Gestion de la COVID: faut-il réformer le CVE?

Selon la CDT, le Comité de veille économique s’est mué en véritable outil décisionnel qui doit nécessairement, de ce fait, rendre des comptes. Et, surtout, davantage prendre en compte les doléances des centrales ouvrières.

Le 11 mars 2020, soit avant même que l’état d’urgence soit déclaré -il le sera neuf jours plus tard, le 20 mars-, le gouvernement mettait en place au niveau du ministère de l’Économie le Comité de veille économique (CVE) pour anticiper les répercussions économiques de la pandémie de Covid-19.

Et s’il est vrai qu’à bien des égards, ce comité a effectué au cours des quelque huit derniers mois un travail remarquable, il n’en reste pas moins qu’il a pratiquement passé sous silence les doléances maintes fois exprimées au fur et à mesure par les centrales ouvrières au nom des travailleurs qu’elles représentent, si l’on excepte l’indemnité accordée aux salariés en situation d’arrêt de travail temporaire et qui est, en fait, davantage à mettre au crédit du roi Mohammed VI, qui avait donné ses instructions personnelles dans ce sens au moment de lancer le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie le 15 mars. Ainsi, on a vu le CVE conditionner les aides de l’État en termes de financements au maintien de 80% des emplois par les entreprises -le projet de loi des finances rectificative (PLFR), soumis au parlement le 8 juillet pour prendre en compte la donne pandémique, actera cela-, ce qui revient en même temps à ouvrir la voie à des plans sociaux touchant jusqu’au cinquième des effectifs.

De fait, et contrairement par exemple au patronat, qui siège au comité depuis son institution par le biais de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), les centrales syndicales sont demeurées exclues, et celles-ci en tiennent toujours rigueur au gouvernement: la Confédération démocratique du travail (CDT), qui était déjà montée au créneau le 15 avril après que l’Exécutif ait retranché neuf jours de salaires aux fonctionnaires au cours du printemps sans en référer à leurs représentants, est encore montée sur ses grands chevaux, par la voix d’un communiqué de son conseil national publié ce 1er novembre, pour demander qu’aussi bien elle que les autres centrales prennent désormais part au CVE.

Critiques de l’opposition
Il s’agit ainsi, selon la CDT, non seulement pour ces centrales d’avoir voix au chapitre au sein du comité, mais aussi de bénéficier d’un droit de regard sur l’ensemble des mesures qu’il a prises. Car la confédération, que dirige depuis novembre 2018 en tant que secrétaire général Abdelkader Zair, estime que le CVE s’est, de proche en proche, mué en un véritable organe décisionnel n’étant toutefois aucunement soumis à la reddition de comptes, comme le voudrait l’usage et comme, par ailleurs, y met l’accent la Constitution.

En outre, et ce dans le sillage des critiques de l’opposition, dont elle est membre à part entière au sein de la Chambre des conseillers par le truchement de quatre de ses militants -Abdelhak Hissane, Raja Kassab, Touria Lahrach, Mbarek Sadi-, la CDT estime que le gouvernement manque tout simplement de vision. “[Le gouvernement Saâd Eddine El Othmani] est une erreur dans le parcours politique de notre pays,” fustige-t-elle même, en disant sans doute beaucoup sur le fossé séparant désormais les centrales du cabinet que dirige actuellement le secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD).


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