Total discrédit pour le général Chengriha

RÉFÉRENDUM ALGÉRIEN

La junte algérienne, qui voulait faire de la consultation référendaire de ce 1er novembre 2020 un symbole de son maintien aux commandes, essuie un nouveau désaveu qui l’éloigne encore davantage de la population.

La junte algérienne persiste et signe. Moins d’un an après avoir volé aux Algériens leur Hirak en faisant élire à la présidence l’ancien Premier ministre Abdelmadjid Tebboune, elle vient donc de faire avaliser, en ne réussissant même pas à mobiliser le quart de la population -taux de participation de 23,7% seulement-, le projet de changement constitutionnel par lequel elle tente depuis plusieurs mois d’officialiser son maintien aux commandes. Mettant les petits plats dans les grands, elle a même pris soin de tenir la consultation le 1er novembre, qui commémore le démarrage il y a 66 ans de la Révolution algérienne, de sorte à donner à son entreprise un crédit qu’elle sait inexistant auprès de toutes et tous.

Ce que d’aucuns n’ont, par ailleurs, pas manqué de taxer d’indécent, tant la tentative de récupération est flagrante d’un événement qui appartient à tout le monde, et non uniquement à une poignée de galonnés, et qui, surtout, pour des milliers de familles, reste d’abord synonyme du martyre des leurs. D’autant plus que les galonnés en question, tout au long des près de six décennies à avoir en otage le destin de l’Algérie, donnent l’impression d’avoir moins cure de l’héritage de ladite révolution que de leurs petits privilèges notamment financiers, dépendant principalement de la rente pétrolière que permettent les sous-sol du pays.

On peut, à cet égard, faire mention du sort réservé à l’ancien moudjahid Lakhdar Bouregaa, décédé ce 4 novembre 2020 des suites de la Covid-19, et qui l’année dernière avait été arrêté et placé en détention par le régime simplement pour avoir demandé que soit respectée la volonté des Algériens pour instituer un nouveau système davantage soucieux des intérêts du peuple, et ce alors qu’il était âgé de plus de 86 ans. Le concerné fut pourtant, au moment de la Révolution, compagnon d’armes de certains de ceux qui l’avaient écroué, dont le propre chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah -auquel a succédé, suite à son décès survenu le 23 décembre 2019, le général de corps d’armée Saïd Chengriha.

Trésor de guerre
Mais c’est, en définitive, dans les habitudes de la junte au pouvoir, et le Maroc en sait de son côté quelque chose, lui qui doit se résoudre, depuis 45 ans, au cynisme d’Alger sur le dossier de son Sahara. Il ne faut cependant pas s’y tromper: le pouvoir algérien est bel et bien, quoi qu’il veuille, actuellement à bout de souffle, et non en position de force comme pourrait le laisser croire la baisse d’intensité du Hirak. Celle-ci est, en fait, davantage à mettre au crédit de la Covid-19, qui a poussé les Algériens à retrouver le chemin de leurs domiciles de peur que les manifestations ne servent à la pandémie d’occasion pour se propager entre eux, que d’une véritable résignation face à la contre-révolution menée d’abord par M. Salah puis désormais par M. Chengriha.

Le ras-le-bol est, pour ainsi dire, toujours grand, et même l’épouvantail de la décennie noire, dont s’était notamment servi l’ancien président Abdelaziz Bouteflika pour s’éviter la chute qu’avaient connue ses voisins tunisien Zine El-Abidine Ben Ali et libyen Mouammar Kadhafi au moment du printemps arabe, ne fait plus son effet. Le fait qu’une génération qui n’a jamais connu la guerre soit désormais majeure explique en partie ce revirement, mais il y a surtout un constat d’échec notamment économique, du fait que la junte a tout bonnement dilapidé le trésor de guerre constitué tout au long des années où le prix du baril pouvait friser les 100 dollars, voire aisément les dépasser.

On a vu ainsi, le 14 juillet, la voisine de l’Est rejoindre la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), elle dont les responsables se targuaient il y a quelques années encore de ne plus compter de dette extérieure, ce qui en dit long et assez en même temps sur l’incurie qu’a constitué la gestion publique au cours des dernières années. Enfin, le personnage de M. Tebboune lui-même, pur produit du système qui a davantage joué de ses relations personnelles et d’amitié avec M. Salah que sur un programme pour rafler la mise aux présidentielles de décembre 2019, semble plus que jamais vomi, dans la mesure où il constitue une continuation éloquente de M. Bouteflika, bien qu’il ait tenté de se présenter aux yeux de l’opinion publique en candidat de la rupture.

Une junte décriée
Il est, d’ailleurs, en train de pousser la ressemblance avec son prédécesseur à un point tel qu’il vient de cacher, plusieurs jours durant, le fait qu’il était malade de la Covid-19, malgré que cela était de plus en plus évident après qu’il ait été transféré en Allemagne le 29 octobre. M. Bouteflika, lui, était plutôt coutumier des séjours en Suisse, et c’est pendant qu’il séjournait dans la confédération et plus précisément à Genève que le Hirak à son encontre avait vu le jour, avant de le faire chuter de son piédestal moins de sept semaines plus tard. L’armée, qui l’avait carrément soutenu tout un mandat durant alors qu’il était clair qu’il n’était plus en capacité de gouverner depuis son accident vasculaire cérébral d’avril 2013, en fera-t-elle de même avec M. Tebboune au cas où son état de santé, que diverses sources disent préoccupant, venait à ne pas s’améliorer?

On peut malheureusement gager, la connaissant, que ce sera oui. Après tout, les présidents ne sont là que pour donner un vernis prétendument démocratique à un système qui, dans son fondement, est toujours resté militaire. Pour le Maroc surtout, il faudra être on ne peut plus précautionneux avec une junte qui, décriée qu’elle est maintenant, pourrait se risquer à détourner l’attention en tentant de s’attaquer directement à lui, d’autant que la nouvelle Constitution autorise officiellement l’armée à intervenir à l’étranger, même si tout le monde sait que celle-ci l’avait déjà fait par deux fois au Sahara marocain en prenant part aux deux batailles d’Amgala en janvier et février 1976.

Le fait que la communauté internationale fera en sorte d’éviter un tel scénario peut donner l’illusion qu’il s’agit là d’une conjecture improbable, mais il faut en même temps rappeler que du temps où il dirigeait la région militaire III, M. Chengriha s’était prononcé, dans des déclarations révélées par Médi 1 TV en mars 2016, en faveur d’offensives du Polisario contre le Royaume. Le mouvement séparatiste, par la voix de son soi-disant chargé “diplomatique”, Mohamed Salem Ould Salek, vient d’ailleurs de faire part, sur la station Alger Chaîne 1 le 21 octobre, de son intention de signer des accords militaires avec différents pays, et il faudrait peut-être y voir un lien de cause à effet. Autant donc garder l’oeil ouvert, et le bon...


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