considère que le peuple est majeur, on va agir en conséquence. Si on considère que le peuple est mineur et qu’il faut le guider et prendre des décisions pour lui, on retombe dans ce genre de travers. Or, ce peuple a démontré, encore une fois, au début du confinement et de l’état d’urgence sanitaire, que quand on lui demande d’adhérer, en cas de situation grave, quand on lui demande d’être solidaire et de faire confiance à l’Etat, il adhère.

Il faut toujours informer et préparer l’opinion publique et ramener des courants divers, des politiques, des experts, des psychologues, comme on en voit sur toutes les télés du monde, et discuter des options et des scénarii, ce qui va permettre aux Marocains de s’y préparer. Maintenant, la réaction des Marocains est imprévisible. J’ai pensé à réagir à travers un tweet. Finalement, j’ai laissé tomber car il y aura des réactions à chaud du type “Vous êtes tous les mêmes”.


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