Gouvernement Akhannouch: Etre smart ou ne pas être

Il faut se mettre d’accord sur des objectifs qui soient spécifiques, mesurables, ambitieux, réalistes et temporellement définis.

Comme le détaille le dossier que nous y consacrons cette semaine, la nouvelle majorité menée par le Rassemblement national des indépendants (RNI) a l’avantage de compter en son sein trois partis partageant les mêmes principes, les mêmes programmes et les mêmes idées. Le Chef du gouvernement désigné et président du parti de la colombe, Aziz Akhannouch, a même promis, au moment de l’annonce de la composition finale de cette majorité avec donc également le Parti authenticité et modernité (PAM) et le Parti de l’Istiqlal (PI), que celle-ci sera “compacte” et “efficace” (Lire notre dossier de couverture, pages 8/19).

Et si cela mérite qu’on s’y attarde, c’est pour la raison simple qu’au cours des deux dernières législatives, où c’était le Parti de la justice et du développement (PJD) qui s’était trouvé à la tête de l’Exécutif, les majorités successives n’ont pas vraiment donné l’impression de tirer dans la même direction. Ce qu’avait par exemple illustré le fait que les partis ayant participé au gouvernement Saâd Eddine El Othmani aient mis une année quasiment, à partir du moment de son installation début avril 2017, pour signer, en février 2018, le pacte de la majorité.

Résultat, une politique gouvernementale désarticulée et manquant clairement de coordination, ce qui, notamment au cours de la pandémie de Covid-19, aurait pu coûter au Maroc n’était l’intervention à chaque fois du roi Mohammed VI pour ici faire décréter un état d’urgence sanitaire qui tardait à l’être, là mettre en place le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus ou le Comité de veille économique (CVE).

On voyait notamment, d’une part, M. El Othmani et son ministre de l’Économie, Mohamed Benchaâboun, annoncer la fin de l’état d’urgence sanitaire, tandis que de l’autre ils se voyaient démentir par le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, non sans confondre les Marocains et les laisser perdus. Et même par exemple entre membres du même parti, en l’occurrence le RNI, M. Benchaâboun, justement, tentait de mener, en concertation avec le wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, une politique d’austérité, laquelle faisait dans la foulée sortir du bois, par le biais d’une tribune médiatique publiée début avril 2020, M. Akhannouch.

Comme l’a souligné, au moment de la présentation de ce mercredi 22 septembre 2021 de la nouvelle majorité, le secrétaire général du PI, Nizar Baraka, l’élément d’optimisme actuel est que, ceci dit, l’on semble vraiment chercher désormais à constituer une équipe gouvernementale qui, en plus d’être donc resserrée, soit structurée, en lieu et place de l’approche arithmétique habituelle où l’on commence tout d’abord par discuter de la répartition des maroquins ministériels, et, à cet égard, on peut rappeler la situation ubuesque d’un gouvernement pas si ancien que cela où l’on avait eu droit à deux ministres d’État sans portefeuille simplement parce que les concernés étaient chefs de leurs partis. M. Akhannouch n’a d’ailleurs, on l’a vu, pas hésité à laisser l’Union socialiste des forces populaires (USFP), le Mouvement populaire (MP) et l’Union constitutionnelle (UC) de côté, malgré leur alliance au sein de la majorité sortante.

Mais il reste toute de même à se mettre d’accord sur des objectifs qui, comme on le dit dans les réunions des conseils d’administration dont était jusqu’à récemment coutumier, en tant que PDG du groupe Afriquia, le chef du gouvernement désigné, soient “smart”, c’est-à-dire spécifiques, mesurables, ambitieux, réalistes et temporellement définis, et non plus des slogans creux dont le citoyen marocain n’a absolument que faire.

Ce qui, pour rendre à César ce qui appartient à César, pouvait déjà être relevé dans les programmes de campagne des trois partis de la nouvelle majorité. Des actes et pas seulement des verbes: c’est dans la pratique, et pas uniquement dans la méthodologie, que le gouvernement Akhannouch se devra, en somme, de rompre avec ceux qui l’ont précédé...