Le gouvernement Akhannouch sous le feu des critiques

L'exécutif désarmé face à l’inflation et à l’indignation des marocains


La flambée des prix continue de susciter l’indignation générale. Incapable de la juguler, le gouvernement fait face à des critiques de toutes parts. Même au sein de sa propre coalition.

Le gouvernement Akhannouch n’arrive pas à contenir la hausse générale des prix et notamment des produits alimentaires, ni les critiques que cette inflation effrénée et galopante lui vaut. Par la voie de son porte-parole, Mustapha Baitas, il a fini, lors du point de presse à l’issue du conseil de gouvernement du jeudi 23 mars 2023, par reconnaître son échec dans la lutte contre l’envolée des prix. Depuis, et même avant, il est sèchement critiqué et attaqué de toutes parts.

Après Bank Al Maghrib, l’Exécutif a subi, le jour même, mardi 21 mars, des critiques acerbes émanant d’une autre institution constitutionnelle qu’est le Haut-commissariat au plan (HCP). Quelques heures après la décision prise par Bank Al-Maghrib de relever son taux directeur à 3% en soulignant que l’inflation est, en partie, endogène, le Haut-commissariat au Plan réplique par l’annonce du chiffre de l’inflation à 10,1% à fin février communiqué mardi 21 mars 2023. Ce niveau d’inflation à deux chiffres, le Maroc ne l’a pas connu depuis au moins 1984.

Crise d’offre
Cette forte inflation, comme expliqué par le HCP, n’est pas due à la hausse des prix des matières premières sur les marchés internationaux, mais est tirée essentiellement par la hausse des produits alimentaires, qui sont produits localement, au Maroc. Ce qui rejoint l’analyse de Bank Al-Maghrib, qui parle dans son communiqué post-conseil le jour même d’un choc de l’offre sur le marché, notamment agricole. Ce qui contredit les déclarations du gouvernement au sujet de la suspension des exportations de certains produits agricoles vers l’Afrique afin de satisfaire la demande locale et faire baisser les prix.

Par la voix de son patron Ahmed Lahlimi, le HCP a annoncé que l’opinion publique doit être «mieux» respectée, en lui expliquant la vérité de la hausse sans précédent que connaissent les prix actuellement. Pour le Haut-commissaire au plan, la hausse record des prix n’est pas conjoncturelle, mais tend à devenir structurelle. En d’autres termes, les Marocains devront s’habituer aux niveaux actuels des prix qui vont vraisemblablement devenir la norme.

La même source explique également que l’inflation record que connait le Maroc s’explique par l’envolée de 20% des prix des produits alimentaires. Or, ces derniers sont, en grande partie, produits localement et ne sont donc pas impactés par des facteurs étrangers. Ceci fait dire au spécialiste que la crise actuelle est finalement une crise liée à l’offre des produits. Ce qui revient à dire que le gouvernement n’assume pas son rôle basique de répondre à la demande du marché intérieur notamment en matière de produits agricoles dans un pays qui en exporte, en principe, la surproduction.


A cause de l’inflation, une bombe à retardement sociale, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et son équipe, est apostrophé même de l’intérieur de sa majorité gouvernementale. L’inflation a, semble-t-il, pulvérisé la charte de la majorité et la solidarité entre les partis de la coalition gouvernementale. Après la crise qui a secoué cette majorité lors de la discussion du projet de loi des Finances (PLF) 2023 et qui a conduit à la mise à l’écart de Hicham Mouhajiri, alors chef du groupe parlementaire du PAM, pour ses critiques virulentes envers le PLF et le Chef du gouvernement, le même scénario s’est reproduit samedi 18 mars 2023 à Kalaat Sraghna, à l’occasion de la célébration du 63e anniversaire de l’UGTM.

Naam Miyara, président de la Chambre des Conseillers, membre du comité exécutif du Parti de l’Istiqlal et secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), n’y est pas allé de main morte pour relever l’incapacité du gouvernement à juguler la hausse des prix. «Ce que nous souhaitons, ce n’est pas des contrôles de prix à la télévision, mais des contrôles qui permettent aux citoyens de sentir la différence. Nous disons au gouvernement, faites attention, nous n’allons pas continuer à observer le silence! Les Marocains ont voté pour vous à une forte majorité.

Nous vous avons accordé notre confiance. Mais après cette vague de flambée des prix, nous ne pouvons plus continuer à observer le silence», a-t-il déclaré à l’adresse du gouvernement. Et d’ajouter que «le principe immuable est l’indépendance dans la prise de décision au sein du Parti de l’Istiqlal et son alignement en faveur de la classe ouvrière. Car celle-ci en a marre et les gens s’impatientent».

Aziz Akhannouch est, par ailleurs, attaqué par une opposition qui a longtemps opté pour le silence pour exprimer ses pensées. Le PPS (Parti du Progrès et du Socialisme) et le MP (Mouvement Populaire) ont dénoncé l’incapacité de l’Exécutif et son obstination à naviguer seul, et à refuser de tenir compte des propositions formulées par l’opposition pour juguler l’inflation et freiner la hausse continue des prix. « Il faut une véritable feuille de route qui tend à lutter contre toutes les formes de rente et à promouvoir la transparence dans toutes les relations commerciales», a déclaré Nabil Benabdallah, SG du PPS.

Stabilité sociale
S’agissant des axes de cette réforme, le secrétaire général a indiqué qu’ils portent essentiellement sur la révision de l’outil fiscal à travers la réduction du taux d’imposition de certaines matières, notamment les hydrocarbures, le plafonnement temporaire des prix lorsque ces derniers atteignent des seuils importants, en recourant à l’article 4 de la loi sur la liberté des prix et la concurrence. Le PPS propose également de plafonner les marges bénéficiaires des distributeurs de carburant, d’accélérer la mise en place du Registre social unifié afin de soutenir les ménages les plus démunis et la mise en place d’un véritable dispositif de contrôle des chaînes de commercialisation des produits de base pour lutter contre la spéculation.

Le MP a, lui, tonné fort, en expliquant que «les exonérations des droits d’entrée sur la viande et la suppression de la valeur ajoutée n’ont pas été suffisants pour réduire les prix». «La mesure de réduction des exportations de légumes de base, qui a surtout visé des marchés africains, n’a pas eu d’impact sur les prix sur les marchés. Où est donc sa promesse de stabilité du marché et des prix bas avant le Ramadan ?», s’interroge le parti.

Somme toute, le gouvernement traverse peut-être le pire moment de son mandat car la question de l’inflation et de la hausse continue des prix s’est inscrite dans la durée. Depuis un peu plus d’un an, les associations de défense des consommateurs marocains n’ont pas cessé d’alerter au sujet de cette cherté de la vie qui risque d’éroder le pouvoir d’achat de l’écrasante majorité des ménages et partant, de menacer la stabilité sociale du pays.

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