VERS UNE GESTION PLUS OUVERTE DE LA PANDÉMIE?

Laftit salue l'action des partis politiques, des collectivités territoriales, des syndicats et de la société civile

En soulignant le rôle joué par les parties non-étatiques dans la gestion de la pandémie, le gouvernement s’apprête-t-il (enfin) à les associer davantage?

Mieux vaut tard que jamais. Profitant de son passage de ce 15 juin à la Chambre des représentants pour répondre aux questions de ses élus, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a saisi l’occasion pour saluer “l’action politique, sociale, syndicale et civile noble” des partis politiques, des collectivités territoriales, des syndicats professionnels et des associations de la société civile depuis le début de la pandémie de Covid- 19, avec laquelle le Maroc est en proie depuis le mois de mars.

“Tous ont veillé à jouer leurs rôles constitutionnels et juridiques en dépit de la spécificité de l’étape [actuelle] et de sa difficulté,” a souligné le responsable. Sans doute une façon pour lui de calmer le jeu avec les parties concernées, dont certains représentants se sont sentis exclus de la gestion faite par les autorités de la pandémie, n’ayant pratiquement jamais eu leur mot à dire depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire le 20 mars.

Et, justement, la prolongation de cet état d’urgence sanitaire le 9 juin pour un mois supplémentaire -jusqu’au 10 juillet, alors qu’il devait prendre fin le 10 juin-, avec notamment les rôles étendus accordés aux walis et aux gouverneurs pour décider des mesures à prendre sans avoir à référer au préalable aux collectivités territoriales, a particulièrement mis le feu aux poudres, en ce sens que le gouvernement n’avait pipé mot de son plan d’assouplissement des mesures de confinement sanitaire que la veille même, et ce bien tard dans la soirée -vers les coups de 23h.

Renversement de l’Exécutif?
Pis, le chef de l’Exécutif, Saâd Eddine El Othmani, révélait les principes de ce plan en primeur à un média étranger, en l’occurrence le journal électronique Arabic Post, alors qu’en même temps les premiers concernés, à savoir les Marocains, étaient laissés dans le flou. “Si dans la tête des responsables, on considère que le peuple est majeur, on va agir en conséquence. Si on considère que le peuple est mineur et qu’il faut le guider et prendre des décisions pour lui, on retombe dans ce genre de travers,” s’offusquait à cet égard dans nos colonnes, le 10 juin, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), Mohammed Nabil Benabdallah (lire Maroc Hebdo au quotidien n°46).

Les déclarations de M. Laftit peuventelles donc préfigurer un renversement au niveau de l’Exécutif? Ou n’étaient-elles, in fine, que circonstancielles? Seul le futur pourra le dire, mais il y a en tout cas lieu de rappeler qu’en ce qui s’agit par exemple du volet économique du déconfinement, le patronat, par le biais de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), est aujourd’hui ouvertement associé au plan gouvernemental en cours après s’être lui aussi plaint de passer à la trappe, ce qui avait finalement conduit le roi Mohammed VI à arbitrer en sa faveur en lui confiant notamment la charge, depuis le 3 juin, de la “très large” campagne de dépistage du Covid-19 dans les entreprises. Rien n’empêche donc, en principe, qu’il en soit de même aux autres niveaux.


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