Le gouvernement sacrifiera-t-il le budget de l’investissement public ?

La compensation des carburants et des matières premières plombe les finances publiques

Les charges de compensation atteignent le plafond. Il ne reste presque plus d’argent pour supporter les charges du deuxième semestre 2022. Le gouvernement sera contraint de piocher dans d’autres postes budgétaires. Historiquement, celui de l’investissement public est le premier ciblé.

Les prix des carburants à la pompe flambent et deviennent intolérables. Mercredi 15 juin 2022, une nouvelle hausse a été opérée. Dans les stations-services casablancaises, le prix du litre d’essence a atteint 17,78 dirhams et celui du diesel 15,63 dirhams le litre. Cela est attribué, en grande partie, à l’augmentation sans discontinuer des prix des énergies fossiles au niveau des bourses à l’international. Naturellement, l’impact sur le pouvoir d’achat des citoyens et celui sur les finances publiques pèse lourdement.

Deux options sont à craindre. La première est inhérente à l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens, qui se contentent désormais de diminuer voire de restreindre leurs achats et leur consommation à l’essentiel. Si cette tendance à la hausse se poursuit, elle aura un incidence certaine sur la stabilité sociale et politique du pays. Du coup, le gouvernement continue de supporter les frais de compensation. La résultante est que les caisses de l’Etat se vident. On a même franchi la ligne orange.

Un arbitrage douloureux
L’augmentation des charges de la compensation s’explique, notamment, par la hausse du cours du gaz butane, qui a atteint une moyenne de 879 dollars/tonne, contre près de 520 dollars/tonne à fin mai 2021. Ces charges ont atteint 16,6 MMDH, soit un taux d’exécution de 97,7%, d’après les chiffres révélés début juin 2022 par le Trésor. Une chose est sûre: la marge de manoeuvre de l’Exécutif se réduit comme une peau de chagrin. Surtout que le cabinet Akhannouch refuse de procéder à une rectification de la loi de finances 2022, le Budget général de l’Etat.

La loi de finances au titre de l’exercice 2022 a été élaborée sur la base des hypothèses d’un prix moyen du gaz butane de 450 dollars la tonne et un prix moyen du baril de pétrole de 80 dollars. A cela s’ajoute le fait que sur les marchés mondiaux, les prix des céréales et des hydrocarbures connaissent une flambée. Au gré du développement de la guerre en Ukraine, les marchés énergétiques et agricoles ont été soumis à une très forte volatilité des prix avec l’agitation de l’épouvantail d’une rupture des approvisionnements. Le prix du baril de Brent poursuit son ascension folle.

Les charges de compensation atteignent le plafond. C’est dire qu’il ne reste plus d’argent pour supporter les charges du deuxième semestre 2022. Le gouvernement n’a pas mille solutions. Il sera contraint de piocher dans d’autres postes budgétaires. Celui de l’investissement public est historiquement le premier ciblé. Et à coup sûr, cette année ne dérogera pas à la règle.

Ce qui va se passer, c’est qu’une partie de ce budget sera gelée, voire annulée. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’état de santé financière du pays et sur la relance économique tant attendue. Il est notoire que l’investissement public est la locomotive qui tire l’investissement privé et, partant, le marché de l’emploi. Le gouvernement doit faire donc un arbitrage douloureux. La question qui reste suspendue: à quel prix ?.