Ghizlane Chebbak, capitaine des lionnes de l'Atlas

L’étoffe d’une championne

Le titre de “Meilleure joueuse” lors de la dernière CAN féminine disputée au Maroc a été une belle consécration pour la talentueuse Ghizlane Chebbak. Une distinction qui couronne sa belle carrière.

Tel père, telle fille. Osons cette entorse à l’adage usuel pour sublimer le parcours séduisant de Ghizlane Chebbak, capitaine des Lionnes de l’Atlas, lors de la CAN féminine 2022. Digne héritière de l’ancien international feu Larbi Chebbak, elle perpétue de fort belle manière la saga familiale. Sous le feu des projecteurs, après un dur labeur. Un parcours qui débute en 1999, dans les rues de Casablanca. Encouragée par son père, premier supporter, la jeune fille de huit ans se familiarise avec le cuir durant les matchs de mini-foot disputés dans son quartier avec ses frères et amis. «J’étais la seule fille à jouer avec les garçons du quartier. C’était étrange dans notre société patriarcale marocaine, chose qui devient encore plus étrange quand on vous voit pratiquer un sport qu’ils pensent ne convenir qu’aux hommes», racontait-elle, dans une interview avec la presse sportive marocaine. «Mon père me soutenait fortement depuis mon plus jeune âge. Il voyait en moi une joueuse talentueuse qui pourrait devenir footballeuse à l’avenir», révélait-elle.

Le foot au détriment des études
Au fil du temps, la passion pour le ballon rond s’intensifie. Un nouveau palier est franchi. Elle intègre le club de Aïn Sebâa pour améliorer son talent et être plus compétitive. Un univers masculin qui a été déterminant dans sa carrière. «Jouer avec les garçons m’a permis d’approfondir ma compréhension du football. J’ai pu comprendre le rôle du joueur dans l’équipe et pendant les matchs, et comment il peut bien jouer à différents postes sur le terrain». Elle y passa peu de temps avant de rejoindre, sur conseil de son mentor, l’équipe féminine de Al-Rashad El-Bernoussi.

Les premiers contours de sa carrière professionnelle se dessinent pour la jeune écolière. Mais entre le foot et les études, le choix est vite fait. Une décision entérinée en 2007, après sa première sélection en équipe nationale qui nécessitait une présence permanente durant les stages de préparation. «Enfant, j’ai toujours eu des difficultés à suivre à la fois le football et mes études, d’autant plus qu’à mon époque , il n’y avait pas de programmes soutenant le sport avec les études comme c’est le cas aujourd’hui. J’ai dû choisir le football avant tout le reste», expliquait-elle, dans un entretien accordé au staff média de la CAF en novembre 2021. Une convocation qui a été chaleureusement accueillie par ses parents. «J’ai pu enfin les rendre heureux après avoir partagé leurs inquiétudes avec moi et après m’avoir aidée financièrement et moralement à atteindre mes objectifs». Ses belles prestations sous les couleurs de la sélection nationale ne passent pas inaperçues. Après un match amical entre le Maroc et l’Egypte durant lequel elle s’est illustrée avec un doublé et un titre de femme du match, Ghizlane rejoint le club égyptien Misr El Maqasa pour une nouvelle aventure. Loin de son père et de son pays, la milieu de terrain essaye de tracer son sillon au Pays des Pharaons. Tout semblait paisible aux abords du Nil, jusqu’au déclenchement de la révolution populaire du 25 janvier 2011, dans le cadre du fameux Printemps arabe. Face à l’instabilité politique et sécuritaire qui en a découlé, Chebbak plie bagages et dépose ses valises à l’AS FAR.

La belle consécration
Avec les militaires, elle collectionne les galons. Cinq fois élue «meilleure joueuse de l’année au Maroc» et quatre fois «meilleure buteuse du championnat», Ghizlane est au-dessus de la mêlée. Des performances qui ont permis au club rbati de décrocher neuf titres de champion du Maroc et huit Coupes du Trône. Elle a d’ailleurs disputé la première édition de la CAF Women Champions League en 2021 avec les «Rouge, vert et noirs» qui se sont adjugés la troisième place à l’issue du tournoi. «Je ne pouvais pas croire au début quand j’ai entendu qu’il y aurait la Ligue des Champions féminine de la CAF. C’est une bonne chose pour moi, surtout dans ma vie de footballeuse et ce n’est qu’une bonne chose de voir son nom s’écrire dans l’histoire de la compétition. C’est une compétition qui est là pour promouvoir l’image du football marocain », déclarait-elle à la CAF, après la belle victoire des FAR lors de leur premier match contre le club nigérian de Rivers Angels.

En juillet 2022, la joueuse de 31 ans est au firmament. Elle franchit un nouveau palier dans sa carrière prometteuse. Jusque-là inconnue par de nombreux férus du football et du grand public marocain, Ghizlane attire les éloges grâce à ses brillantes prestations et devient le nouveau chouchou des Marocains. Telle une maestro, elle orchestre magnifiquement les bonnes notes à chaque match, pour permettre aux dames du coach Reynald Pedros de livrer, aux milliers de supporters, une symphonie harmonieuse. Que dire de ses trois buts et une passe décisive en six matchs? De belles prouesses qui lui ont permis d’être désignée «Meilleure joueuse du tournoi», après la finale perdue (1-2) face à l’Afrique du Sud. Elle figure également dans l’équipe-type de la compétition avec sa coéquipière Zineb Redouani (défenseuse) et la virevoltante excentrée Fatima Tagnaout. Sa vive émotion lors de l’échange téléphonique avec le roi Mohammed VI, véritable consolation après cette déception, l’a visiblement revigorée, confirmant, une fois de plus, la force des mots pour soulager les maux.

Après ce magnifique parcours, place maintenant à la préparation pour le Mondial féminin prévu en 2022 en Australie et en Nouvelle-Zélande, pour rehausser les couleurs du Royaume. «La plupart des gens connaissent mon père. J’ai fait de mon mieux pour lui rendre hommage et rendre mon pays fier. Je vis un rêve et pour le réaliser, je dois gagner cette Coupe d’Afrique, pour être comme mon père, l’un des premiers à remporter ce titre au Maroc», disait Chebbak après le premier match du tournoi remporté 1-0 contre le Burkina. Le rêve ne s’est pas encore réalisé mais son père, Larbi, décédé le 30 janvier 2020 et vainqueur de la CAN en 1976 sous les ordres de Gheorghe Mardarescu, peut dormir tranquille. Son legs footballistique est entre de bons pieds.