Gonzalo Fanjul : "Le Maroc serait le meilleur partenaire pour les collaborations de mobilité et migration avec l'Espagne"

Chargé de recherche sur la migration à l’Overseas Development Institute

Afin de remédier aux pénuries de main-d’oeuvre dans des secteurs tels que le tourisme et la construction qui menacent la reprise économique dans le pays, l’Espagne réforme son code du travail et ouvre la porte à plus de migrants. Gonzalo Fanjul, chercheur et activiste; Co-fondateur de Fundación porCausa (Recherche, Journalisme & Migration), revient pour Maroc Hebdo sur l’impact de cette décision sur les migrants marocains.

L’Espagne envisage d’assouplir les règles sur les permis de travail pour les étrangers, y compris les Marocains, selon son ministre de la Sécurité sociale et de la Migration. Dans quel contexte cette décision intervient-elle?
L’Espagne a actuellement un problème fondamental au niveau du marché de l’emploi, à l’image des autres pays européens d’ailleurs. Il y a d’abord un grand paradoxe dans la mesure où on trouve un nombre élevé de chômeurs, mais en même temps de nombreux postes restent vacants. C’est dû d’une part aux problèmes démographiques vu qu’une grande majorité est en train de prendre sa retraite, ce qui cause une sortie importante de travailleurs que les cohortes suivantes peinent à combler, il y a des problèmes au niveau de la formation, au niveau des salaires proposés…. D’ailleurs, nous sommes dans un contexte de reprise économique et cette stratégie a pour objectif de remédier aux pénuries de main-d’oeuvre dans des secteurs tels que le tourisme et la construction mais surtout les chauffeurs des camions qui menacent la reprise économique dans le pays.

Qu’est-ce qui change concrètement avec cette réforme?
Cette réforme annonce trois grands changements. D’abord, la question des contrats aux pays d’origine, qui concerne principalement le Maroc. L’embauche à l’origine ou ce qu’on appelle encore la migration circulaire, ou temporaire, seront favorisés et encouragés dans plusieurs secteurs. Le deuxième changement concerne la migration irrégulière. Alors qu’il y a déjà 3 façons pour obtenir la situation régulière à savoir le regroupement familial, «le labor track» ou «le social track», cette réforme offre la possibilité de régularisation aux personnes formées ou souhaitant être formées dans des secteurs d’emploi pour lesquels du personnel est nécessaire et permet aux étudiants étrangers de travailler; Les possibilités de régularisation des parents étrangers de citoyens espagnols sont améliorées. Le texte vise également à faciliter l’entrepreneuriat individuel des étrangers et le travail autonome des étrangers. Toutefois, je pense que cette réforme maintient certains problèmes surtout au niveau des migrants irréguliers déjà installés ici, au niveau de la protection des migrants de l’exploitation et du développement aux pays d’origine.

Pensez-vous que cela va augmenter les passages et les échanges entre le Maroc et Sebta et Mélilia?
Le système de passage entre Sebta et Mélilia est très complexe et ne facilite pas les passage des travailleurs surtout, donc, s’il n’y a pas changement du système. Je ne pense pas que cela apporte un changement important.

Dans la Fundación Por Causa, où vous enquêtez et faites des rapports sur l’immigration.... Comment voyezvous cette décision alors?
Dans la fondation, nous considérons l’immigration comme une solution, pas comme un problème, si elle est faite de façon régulière, ordonnée et sûre. Elle est un facteur clé du développement des pays et du progrès socioéconomique. Toutefois, nous constatons qu’il y a beaucoup de violations des droits des migrants dans les frontières de l’Espagne et dans la Méditerranée. C’est pourquoi la réforme est aujourd’hui fondamentale. Les pays d’accueil tels que l’Espagne devraient rationnaliser leurs systèmes et ouvrir plus leurs portes.

Le Maroc et l’Espagne ont repris, jeudi 5 mai 2022, leur coopération en matière migratoire, après deux ans de gel en raison de la pandémie de Covid-19 puis en raison d’une crise diplomatique qui vient d’être résolue. Verrons-nous de nouvelles collaborations concernant l’employabilité des Marocains en Espagne (migration circulaire ou autre...)?
Si la relation diplomatique entre les deux pays continue ainsi, le Maroc serait le meilleur partenaire pour les collaborations de mobilité. D’ailleurs, le Maroc a toujours été le meilleur partenaire dans les partenariats de migration circulaire à titre d’exemple. La réforme annonce que l’Espagne a besoin de plus de 100.000 travailleurs pour l’économie générale et de plus de 800.000 travailleurs pour l’implémentation des programmes européens. A cet égard, le Maroc serait le meilleur partenaire.